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Moyenne: 4.5
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***AVERTISSEMENT*** Cette fiche contient un sérieux spoiler signalé à la fin. Si vous n'avez pas vu le film, vous pouvez aisément lire la fiche qui n'en est qu'une critique sans révéler quoi que ce soit. *** Une vieille comtesse est pendue par son mari qui déguise le meurtre en suicide. Il est à son tour assassiné par un tueur mystérieux qui fait disparaître le corps. Peu de temps après, quatre jeunes gens s'arrêtent dans la demeure abandonnée pour y passer un peu de bon temps. Ils vont rapidement connaître des fins sanglantes, tandis que le mystère s'épaissit. Quelqu'un cherche à se débarrasser de toute personne ayant une relation de près ou de loin avec la demeure de la comtesse située dans une baie idyllique.



Le film démarre fort avec ces deux meurtres successifs filmés de façon magistrale par un Mario Bava ayant posé les jalons du genre Giallo bien qu'avec ce film, cela prend une tournure beaucoup plus cruelle, voire sadique. Le spectateur a droit à toute la souffrance de la victime en gros plan, tandis que le meurtrier n'est révélé que par quelques détails corporels, comme ses chaussures polies ou ses mains gantées de noir. Et juste au moment où nous voyons son visage, il se fait lui-même larder de coups de couteaux brillants. Une intro des plus efficaces, servie par une mise en scène impeccable dans un décor baroque aux couleurs riches et profondes, donnant un aspect velouté aux images (tiens, voilà Dario Argento venu jeter un petit coup d'œil…).

Avec ce film datant de 1971, il ne fait aucun doute que Bava a inspiré plus d'un réalisateur, tant pour la mise en scène que pour l'histoire et l'inventivité des meurtres. Ici, nous avons droit à un couple transpercé par une lance en pleins ébats, à une décapitation à la hache ou une machette en pleine figure – de plus, dans un décor situé au bord d'un lac (tiens, bonjour Sean Cunningham…) – ou encore à un égorgement en pleine course, donnant lieu à l'une des images les plus sublimes du film (et peut-être du Giallo tout court).

L'une des jeunes filles se baigne dans un lac et croise un cadavre. Elle panique et s'enfuit en enfilant maladroitement sa petite robe vert bouteille. Tout en courant, le tueur lui coupe la gorge et elle s'effondre sur un gazon vert brillant sur lequel contraste merveilleusement sa délicate peau pâle et le rouge du sang qui coule de sa plaie béante. Pour paraphraser mon camarade Christophe J, c'est de la poésie macabre.

L'histoire du film est d'une banalité presque affligeante, devenue une base fixe pour la plupart des Slashers ayant suivi. Mais ici, point de longueurs ni d'effet "déjà-vu" grâce à tout le savoir-faire de Mario Bava, qui introduit des personnages mystérieux à intervalles réguliers, ayant chacun un mobile pour ces meurtres incessants.

En effet, les quatre jeunes vont disparaître l'un après l'autre dans la première demi-heure, si bien que l'on se demande ce qui nous attend pour la suite. Et là, le film prend une tournure un peu inhabituelle dans ce genre de film aujourd'hui, étant donné qu'il commence à raconter une vraie histoire qui ne s'éclaircira qu'à la fin. On n'a pas l'impression d'assister à quelque chose de gratuit et malgré son âge certain, ce film a beaucoup mieux vieilli que "Vendredi 13", qui s'en inspire jusqu'à en devenir un calque, par moments.

Les acteurs composant le groupe de jeunes n'ont rien de particulier. Ils sont juste là pour servir aux funestes desseins du tueur donc leur développement se limite à quelques chamailleries amicales. On devine que l'un des garçons est amoureux des deux filles qui ne le lui rendent pas et qu'il est toujours tenu un peu à l'écart du groupe mais c'est tout. Et ce n'est pas grave.

Par contre, le couple qui arrive dont la femme est la belle-fille de la comtesse décédée, comporte un peu plus de substance, notamment grâce à la beauté fragile de Claudine Auger. Elle va se révéler bien plus ferme et rusée qu'elle n'en donne l'impression et une sombre histoire de propriété et d'avidité va se dessiner autour du couple, les détails devenant de plus en plus évidents en même temps que les cadavres s'amoncellent.

Si vous n'avez pas encore vu La baie sanglante, il est grand temps de le découvrir, ne serait-ce que pour voir le début du Slasher. Je n'ai qu'un seul problème avec ce métrage dont je vais parler dans le paragraphe suivant. Il comporte cependant un monstrueux spoiler concernant la fin, alors ne le lisez que si vous avez déjà vu le film.

SPOILER SERIEUX





La fin est en soi très brutale, voire choquante ("Maman ? Papa ?" - BAM !!) et aurait parfaitement fonctionné en clôturant un film aux propos autrement plus cyniques. Ici, elle laisse un méchant goût d'arrière-pensée foireuse, comme si Bava s'était dit "Oh mince, tout le monde est mort. Alors comment faire pour tuer les parents ?" Et là, il s'est souvenu de leurs enfants que le spectateur avait oublié tant ils sont inexistants dans ce qui précède. Il n'existe aucune véritable raison pour qu'ils tuent leurs parents, même si cet acte est présenté comme un jeu pour eux ("T'as vu comme ils font bien semblant d'être morts ?"). Selon moi, l'ironie aurait mieux fonctionné si les parents avaient péri dans un accident provoqué par eux-mêmes et en rapport avec cette baie qu'ils convoitaient tant. Alors qu'ici, le spectateur se sent brutalement mis de côté et plongé dans une réflexion qui nuit en quelque sorte à son appréciation pour le reste du film.

Merci de ne pas parler de ce spoiler si vous laissez un commentaire.

SPOILER FINI