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Pour nombre de cinéphiles le film fantastique britannique est mort avec la Hammer. Pourtant cette année, "Creep" marque la renaissance du pays dans le domaine du cinéma de genre. Avec une œuvre de caractère, il se pourrait bien que le nom de Smith soit à retenir pour les années a venir. Après un début de soirée bien arrosé, Kate (jouée par Franka "Cours Lola cours" Potente) rate le dernier métro. Un peu engourdie par l'alcool, elle se dirige vers la sortie. De lourdes grilles lui barrent le passage ; à Londres, une fois le dernier métro passé, le "tube" se transforme en véritable coffre fort. Un bruit résonne dans les souterrains… Un métro s'arrête à la station où se trouve Kate ; l'Allemande monte à bord. Entre deux stations le véhicule s'arrête et est soudain plongé dans le noir. Après un moment de panique, Kate réalise que Guy, un de ses collègues, est lui aussi dans la rame. Celui-ci, ivre et drogué, tente de la violer, persuadé que sa collaboratrice le désire. Occupé à essayer de pénétrer la femme qu'il immobilise de son poids, l'ivrogne ne s'aperçoit pas que les portes se sont ouvertes. Une main difforme saisi l'homme et l'entraîne violemment en dehors pour le malmener… Quelque chose rode dans les dédales souterrains du métro de Londres. Quelque chose a soif de sang. Quelque chose cache un secret inavouable. Ainsi débute une course poursuite dans les tunnels du "tube" le métro londonien.



Pour la petite anecdote, le film a soulevé une polémique en Angleterre : les affiches du film peuvent-elles être utilisées dans le métro ? En effet les posters montrent l'avant d'une rame sur la vitre de laquelle une main ensanglantée a laissé une trace. Mais laissons là ces débats sur la moralité dont les Anglais sont friands, et passons plutôt au métrage en question.

"Creep" se divise en trois parties distinctes dont la première constitue l'immersion du spectateur. Bien trop classique, il est préférable de ne point s'y attarder car si elle réjouira les amateurs de films pop-corn, elle ne fera qu'ennuyer les fantasticophiles. En outre il serait dommage de se formaliser de cette mise en bouche sans saveur tant la suite est maîtrisée.
Le second tiers du métrage n'est autre que la poursuite en question. On y verra donc Kate, en tenue de soirée, courir à en perdre haleine, talonnée par on ne sait quel croque-mitaine.
Le métrage s'achève ensuite par une révélation immédiatement suivie de la lutte ultime.

Rien de très excitant en ce qui concerne le fond. Recette rebattue nombre de fois depuis "Massacre à la Tronçonneuse". Le réalisateur ne se cache d'ailleurs pas d'avoir été influencé par le film de Tobe Hooper. Cependant contrairement à nombre de ses confrères, Smith a su utiliser son modèle à bon escient.
En occultant la première partie molle et ennuyante, "Creep" tire le meilleur parti de son environnement en transformant les couloirs du métro en piège mortel. Loin d'être présentées comme aseptisées, les infrastructures respirent une atmosphère lourde et malsaine, en fait très proche de la réalité. Si vous vous promenez dans les stations de métro londonien, vous respirerez cet air opaque, chargé de poussière. Il n'est même pas rare de croiser des hordes de rats s'affairer entre les rails.



Smith a donc su retranscrire à l'écran ce qui est le quotidien de sa ville natale. Toutefois "Creep" ne se limite pas à un documentaire sur les transports publics souterrains de la ville de Londres. Grâce à une mise en scène dynamique, le réalisateur injecte à son métrage une bonne dose de paranoïa, allant même jusqu'à jouer avec les clichés du genre pour contourner la routine dans laquelle le genre s'est enfoncé.
Dans une situation où les codes du genre appelleraient à tel dénouement, Smith surprend en frappant là où l'on ne l'attend (presque) pas.

Une fois le dernier tiers du film atteint, le Londonien se révèle totalement et ne se contente plus de plans filmés à l'épaule pour immerger le spectateur. Il joue ouvertement avec le gore et se laisse même aller à distiller une atmosphère poisseuse parfaitement en phase avec l'environnement. Les couloirs du tube se transforment devant la caméra du Britannique, en de sombres dédales baroques que n'aurait sûrement pas renié la Hammer.
L'idée étant ainsi de créer un croque-mitaine totalement intégré au monde souterrain dont il fait partie intégrante. Le monstre connaît les dédales, en use, et finit par se confondre avec son environnement. En exploitant ce concept au mieux de ses capacités, le cinéaste livre un métrage progressif.

Une véritable claque que ce film, non pas seulement par sa qualité, mais surtout par sa signification : nos voisins britanniques recèlent des talents cachés. L'un d'entre eux vient de se révéler au grand jour.

Monsieur Smith, félicitations – mission accomplie avec brio.








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