RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5.2
(20 votes)
Suite à un accident de voiture où il a tué quelqu'un, un homme se transforme petit à petit en une sorte d'aimant qui attire tous les morceaux de métal environnants qui vont ensuite se ficher dans sa chair. Il va également avoir d'étranges hallucinations où un homme exhibant des armes en métal à la place de ses membres, tente de le tuer.



***ATTENTION SPOILERS***

Voici le premier film du japonais fou, Shinya Tsukamoto, qui est plutôt un moyen-métrage puisqu'il ne dure que 1h07. Les qualificatifs pour décrire ce film sont nombreux et parfaitement évocateurs : Eprouvant, étrange, unique, délirant, etc. "Tetsuo" est une véritable expérience cinématographique à regarder dans le noir, le son à fond et vous aurez l'équivalent d'un trip hallucinatoire.



Pour commencer, les protagonistes n'ont pas de nom et sont crédités uniquement comme L'homme, La femme, Le fétichiste de métal ou Le docteur. Nous allons donc rester avec ces termes.

L'homme en question est le businessman chauffard qui heurte quelqu'un avec sa voiture en compagnie de sa fiancée, La femme. Il va ensuite découvrir un petit bout de métal dans sa joue s'avérant impossible à enlever. Le métal dans son corps va se multiplier jusqu'à prendre des proportions désastreuses.

La première vision de L'homme concerne une femme dans le métro. Elle le poursuit dans une séquence proprement hallucinante et finira par l'agresser physiquement. Il s'avère qu'elle est possédée par l'esprit de la victime de L'homme, un fétichiste de métal qui s'auto-mutilait en s'insérant des objets dans la chair, ne réussissant qu'à entraîner pourriture et gangrène. Il va exprimer sa frustration et son obsession à travers sa vengeance sur L'homme, en le possédant afin de littéralement le transformer en montagne de ferraille humaine.



A bien des niveaux, l'ambiance du film rappelle les œuvres froides et cliniques de Cronenberg, empreintes de sexualité mais vide de toute sensualité. La chair n'est qu'une enveloppe faite pour souffrir et ici, la douleur est omniprésente, accentuée par des effets spéciaux d'un réalisme saisissant. Le N/B en rajoute au côté expérimental et ne diminue en rien la force des images d'auto-mutilation ou autres, bien au contraire, puisque le spectateur se concentre davantage sur l'expression des acteurs qui font passer leur agonie à la perfection.

Le point culminant est sans aucun doute le chapitre intitulé simplement "Erection". Suite à un cauchemar effroyable où il se fait violer par son amie biomécanique, L'homme voit un ersatz de pénis gigantesque pousser entre ses jambes - un véritable instrument de torture barbare, donnant lieu à une séquence atroce que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Sans trop vouloir m'avancer, cette apparition grotesque semble avoir pas mal inspiré l'excellent court-métrage "Vibroboy" de Jan Kounen, tout comme d'autres plans du film font grandement pense à son autre court, "Gisèle Kérozène".



Il est difficile de parler de ce film sans trop en révéler, car il faut bien raconter l'histoire – de plus, il est de courte durée - alors concentrons-nous un peu sur les personnages. Le fétichiste de métal est joué par Tsukamoto lui-même, parfait dans son rôle de déviant extrême ; L'homme est campé par Tomoro Taguchi aux airs d'homme d'affaires typiques, dont la transformation radicale l'emmènera jusqu'au bout de lui-même et au-delà. Son amie est jouée par Kei Fujiwara, une très belle femme aux faux airs de La fiancée du monstre de Frankenstein dans les séquences de rêves.
La bande son composée de sons bizarres, de bruits de chair déchiquetée ou de musique variant entre le blues et la techno brutale, est pour beaucoup dans la réussite du film. Elle accompagne les images jusqu'à s'y insérer, l'un n'existant plus qu'à travers l'autre, une véritable fusion se répercutant sur l'histoire jusqu'au combat final grandiose.

"Tetsuo" est une œuvre singulière qui mérite toute bonne chose que l'on peut en dire et assurément toute votre attention.

Les films de Shinya Tsukamoto sont édités dans 3 très beaux digipacks chez Studio Canal (coll. Asian Classics), contenant chacun deux films + bonus répartis sur deux galettes et un livret d'une vingtaine de pages contenant photos, interviews du réalisateur et articles sur les films. Les métrages en question sont : "Tetsuo" + "Tetsuo 2", "Gemini" + "Hiruko the goblin" et "Tokyo Fist" + "Bullet Ballet". Faites-vous plaisir...




Dans le meme genre :

TETSUO 2 : BODY HAMMER