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Dans une petite ville du Nouveau Mexique, Weasel, un petit gangster, homme de main de Slue, le caïd local, vole une voiture à un couple qu'il vient d'assassiner. Il découvre plus tard un bébé sur le siège arrière du véhicule et décide malgré tout de ramener le "butin" à son boss. Ce dernier, un dangereux psychopathe en ménage avec une sorte de travesti prénommé Pearl, décide de garder l'enfant et de l'élever à sa façon, c'est-à-dire en le torturant et en le traitant comme un animal, qu'il va dresser à tuer et voler sur commande malgré les protestations de sa concubine. Sonny Boy, c'est le nom du rejeton, subit de nombreux sévices moraux et corporels. Il vit enfermé dans un silo à céréales et est nourri quasi exclusivement de poulets vivants. Mais un beau jour la porte de son "antre" reste ouverte…



Que dire de cette histoire démente où un forcené en puissance cohabite avec une espèce de transsexuel joué par David Carradine ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est vrai, Monsieur Kung Fu en personne interprète une sorte de drag queen sans que jamais dans le film, on nous précise s'il est censé jouer une femme ou un travesti ! Notons que David Carradine est aussi compositeur et interprète de certains morceaux de musique country berçant le film et lui donnant une certaine dimension poétique !

Une fois l'ambiguïté du travelot digérée, on nous apprend qu'il / elle est la compagne du caïd local, Slue, campé par Paul L. Smith (dont la filmographie compte "Popeye"). Ce dernier est un être exécrable, une véritable ordure faisant peur à tout le monde et régnant sur toute la ville d'Harmony par la violence. Non content d'exercer le pouvoir et d'injurier son entourage à tout va, il s'évertue à supplicier l'infortuné Sonny Boy de manière égoïste puisqu'il avouera l'avoir élevé comme son père l'avait fait jadis avec lui ! Encore un torturé de l'esprit qui mériterait bien sa dose de séances chez le psy, serait-on en droit de juger ! Mais ce n'est pas fini ! Que penser encore de "l'élevage" barbare du fils adoptif ? On lui coupe la langue pour ses 6 ans, le traîne dans le désert accroché à l'arrière d'une voiture à 12, à 14 ans on l'attache à un bûcher pour tester sa résistance et enfin le pauvre bougre est enfermé dans un silo à 17 printemps ! Et après certains gamins osent se plaindre de leurs parents !?



On rencontre également dans le sillage de Slue et de Pearl, toute une galerie de personnages hauts en couleur comme Weasel, oncle adoptif de Sonny Boy, interprété par le toujours excellent Brad Dourif ("Vol au-dessus d'un nid de coucous", la série des Chucky et "Le seigneur des anneaux", entre autres), complètement déjanté et agressif mais faible en définitive puisque sous la coupe du grand patron devant lequel il s'écrase toujours. Quelle famille pour Sonny Boy, me direz-vous ! Côté voisinage, c'est pas mieux : un homme de main de Slue assez efféminé, une ménagère aux dents horribles en tête des gens désirant lyncher notre pauvre garçon, un ex-docteur connu pour avoir greffé sur ses patients des organes de singes, et bien d'autres encore. Heureusement, dans le lot surnage Rose, une jeune fille avec qui Sonny Boy va vivre une love-story dans un monde sans pitié. Elle semble être la seule personne avec Pearl, à éprouver de l'affection pour lui et à lui manifester un tant soit peu de tendresse. Et il en a bien besoin le miséreux ! Enfant élevé de manière hyper-brutale et entraîné à tuer et voler, -ce qui expliquerait pourquoi son père adoptif lui a coupé la langue : sûrement afin qu'il ne puisse raconter tous ses méfaits - Sonny Boy s'exprime néanmoins à l'écran par le biais d'une voix-off qui en fait le narrateur de certaines scènes. Ce qui, parce que cet adolescent n'a finalement reçu aucune véritable éducation et qu'il est très candide, rend le film tantôt dérangeant, tantôt drôle et tantôt touchant. Accordons ainsi du mérite à Michael Griffin, l'interprète de Sonny, dans un rôle très délicat d'un jeune muet devant dévoiler ses sentiments à l'écran à travers ses silences et sa gestuelle, qui s'en sort très bien et prouve qu'il n'est pas juste qu'un jeune éphèbe.



Non content de présenter un casting aussi hétéroclite que surprenant, ce film halluciné aux frontières de la réalité trouve difficilement sa catégorie précise tant les références et thèmes abordés y sont légion. En effet, mêlant le drame, le mélodrame, l'horreur, le thriller et même la comédie noire, Sonny Boy est à la lisière de tous les genres sans jamais vraiment en adopter un de manière définitive. Doit-on le considérer comme un OVNI pour autant ?
Si on y regarde de plus près, de nombreuses similitudes peuvent être faites entre l'œuvre de Robert Martin Carroll et d'autres long-métrages renommés, si bien que l'on pourrait considérer Sonny Boy comme un hybride cinématographique ayant une certaine parenté avec notamment : "Massacre à la Tronçonneuse" (pour la famille complètement composite et dégénérée), "Le sous-sol de la peur" (pour l'enfant élevé en secret dans un lieu clos et la relation bizarre du couple formé par les parents) et "Arizona Junior" (film des frères Coen dans lequel un cambrioleur de bas étage stérile se marie avec une femme policier avec laquelle il décide d'enlever un bébé).



On peut tout aussi bien considérer Sonny Boy comme une variation du mythe de Frankenstein, créature façonnée par l'homme et désirant voler de ses propres ailes, mais aussi le comparer au Christ, personnage subissant de nombreux traumatismes de la part de ses semblables, tout en leur pardonnant leurs actes. D'ailleurs est-ce un hasard si Sonny Boy s'extasie devant une croix chrétienne lors d'un rapine dans une église ? Ainsi, les analogies dans ce film ne manquent pas, quelles soient cinématographiques, littéraires ou religieuses. Mais quelle a été réellement l'intention du cinéaste ? Faire de son oeuvre un brûlot contestataire sur les horreurs subies par les enfants abusés ? Une allégorie sur le bien et le mal mâtinée de bondieuserie ? Une ode à Jésus Christ et à sa résurrection ? Un moyen de lutter contre les préjugés sociaux et l'intolérance des gens ? Un réquisitoire dénonçant la bassesse et l'immoralité d'individus prêts à toutes les horreurs inimaginables pour s'enrichir ? Difficile de trouver une réponse cohérente devant un tel cocktail d'émotions, d'autant qu'a priori, le film tel qu'on peut actuellement le découvrir en France, a été tronqué d'environ 7 minutes, nous privant ainsi d'une fin différente et de la fameuse scène où Slue coupe la langue de Sonny Boy pour son sixième anniversaire. Devant de telles suppressions, il semble encore plus dur de se faire une véritable idée à propos du ou des messages qu'a voulu nous transmettre le réalisateur. Il n'en demeure pas moins que pour tous les thèmes qu'il brasse et l'univers original qu'il dépeint, Sonny Boy reste une œuvre attachante, forte et ambiguë à voir de toute urgence !








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