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En 1990, voilà déjà un bail que Tobe Hooper a perdu le feu sacré qui l'avait fait connaître. Sa tentative de retour aux sources, avec "Massacre à la tronçonneuse 2", s'est soldée par une concession au ton parodique alors en usage, par des redîtes et des coupes sombres nuisant à l'équilibre du film. La déception continue avec "Spontaneous Combustion", comme si Hooper ne pouvait plus que baisser les bras… Plus d'humour guignolesque, mais plus d'inspiration non plus !



En 1955, sur le site d'essai nucléaire localisé dans le désert du Nevada, une expérience destinée à prouver l'efficacité d'un vaccin anti-radiation est mise au point. Bryan et Peggy Bell sont enfermés dans un bunker souterrain, à proximité de la bombe SAMSON. Les tests ont l'air concluants, et neuf mois plus tard, le 6 août 1956, Peggy Bell met au monde un bébé dont les seuls signes pathologiques, bénins, sont une température de plus de 38 degrés et une tâche de naissance ronde sur le dos de la main. Mais soudain, sous le regard horrifié des infirmières, Bryan et Peggy Bell prennent feu. Les médecins conclueront que l'addition du vaccin et des radiations a augmenté le potentiel de combustion naturel du corps humain…

Trente ans plus tard, Sam a bien grandi, de même que la tâche qui orne le dos de sa main. Son pouvoir de combustion commence à le ronger et à répandre la mort autour de lui, le poussant à enquêter sur son passé…



Deux hommes en particulier ont dû se tortiller de déplaisir dans leur fauteuil en voyant ce film (s'ils l'ont vu) : David Cronenberg et Stephen King. Si on veut faire simple, le scénario de "Spontaneous Combustion" est un mélange de "Firestarter" et de "La Mouche". La combustion dont il est question devient en effet chez Sam un pouvoir incontrôlable qui se déclenche en cas de contrariété, aspect on ne peut plus rabâché depuis "Carrie". Mais cette fois le feu ne prend pas seulement à distance (et de préférence par conduit téléphonique, merci "Scanners"), il émane directement du corps de Sam. Et comme le corps humain n'est pas prévu pour être un camping gaz, ça se passe plutôt mal, prétexte à une longue descente aux enfers où la dégradation physique de Sam sera de plus en plus spectaculaire, à l'image du légendaire Seth Brundle…



Après une introduction d'époque qui, avec un habile mélange de reconstitution fictive, d'archives vraies et fausses, restitue la propagande cynique des militaires et des scientifiques pendant la guerre froide, on pense que Tobe Hooper explore avec talent une veine dénonciatrice de l'industrie nucléaire… Mais voilà que le film s'embourbe dans une intrigue existentielle vaseuse, aux dialogues consternants tout droit sortis du b-a-ba de la quête d'identité (aggravés par une traduction française approximative), le tout assorti d'un complot de savant-fou qui tient à peine debout et dont on retient essentiellement la seringue remplie de liquide réanimatorien… Seuls points positifs, des effets spéciaux par moments assez réussis, que ce soit sur le corps martyrisé de Sam/David ou sur ses victimes (la mort du technicien radio contient même un plan choc où l'on retrouve toute la force qu'on aurait voulu retrouvée chez Hooper), et une prestation honnête de Brad Dourif, dont la partition est pourtant trop classique pour faire de l'ombre à Jeff Goldblum.



Du point de vue de la réalisation, que dire ? C'est propre et standardisé, précisément ce que l'on n'attend pas de ce réalisateur-là. "Spontaneous Combustion" n'est pas un navet, il se regarde. Mais il se regarde avec tristesse, car voir l'auteur d'un film génial comme "Massacre à la tronçonneuse" nous livrer un produit aussi peu habité est loin d'être réjouissant.