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Jörg Buttgereit après "Nekromantik" et avant "Nekromantik 2" réalise ce "Le roi des morts", un film entièrement consacré au suicide. Il s'agit en fait de la version "live" du livre controversé "Suicide : mode d'emploi". L'histoire est donc assez sommaire et se déroule sur une semaine, où chaque jours nous verrons une personne se suicider de manière différente. Le tout étant mis en parallèle avec un corps en décomposition.



Si Buttgereit sait très bien inspirer le dégoût et la nausée avec des visions très complaisantes (voir les "Nekromantik"), il agit de manière inverse sur ce film. Le réalisme étant avant tout l'objectif de base que Jörg Buttgereit s'est fixé. On dénote d'ailleurs un réalisme pratiquement insoutenable lors de certaines séquences, comme le montre paradoxalement la séquence la moins graphique de tout le film, qui nous montre un pont où la caméra suit les contours. On voit juste cela, mais on entend des bruits, des gens qui tombent puis s'inscrit leur âge, profession, nom, ce sont des personnes qui se sont données la mort en sautant de ce pont. Terrifiant !
Une sobriété donc qui montre toute la force de la mise en scène du réalisateur allemand, qui n'hésite pas à réaliser quelques prouesses dès le début du film avec ce "lundi" qui nous fait découvrir un homme seul chez lui. Par le biais d'un unique plan et en utilisant un mouvement continuel de caméra à 360 degré, on voit la journée qui se passe jusqu'au soir où l'homme va se laver avant d'aller se coucher. Un exercice de style difficile mais ô combien efficace et impressionnant. De plus, la fin de cette journée de "lundi" nous montrant l'homme se suicider dans sa baignoire en avalant pleins de médicament est d'une telle sobriété, qu'elle en devient tétanisante. A l'instar de celle où un homme se tape la tête contre un mur jusqu'à en mourir.



Un banal quotidien que nous offre le réalisateur, tellement banal et réaliste que je déconseille à bons nombres de personnes de visionner ce film. Mais de tout le métrage, la séquence la plus terrifiante est sans contexte "mardi". Il s'agit d'un homme qui va dans un vidéo club louer un film du genre "Ilsa" où deux femmes SS castrent un prisonnier sous l'œil attentif d'un officier SS. L'homme est chez lui devant sa télé, et se délecte de spectacle sordide. Sa femme arrive, et il la tue en lui tirant une balle dans la tête, puis accroche un cadre sur le mur maculé du sang de sa compagne. Enfin il se donne la mort en se pendant.
Certes c'est assez dur à lire et à voir, mais c'est le genre de situation que l'on retrouve assez souvent dans notre vie quotidienne, on a tous déjà lu dans la colonne faits divers des journaux ou entendu quelque part parler de ce genre de drame.




"Le roi des morts" aligne donc des séquences banales et quotidiennes de la vie, de désespoir, de tristesse (voir le mari déprimé par ses problèmes avec sa femme et qui se suicide face à une femme assise sur un banc), dégageant alors pour le spectateur un sentiment de malaise. Néanmoins on reprochera à Buttgereit ce corps en décomposition qu'il montre à chaque journée, et qui n'apporte vraiment rien à l'histoire et est plutôt ici pour faire monter la nausée. Puisque symboliquement, on sait que cela amène à la mort, la décomposition de l'être et de l'âme à l'instar de ceux qui se suicident, qui ne voient plus aucun espoir et échappatoire à leur vie qui pour eux leur semble ratée. Malgré tout, il y avait mieux à faire que de monter un corps pourrissant pendant tout le long du film.



On remarquera également la musique qui ajoute d'une certaine manière une dimension onirique, bien qu'elle soit très vite rattrapée par le réalisme des scènes et de la réalisation, où Buttgereit n'hésite pas à filmer son œuvre comme un documentaire avec une caméra très souvent à l'épaule, et une manière lente à exposer les éléments du cadre.
Aussi un mini remake du "Voyeur" de Michael Powell est instauré par la steadycam qui tue tout le monde lors d'un show télévisé retranscrivant un genre de mini concert.
"Le roi des morts" est donc un film assez difficile à voir, qui n'offre aucune analyse, ni dissertation, ni solution sur le thème du suicide. Il donne à voir juste la banalité de cet acte dans sa manière la plus crue et plus réaliste qu'il soit. Et rien que pour ça, je vous invite à tenter l'expérience particulière que donne la vision de ce film.



5/6 - Anonymous