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En rentrant de son travail, Goda apprend que sa petite amie depuis 10 ans s'est suicidée à l'aide d'un revolver. Fou de chagrin, son désir de vengeance va se transformer en obsession maladive avec les armes à feu et il ne vivra plus que pour s'en procurer. Dans sa quête autodestructrice, il fera la rencontre de Chisato, une jeune femme fascinée par la mort et faisant partie d'un gang dont l'univers fatal ne tardera pas à séduire, voire engloutir, Goda.



Avec ce film, Tsukamoto explore une nouvelle fois les thèmes de la violence extrême, l'automutilation, la mort et le fétichisme des armes à feu. "Bullet Ballet" forme en quelque sorte le dernier volet d'une tétralogie composée également de "Tetsuo : l homme de fer", "Tetsuo 2 : body hammer" et "Tokyo Fist". A mon goût personnel, la présence de "Tetsuo 2" rendrait la série bancale alors qu'en l'enlevant, il resterait une trilogie tout simplement parfaite grâce au talent du réalisateur à développer ses thèmes fétiches sans que les trois histoires ne deviennent répétitives.

Tsukamoto est revenu au N/B avec ce métrage ce qui lui confère d'emblée un côté brut et expérimental cependant contrebalancé par une mise en scène parfaitement maîtrisée. La quasi totalité du film semble avoir été filmée caméra à l'épaule occasionnant quelques tremblements par moments, impeccablement intégrés à l'action. Le revenant pour la musique, Chu Ishikawa, complète encore une fois le tout avec un score de techno agressive accompagnant la violence main dans la main.

Goda est un publicitaire heureux dans son travail et dans sa vie. L'annonce de la mort de son amie semble toutefois moins le choquer que le fait qu'elle s'est tuée avec une arme à feu. Il cherchera à se procurer une arme tout de suite bien que cela le mettrait en position de totale illégalité et sera dès lors incapable de sortir de la spirale d'autodestruction dans laquelle il se trouve. Son obsession l'incitera à se laisser entraîner jusqu'au fond sans aucune résistance.

Cette fois, Tsukamoto s'est donné le rôle principal et il s'en sort admirablement bien. On sent que c'est un homme qui ne s'exprime qu'à travers ses créations, ce qui est peut-être la raison qu'ici, la violence se trouve légèrement en retrait par rapport à la psychologie des personnages, ce qui a pour effet d'augmenter la force brute du film.

Petit à petit, Goda va se rapprocher davantage de Chisato et le gang dont elle fait partie jusqu'à se désintéresser totalement de son boulot ou le reste de sa vie. La jeune femme est libre, séductrice, obsessionnelle – une image de la femme complètement à l'opposé de celle de la société japonaise qui la veut soumise. Dans l'univers de Tsukamoto, l'homme est dominé par la femme, une facette toutefois moins exploitée ici que dans "Tokyo Fist".

Le rapport à la violence est assez subtil et pourtant, le message est clair. Le réalisateur a inséré plusieurs successions d'images violentes dans son film, toujours entrecoupées d'une main tenant un revolver : La destruction commence à petite échelle et toujours par soi-même.

Mais toute cette violence ne peut pas rester impunie et le réalisateur insère alors un assassin dans son histoire, un homme qui semble tuer dans le seul but de s'approcher du gang, comme une sorte d'ange de la vengeance. Qui est-il ? Que veut-il réellement ? Je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

La fin est superbe – ouverte à toutes les interprétations possibles, dépendant de ses propres opinions et histoire personnelle. Il ne reste plus qu'à prier qui l'on veut qu'Hollywood ne s'emparera jamais de ce talent véritablement unique ni de ses films.