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Durant les années trente, dans un cirque où se côtoient les êtres les plus bizarroïdes qui soient, Hans le nain, fiancé à Frieda, personne de petite taille également, se voit soudainement adulé par Cléopâtre, la séduisante trapéziste qui jusque-là refusait de céder à ses avances. Cette dernière a le noir dessein de lui soutirer la fortune dont il vient d'hériter, à l'aide du colosse Hercule, son amant. Elle va cependant apprendre à ses dépens, qu'on ne joue pas avec les "monstres" du cirque. Ceux-ci forment en effet une famille terriblement soudée dès lors que l'un d'entre eux est menacé ou a subi une injustice…



Film longtemps interdit par la censure de son pays, Freaks à l'instar des êtres difformes qu'il montre, est une aberration de la nature. Sa durée de soixante et quelques minutes ne lui permet ni d'être classé parmi les courts métrages, ni de faire partie des longs. De plus, c'est un film à part puisqu'il n'appartient à aucune classification. Ce n'est ni un documentaire, ni un film fantastique, ni un drame, ni un film d'horreur, mais plutôt tous ces genres à la fois. Cela explique peut-être l'accueil assez froid réservé par le public à sa sortie en 1932 et qui lui valut d'être interdit pendant 31 ans ! Ne disposant pas d'un genre cinématographique prédominant, ce film hors norme a donc eu beaucoup de mal à se trouver un auditoire et en paya ainsi le lourd tribut à la censure par une interdiction de plus de trente ans et par des coupures qui additionnées, totalisent plus d'une demi-heure du négatif original. On n'assistera pas ainsi, à la scène de castration d'Hercule, le "monsieur-muscles" du film. Ce manque est dommageable car ladite scène avait beaucoup plus de sens que la séquence réservée par la version définitive et disponible en France, mais que nous garderons secrète afin que les spectateurs éventuels découvrent cette œuvre d'un regard vierge et sans révélation assénée brutalement pour mieux en apprécier, néanmoins, toutes les qualités.



Au premier rang de ces dernières, on peut déjà évoquer le côté hyper-réaliste des êtres difformes que l'on croise dans le film et pour cause puisque ce sont de véritables phénomènes de foire en provenance directe du cirque Barnum ! On y trouve pêle-mêle : une femme à barbe, un homme tronc, des sœurs siamoises, un hermaphrodite, des hydrocéphales, un homme sans chair, un cul-de-jatte, et tant d'autres. Le principal souci de Tod Browning, ayant lui-même évolué dans le milieu du cirque, aura été non pas l'authenticité de ces "créatures humaines", mais plutôt celui de nous faire pénétrer dans un monde "parallèle" et fortement méconnu du nôtre, quoique bien présent.

Finalement, ces "monstres" ont les mêmes envies et vices que nous, ce qui les rend d'autant plus humains que les personnages antipathiques du film sont incarnés par des personnes en parfaite santé ne souffrant d'aucune tare physique. "Qui est véritablement le monstre ?". Semble être alors l'articulation principale du scénario, amenée toutefois en finesse, sans jamais verser dans le moralisme de bas étage. Le réalisateur, s'évertue à nous prouver que finalement, c'est le regard porté sur les êtres qui en fait des monstres et qu'on peut être un monstre dans les faits et les actes, sans être difforme. Cette morale est d'autant plus actuelle que désormais on évolue de plus en plus dans un monde où l'apparence physique prime sur la beauté intérieure. Ce message est, en outre, évoqué sans aucun mépris, aucun voyeurisme vis-à-vis des gens anormaux, et cela constitue un véritable tour de force de la part du cinéaste si l'on considère que ce film présente tout de même un aspect tronqué faute aux nombreuses coupes des censeurs !



On pourrait cependant reprocher au film une certaine concession au voyeurisme lors de la fameuse séquence où l'homme tronc allume sa cigarette. Le voir réaliser cette véritable prouesse, nous rend complaisant donc nous met au même niveau que celui du voyeur de base. Pourtant, lorsque l'on revoit ce même personnage vers la fin du métrage, rampant, un couteau entre les dents, on se remémore l'exploit tantôt accompli par le gaillard en d'autres circonstances et notre complaisance a, alors, totalement disparu.

D'aucuns auraient pu penser que l'aspect monstrueux des protagonistes empêcherait toute identification et pourtant celle-ci fonctionne étonnamment ! On se met facilement à la place de ces "freaks", floués par des "gens normaux" et rendus de fait, avides de vengeance. Ce dernier sentiment est donc propre à la nature humaine, qu'on soit parfaitement valide ou handicapé par la nature. Etre différent est donc, ici, complètement superfétatoire. C'est aussi ça l'autre performance du réalisateur : avoir montré toute l'humanité de ces individus "autres". Il faut se mettre dans leur inconfortable peau pour comprendre tout ce qu'ils endurent et c'est justement ce que le cinéaste arrive à nous faire faire l'espace de quelques instants.



L'œuvre de Browning, qui a toujours été très porté sur le spectacle des corps mutilés (voir, entre autres "L’inconnu", dans lequel un faux manchot se fait amputer par amour pour une femme qui finalement lui en préfèrera un autre), s'avère donc être une formidable leçon de tolérance vis-à-vis des gens dits "différents" dont la vie de tous les jours est finalement rarement montrée à l'écran, à part dans certains documentaires voyeuristes et autres émissions racoleuses. Nombre de réalisateurs devraient alors, au lieu d'essayer "de choquer le bourgeois" par un étalage d'images horribles sans autre intention que celle de révulser, s'en inspirer afin de donner au cinéma des films de la trempe de Freaks, sous-titré en français "La monstrueuse parade", qui lui, dispensait un vrai message !








Du même réalisateur :

INCONNU - L
DRACULA (1931)