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Perdita Durango est une jeune femme solitaire et violente, venant disperser les cendres de sa sœur. Elle rencontre Roméo, un gourou ultra violent, adepte de rituels sanguinaires et organisant d'étranges trafics. Tous deux vont devenir amants puis capturer un couple d'adolescents naïfs qu'ils vont tenir en otage.



Adepte de films violents, fous et inventifs, Alex de la Iglesia est un réalisateur prônant le délire le plus complet et les personnages les plus barges qu'il soit. Que ce soit un groupe de terroristes frappés et handicapés ("Action Mutante"), des comédiens se foutant des baffes pour animer un public en folie ("Muerte de risa") ou d'un groupe de poivrots se croyant dans un western ("800 balles"), il signe de véritables perles de folie, devenues culte pour la plupart. Avec Perdita Durango, il continue dans la même lancée mais en signant un spin off de "Sailor et Lula", en récupérant le personnage de Barry Gifford, à savoir Perdita Durango, une jeune femme mystérieuse et vénéneuse, incarnée par Isabella Rossellini dans le film de Lynch.

Le film sortira directement en vidéo chez nous, mais connaitra de nombreux problèmes avec la censure un peu partout dans le monde. Il subira de multiples coupures pour sa violence excessive, passant de sa durée complète de 136 minutes à 121 minutes voir à 95 minutes en Angleterre. Pourtant la véritable version intégrale s'avère être la version espagnole inédite chez nous, d'une durée de 136 minutes ! En France, le film sortira en dvd et annoncé comme uncut, mais d'une durée de 126 minutes. Ce qui explique que de nombreuses scènes coupées restent dans l'ombre comme le prouve la bande annonce, disponible sur le dvd de Studio Canal. Le dvd espagnol (pourvu de sous titres français) propose toutes les scènes censurées ou supprimées car trop violentes : decouverte de foetus sur une route, crucifixion, sexe trop extreme...et la fameuse scène du rituel sanglant, nettemment plus longue et plus gore.



Dès le début nous plongeons dans le rêve de Perdita, où elle se fait réveiller doucement par une panthère. La jeune femme se réveille pour ensuite disperser au cimetière du coin les cendres de sa sœur. Elle va tomber en chemin sur Roméo, un personnage intriguant, séducteur, et surtout très dangereux. Celui-ci organise des messes noires et des rituels sanguinolents inquiétants, ce qui donne une scène hallucinante et traumatisante, rappelant certains films d'horreur mexicain par son coté macabre et dérangeant (les films de José Mojica Marins et consort), une scène malheureusement incomplète comme je l'ai expliqué plus haut. Roméo et Perdita forme un couple démoniaque et sadique, adepte du sexe frénétique et de l'extrême violence. Un couple d'amour et de sang comme on les aime, comme le furent Bonnie et Clyde, Sailor et Lula, Clarence et Alabama, Mickey et Mallory ou encore Chucky et Tiffany ! Tous deux décident de prendre en otage un couple d'adolescents en sortie, Duane et Estelle. Naïfs et innocents, ils sont l'exact contraire du couple pervers, même de point de vue physique: Roméo et Perdita sont habillés en noirs de la tête aux pieds et ont des cheveux noirs, Duane et Estelle sont habillés de manière plus "colorée" et ils sont tous deux blonds.



A la manière de "Tueurs Nés" ou de "Sailor et Lula", le film de la Iglesia repose sur un couple en pleine cavale, ou vont s'entremêler différents problèmes, qui vont soit s'aggraver par la suite, soit s'améliorer. Ici, Iglesia fait preuve d'un certain pessimisme comme en témoigne la fin, contrairement à celle des deux films cités précédemment. Mais étant dans un film de Iglesia, on est en droit de se demander si l'humour déjanté est toujours présent : et bien oui il l'est et on peut dire que le réalisateur continue toujours dans l'exploration de l'humour noir destroy qui le caractérise : convoi comprenant des crèmes de fœtus, ado tabassé sous l'air de "Spanish Flea", inspecteur de police détestable et increvable, répliques bien cinglantes… Iglesia parsème également son film d'images marquantes ou très fortes, comme cet avion passant au-dessus d'un cactus à la forme phallique, une poursuite spectaculaire dans un cimetière d'avion ou cette séquence impressionnante où Roméo, maculé de sang, se retrouve possédé exactement comme dans ses rituels en pleine boite de nuit. Quelques fusillades bien saignantes et du sexe sauvage se dispersent bien entendu dans le film, renforçant son côté sulfureux. Le film sera d'ailleurs classé d'abord NC-17 au USA (strictement interdit aux moins de 17 ans) puis R, sera classé de Catégorie III à Hong-Kong (catégorie donnée au films extrêmes assez répandus là-bas comme le fameux "The untold Story") et même interdit en Irlande et en Corée du Sud (pendant un moment seulement).



Mais ce qui surprend le plus dans "Perdita Durango", c'est la passion de Iglesia pour le cinéma qui resurgit de manière évidente à travers des clins d'œil originaux : une allusion très importante a "Vera Cruz" dans lequel va se croire Roméo le temps d'une scène, un extrait de "Urotsukidoji" dont le son couvre pendant un temps une scène cruciale, la passion de Roméo pour les catcheurs mexicains (Santo, Blue Demon…), symboles légendaires du cinéma mexicain ou la réplique culte du Joker dans "Batman", sortant de la bouche de Roméo. Les acteurs sont remarquables, se déchaînant de toutes les manières possibles : Javier Bardem, grand acteur du cinéma espagnol (on l'a vu dans certains films d'Almodovar) et Rosie Perez, habituée de second rôles plus calmes, des rôles à contre-emploi à ne pas manquer donc. Iglesia se surpasse avec ce road movie sidérant, à déconseiller aux yeux frileux mais à voir absolument. VIVA Iglesia !