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Faust, Fantastic Factory, Brian Yuzna. Quand trois noms pareils s'affichent les uns à côté des autres, on peut penser qu'on vient de toucher le jackpot : quelque chose comme un délire somptueux, gore, sexy et drôle - et tel semblait bien être le but. Pourtant le sourire se fige quelque peu lorsqu'on apprend qu'il s'agit de l'adaptation d'un comics (à moins qu'on ne soit fan de l'œuvre de Tim Vigil et David Quinn, bien sûr)… Et la crainte se confirme à la vision du film : on cherche à modérer sa déception.



Lorsque John Jaspers (Mark Frost) reprend connaissance dans son atelier de peinture, c'est pour découvrir le corps sans vie de Blue (Jennifer Rope), sa maîtresse et modèle. Désespéré, il s'apprête à se suicider en se jetant du haut d'un pont. Plus tard, le voilà en cellule d'isolement psychiatrique sous le regard du Dr Yamato (Junix Nocian) et de l'inspecteur Margolies (Jeffrey Combs). Ce dernier a arrêté Jaspers dans une ambassade où il a massacré 19 personnes, et Jaspers est tombé en catatonie au moment même où il a décidé de ne pas tuer l'inspecteur. Dessaisi de l'affaire par son supérieur, Margolies et la psychiatre Jane De Camp (Isabel Brook) vont bientôt découvrir que Jaspers aurait passé un pacte avec un certain M (Andrew Divoff) : en échange de son âme, la puissance nécessaire pour exercer sa vengeance… mais au prix de son âme.



Je ne suis pas un lecteur de bande-dessinée, je n'ai donc pas lu le "Faust" de Quinn et Vigil. Et croyez-moi, ça ne risque pas de changer. C'est pourtant bien simple : le mythe de "Faust", au départ, est le mythe du savoir. Si on est intelligent et imaginatif, on peut renouveler le thème d'une façon intéressante, ce qu'a fait par exemple Clive Barker. Mais si on réduit le pacte à une volonté de vengeance, alors M (Méphistophélès) pourrait aussi bien être un "Wishmaster" ou un démon quelconque, ce qui est ici le cas. On peut donc tranquillement oublier le titre du film, rien à voir avec le mythe originel. Le nerf central étant dévitalisé, reste un spectacle pur. En toute honnêteté, je devrais déjà coller un beau zéro à cette arnaque, mais comme j'aime Brian Yuzna plus que de raison, je m'accroche !



Le spectacle est-il bon, au moins ? Eh bien, pas tant que ça. A ma connaissance, on n'avait pas encore eu de comics gore sur grand écran, et "Faust" comble cette lacune, certes... Mais il s'agit d'un gore clean et festif sur lequel Yuzna ne s'attarde guère, un gore purement graphique, comme il fallait s'y attendre. Un bras coupé gicle abondamment et la victime fait "aaah", mais toute souffrance est absente… Oh, non, ne soyons pas injuste, Mark Frost et Isabel Brook arborent bel et bien des expressions de souffrance - caricaturales : le visage de Frost, comme le film qui porte son nom, semble être victime d'une glaciation, une sorte de crampe grotesque destinée à témoigner de sa douleur. Isabel Brook, quant à elle, semble pareillement bloquée sur le mode "je-me-retiens-de-pleurer"… Et passons sur les blagues et les mimiques idiotes du "Faust" en plastique rouge, qui désamorcent complètement la puissance maléfique qu'il est sensé incarner.

Pour les scènes d'action, on pense à "Batman" ou même "Phantom of the Paradise" (effets de cape flottante en contre-plongée), ce qui n'est pas précisément faire preuve d'originalité. Et puis il y a la séquence du métro: caméra portée, image crade qui est bien ce qu'on attendait d'un comics trash, montage MTV qui se marie parfaitement avec la musique métal… Cette fameuse musique, qui est un grand malentendu. Pour un clip, aucun problème. Que ce soit du Black ou du Death, c'est beau, c'est fort, lyrique, speedé, ça parle du diable, de la mort, donc ça colle... Mais pour créer l'ambiance d'un film ? Mieux aurait valu confier la totalité de la B.O. à Xavier Capellas (voir la musique de "Beyond Re Animator" pour s'en convaincre). Au final, l'impression d'ensemble de "Faust" est celle d'une grande superficialité: on voit passer le film en vitesse rapide malgré soi, sans même appuyer sur la commande adéquate. Fin de la chanson.



Il y a pourtant de beaux restes. Des images fabuleusement texturées et colorées, par exemple, qui enchantent l'œil... Quelques dialogues (merci monsieur Tejada-Flores, mais en VO cependant, sinon adieu)... Le trauma de la psychiatre Jane De Camp n'a rien d'original, mais "l'homme lisse" est réussi et effrayant. La renaissance de "Faust", avec un combat contre un squelette araignée dont les pattes dessinent un pentagramme, est très belle. Le rite de l'Offrande Rouge, qui rate son aspect malsain en se contentant de passer sur les choses, nous offre tout de même une orgie sanglante de toute beauté, et si l'Homuncule nous fait retrouver avec déplaisir le numérique selon la Fantastic Factory, la transformation de Jeffrey Combs y constitue une surprise savoureuse (quoique nulle du point de vue du récit…). Le meilleur reste certainement Andrew Divoff en M sournois et raffiné, qui fait subir à sa comparse aux dents longues des supplices particulièrement réjouissants… Tenez, imaginez que le film s'appelle M. Normalement, ça devrait mieux marcher.