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Après avoir été témoins du meurtre d'une jeune femme, deux amis adolescents vont suivre des chemins de vie radicalement différents. Tsuda va devenir employé de bureau opprimé par sa vie aseptisée et le poids des responsabilités, tandis que Kojima va devenir boxeur professionnel. Bien des années plus tard, ils se retrouvent par hasard. En entraînant Hisaru, la fiancée de Tsuda, leurs trois vies vont devenir inextricablement liées dans une spirale descendante, où la violence sera leur seul moyen de communication et d'expression.



Etant donné qu'il existe un énorme malentendu comme quoi ce film serait l'inspiration directe de "Fight Club", dissipons les rumeurs tout de suite : Bien qu'explorant des thèmes similaires, les deux films n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre.

Je ne vais pas faire une étude comparative, juste préciser le point le plus important : L'idée composant le twist final de "Fight Club" qui donnait tout son sens au film est totalement absente de "Tokyo Fist", une oeuvre fermement ancrée dans la réalité. Ici, les personnages existent pleinement dans l'action alors que dans "Fight Club", les protagonistes n'évoluent que dans leur univers intérieur. Différence monumentale.

Pour "Tokyo Fist", Tsukamoto s'éloigne définitivement de l'univers malsain de ses premiers films, "Tetsuo : l homme de fer" et "Tetsuo 2 : body hammer". Il possède un sens de la mise en scène incroyable, créant encore une fois des images d'une beauté et d'une force exceptionnelle. Les séquences de boxe sont crues et sans pitié, le montage aussi rapide que les coups portés, le tout sur fond musical de techno hardcore. Tsukamoto a refait appel à son compositeur fétiche dont la musique et les bruitages illustrent parfaitement les sentiments exposés tout au long du film.

Autant pour le côté technique toujours aussi maîtrisé ; passons maintenant à l'histoire et les personnages.

Au départ, il est vrai que l'on se dit : "Hmm, Fincher a dû jeter plus d'un coup d'œil à ce film…", mais les minutes qui passent mettent autant de distance entre ce film et "Fight Club". Bien que l'histoire se focalise au départ sur Tsuda et Kojima, les deux hommes vont rapidement se faire littéralement dominer par Hisaru, la seule femme présente. C'est elle qui sera fascinée par le monde de la boxe en premier, elle qui s'exprimera avant son fiancé par l'automutilation sous forme de piercings sauvages ou tatouages, elle qui poussera son homme vers cette violence qui la fascine tant, elle qui voudra se battre sur un ring.

Le film suit avant tout le développement personnel de Hisaru qui en deviendra la force dominatrice, illustrant ainsi une quasi obligation de l'homme à la dominer s'il ne veut pas se perdre. Les victimes ne sont pas toujours celles que l'on croit.

Hisaru incarne la femme soumise aux désirs refoulés, Kojima est la brutalité sauvage à l'état pur et Tsuda est l'homme frustré qui rêve de changements qu'il sera incapable d'assumer, allant jusqu'à violer Hisaru pour garder un semblant de contrôle sur elle et surtout sa propre vie, un contrôle qui lui a toujours fait défaut malgré ses croyances.

La mort et la pourriture sont omniprésentes dans l'univers de Tsukamoto, culminant ici dans un final explosif dans tous les sens du terme. Les effets spéciaux sont encore d'un réalisme douloureux, tant au moment des piercings que Hisaru s'inflige en affichant une indifférence déconcertante, que pendant les séquences de boxe où tout le monde finit salement amoché. Sauf Hisaru, qui paraît désormais comme immunisée à tout ce qu'un homme pourrait lui faire subir.

Au final, un film très différent des deux premières œuvres du réalisateur, lorgnant plus vers le drame que l'horreur tout en continuant d'explorer les bas-fonds de la nature humaine.