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Certains films nous laissent un souvenir flatteur, qu'un simple revisionnage suffit à anéantir. Ce n'est pas de gaîté de cœur mais il faut parfois se rendre à l'évidence : non seulement "New York 1997" a souffert du temps, mais ce que d'aucuns considèrent comme l'un des classiques de John Carpenter s'avère tout simplement être un mauvais film. Suite à une augmentation sans précédent du taux de criminalité, Manhattan est transformée en un gigantesque ghetto-prison. Une police militarisée aux méthodes expéditives surveille son enceinte, tandis que l'intérieur du périmètre est livré aux détenus et à leurs propres lois. Se rendant à une convention internationale, l'avion du président des Etats-Unis est détourné et crashé sur les immeubles de la zone condamnée. Snake Plissken, ancien militaire que les autorités s'apprêtaient justement à emprisonner pour braquage, est alors chargé par le commandant Hauk de retrouver le président, ainsi que le précieux document qu'il transportait avec lui. Le tout en moins de 24 heures. S'il y parvient, il sera remis en liberté.



Une fois posées les bases de l'histoire (les 25 premières minutes), il ne reste plus au personnage central qu'à effectuer ce qui était prévu. Et c'est ce qu'il fait, d'une façon on ne peut plus linéaire. Mais parlons-en, des bases. Elles ne sont même pas crédibles. A l'origine de la prison Manhattan est invoquée une hausse de "400% du taux de criminalité"… Pas besoin d'être statisticien ou sociologue pour comprendre que la pilule est un peu grosse, ce rush à lui seul pouvant motiver un film fantastique. Ensuite, faire du cœur économique de New-York une prison ? Quelle pertinence de la part d'un gouvernement impérialiste… Le Bronx et le Queens, plus vraisemblables, étaient juste à côté. Le crash d'un avion en pleine ville n'engendre que quelques débris ? Là, c'est l'Histoire qui nous fait grincer des dents. La précieuse bande magnétique ? Un document de cette importance, en un seul exemplaire…



Quand bien même on adhère au discours anarchiste du réalisateur, ce dernier en reste donc à une représentation grossière et déjà mille fois rabâchée en 1981 : méchants impérialistes, vilains voyous et héros solitaire à qui on ne la fait pas. Au contraire de George A. Romero, avec qui il partage le même penchant contestataire (il donne son nom à l'un des personnages, tout comme il donne à un autre le nom de Cronenberg), John Carpenter ne cherche pas à pousser la réflexion, se contentant de tirer de ses positions un usage rock' n roll, pourrait-on dire. Et pourquoi pas ? Petit problème, c'est que cette attitude ludique empêche au film de remplir le minimum des conditions que le spectateur est en droit d'exiger lorsqu'il regarde un film d'anticipation : que les hypothèses exploitées soient au moins envisageables. Là, l'idée de départ prenant l'eau, on n'a plus qu'un petit jeu vidéo où aurait pu jouer Jean-Claude Van Damme, et soit "Escape From New York" préfigure les bourdes cosmiques du régime George W. Bush pour ce qui est de la logique, soit le scénario a été pondu à la va-vite sur un coin de table…



Côté divertissement, malheureusement, "New York 1997" déçoit aussi, à commencer par les décors et les accessoires. Inutile de dire qu'un environnement futuriste élaboré en 1981 a peu de chance de faire bonne figure face à ceux que l'on peut mettre au point aujourd'hui, à plus forte raison si le budget n'était pas celui d'un George Lucas.

Ici, autant les extérieurs de la base militaire sont réussis, autant le reste fleure bon le "K 2000" à venir, tableaux lumineux et gadgets en plastique à gogo. Hormis lors de l'atterrissage en planeur de Plissken sur l'une des tours du Worl Trade Center et une petite escarmouche, le choix de Manhattan s'explique par ailleurs d'autant moins que les gratte-ciel ne seront pas exploités durant le film. L'investissement des hauteurs par la racaille semblait une évidence, et aurait pu donner un niveau d'intérêt supplémentaire. Mais non, tout se passe à ras de terre dans un décor qui aurait pu être celui de n'importe quelle banlieue livrée à elle-même, et inutile de vous demander ce qu'est devenu Central Park : rien.

Les événements sont prévisibles et s'enchaînent les uns à la suite des autres avec une monotonie exemplaire, Kurt Russell passant en revue un casting royal mais systématiquement dévitalisé. Jamais Lee Van Cleef n'avait paru si peu vicieux et si peu menaçant, Harry Dean Stanton et Donald Pleasance aussi pâles. Le "Duke", quant à lui, est aussi effrayant qu'un Village People, et ses troupes de sauvages cultivant tous les symboles de l'histoire américaine ressemblent finalement à de grosses dindes bariolées… Si on y rajoute une voiture équipée de chandeliers et un combat de boxe à coup de batte cloutée, que dire ? Que Carpenter avait réuni tous les éléments d'une franche comédie tromesque (et hop, Brain sautant sur une mine, à mourir de rire), mais que n'étant guère du genre comique, il a continué à croire que son sujet était sérieux.



Le pire dans tout ça, c'est qu'on sait que Plissken a 23 heures pour faire son boulot, mais qu'on s'en moque comme de l'an 40. Pas le moindre suspens, on sait de toute façon que ce genre de héros n'est pas susceptible d'échec. Que reste-t-il? Une atmosphère ténébreuse, une mise en scène sobre comme à l'habitude chez Carpenter, une musique pas très inspirée mais qu'on reconnaît bien comme étant de lui… Et puis on oublie, vite.