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L'échelle de Jacob suit l'histoire de Jacob Singer (l'excellent Tim Robbins), un blessé de la guerre du Vietnam rapatrié aux Etats-Unis. Depuis son retour au pays, il semble avoir retrouvé une vie normale et stable : employé des postes, il vit avec sa compagne, Jezabel, et son chien dans un modeste appartement new-yorkais. Pourtant, cela fait quelques temps qu'il est en proie à de surprenantes hallucinations mêlées d'images fortes de la guerre. Plus étrange encore, il est également hanté par le souvenir de la vie qu'il menait lors de son premier mariage, antérieurement au conflit américano-vietnamien. A cette époque, il exerçait la fonction de professeur d'université, était mariée à Sarah dont il eut trois enfants et son fils Gabe (Macaulay Culkin !), son préféré, était encore vivant. Se sentant en outre pourchassé par des forces obscures lui étant hostiles et cherchant même à le tuer, il confesse ses troubles à d'anciens compagnons d'armes semblant souffrir curieusement des mêmes maux. Alors que ses pairs l'abandonnent peu à peu, Jacob trouve néanmoins du réconfort auprès de Louis (Danny Aiello), son chiropracteur, fidèle samaritain, toujours là au bon moment. Mais les visions se succèdent sans relâche, si bien que Jacob en vient à douter de son état mental, d'autant qu'il commence à mélanger les différentes périodes de sa vie… Quel secret pèse alors sur Jacob et ses comparses ? Que s'est-il vraiment passé durant cette maudite guerre pour que quelqu'un souhaite sa mort ? Qui est responsable ? Et qui est-il véritablement ?



Ce sont les principales questions, constituant l'intrigue du film, que l'on est amené à se poser à un moment ou un autre au cours de ce spectacle magistral, foisonnant de références diverses quelles soient historiques, bibliques ou bien encore littéraires.

A l'instar de films comme : "Taxi Driver", "Rambo", "Pulsions Cannibales", "Voyage au bout de l'enfer" ou encore "Combat Shock", L'échelle de Jacob relate l'histoire du difficile "retour au quotidien" pour les ex-soldats américains au sortir de la guerre du Vietnam et des souffrances indélébiles gravées à jamais dans leur mémoire qui les troublent encore, une fois leur contrée d'origine retrouvée.

Rares sont ceux réussissant leur réhabilitation au sein de la société urbaine en ayant oublié tous les traumatismes vus et vécus, ce qui traduit bien là une authenticité, un triste constat fait par Adrian Lyne, le réalisateur, peu habitué au genre fantastique puisque sa filmographie comporte des films comme "Flashdance", "9 semaines et ½" ou encore "Liaisons Fatales". Mais force est de constater qu'il réussit à faire de ce film une métaphore subtile sur la guerre du Vietnam sans exagérément verser dans le pathos et qu'il brosse à merveille le portrait de ces hommes meurtris à jamais qui, pour pouvoir se réadapter à la vie et avoir la conscience libérée, doivent d'abord faire la paix avec eux-mêmes. Pour Jacob, cet apaisement de l'esprit à reconquérir passe par : assumer le deuil de son fils, admettre que sa femme et lui se sont définitivement séparés, et surtout oublier les horreurs de la guerre. C'est donc de rédemption dont il s'agit avant tout et Lyne, pourtant catalogué comme un cinéaste Hollywoodien dit "classique", fait ici preuve, pour ceux qui en doutaient encore, de tout son talent de metteur en scène et élargit du coup sa palette de genres cinématographiques avec cette œuvre hybride mais aux forts relents fantastiques.



Le cinéaste ne pouvait toutefois faire autrement que de réaliser une œuvre culte : avec un tel scénario entre les mains, le contraire eut été un monumental gâchis ! En effet, le film est basé sur le script très fourni de Bruce Joel Rubin, scénariste très porté sur le mysticisme, les références bibliques et la littérature ésotérique. A ce sujet, L'échelle de Jacob, fourmille de références littéraires et empruntées à la Bible. On pense déjà au titre du film, l'échelle, qui est le mythe symbolisant la séparation de l'homme et du divin dans le songe de Jacob. En gravir les échelons revient à franchir tous les univers intermédiaires, passages obligés, avant d'arriver au ciel. Cette lente procession est représentée par toutes les étapes de la vie de Jacob : l'enfer (Vietnam), le purgatoire (la vie qu'il mène dans un New York insalubre infesté de démons) et le paradis, dernière escale qu'il atteindra, une fois la sérénité retrouvée. Le choix de certains prénoms de quelques protagonistes du film est également inspiré d'écrits religieux. Ainsi, Jacob, patriarche hébreux, a combattu et vaincu un ange, acte de bravoure illustrant, au sens des textes dits saints, une lutte opiniâtre où le courage et la constance finissent par triompher de tous les obstacles. C'est dans cet état d'esprit que, dans le film de Lyne, le héros ou anti-héros (tout dépend de l'angle sous lequel on se place) progresse : une quête tenace de la vérité parsemée d'embûches mais finissant par aboutir. On repère également d'autres noms de baptême à consonance biblique non dénués de signification quand on pense à certains personnages du film, comme : Jezabel, reine impie à la fin tragique, Sarah, épouse d'Abraham, le patriarche, Eli, prophète juif et enfin Gabe (pour Gabriel, archange annonciateur du Sauveur et de bonnes nouvelles ? ).



Pour ce qui est des références littéraires, comment ne pas penser à la description de l'enfer par Dante Alighieri dans "La Divine Comédie" ?
Indubitablement, l'œuvre du poète italien trouve dans le métrage de Lyne, certains échos renvoyant clairement aux protagonistes de son ouvrage. On est de ce fait tenté d'assimiler Jacob à Dante pour cette situation d'errance qu'ils subissent chacun à leur façon, dans un lieu sordide qu'on définira comme le purgatoire. Mais si pour le dernier cité, l'antichambre de l'enfer était le lieu d'expiation de ses péchés (la luxure, l'avarice et l'orgueil), il devient pour Jacob l'endroit intermédiaire où il doit faire table rase du passé tout en essayant de trouver ce qu'il lui est arrivé à la guerre et ce, pour évoluer. Une deuxième analogie peut être également faite quant aux personnages de Louis et de l'inconnu qui suit Jacob dans tous ses déplacements qu'on peut comparer alternativement tous les deux à Virgile, sorte d'ange gardien guidant Dante à travers différents stades du purgatoire. D'ailleurs ne lui-ont-ils pas tous deux sauvé la vie à un moment donné du film ?

De manière sommaire, L'échelle de Jacob, film relatant le parcours initiatique d'un homme perdu en quête d'identité en venant même à se demander s'il n'est pas mort, est un chef-d'œuvre pour plusieurs raisons.

D'une part, à sa vision, le spectateur est entièrement livré à lui-même, à la recherche du moindre indice révélateur et instructif. Ceci est grandement dû à l'absence de véritable fil conducteur et aux nombreux flashbacks qui parsèment le film et lui donnent ce côté instable, tout en lui conférant une atmosphère angoissante."Qu'arrive-t-il donc à ce pauvre malheureux ?", est-on en droit de se demander dès les premières bobines, lors desquelles Lyne nous balade littéralement en nous dévoilant pléthore d'images chocs des différentes périodes de la vie de Jacob. Le spectateur, complètement désarçonné parce qu'il ne comprend pas tout, tout de suite, est de fait entièrement captivé par ce spectacle, persuadé que la clé de "l'énigme Jacob" va arriver d'un moment à l'autre. Cette faculté de charmer et d'intriguer le spectateur est très bien gérée de la part du réalisateur, mais ce n'est pas là le seul atout du film.



Il faut également ajouter au crédit du métrage l'emploi d'un score complètement éthéré mais ô combien captivant par la mélancolie qu'il dégage. En effet, la musique envoûtante de notre Maurice Jarre national, ajoute admirablement cette pincée de trouble pour rendre le tout encore plus nébuleux et pour donner l'image d'un ensemble très cohésif. D'autre part, force est de reconnaître, que Tim Robbins porte tout le film sur ses larges épaules. Il est tellement "habité" par son personnage que le moindre de ses sentiments à l'écran est d'une incroyable justesse. On pense notamment à la scène le voyant pleurer à chaudes larmes devant la photo de son fils décédé, ou bien encore à celle traumatisante du bain de glaçons, dont on se souviendra encore très longtemps par la sensation de mal-être qu'elle suscite. Ainsi, rarement un film sur les affres de la guerre du Vietnam n'aura abordé le conflit sous cet angle et il faudra patienter jusqu'à l'image finale pour s'en rendre définitivement compte et avoir le fin mot de l'histoire...

Malgré un succès d'estime tout à fait convenable (Prix du public au Festival d'Avoriaz en 1991), ce film hors norme, n'a pas eu, à notre sens, la renommée qu'il méritait. Espérons qu'à la longue, sa carrière Vidéo / DVD, rattrapera cette énorme lacune !

Merci au site Devildead pour les deux dernières photos.






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