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Une Londonienne reçoit une paire de jumelles de la part d'un expéditeur anonyme. Ravie de ce cadeau inattendu, elle les essaie aussitôt… et paie chèrement cette imprudence. Ce crime est en fait le troisième d'une série qui met à mal les enquêteurs de Scotland Yard, chacun d'entre eux se distinguant par une atroce originalité. Un régal pour Edmond Bancroft, journaliste cynique spécialisé dans la chronique des meurtres, propriétaire d'un musée des horreurs fermé au public et ne perdant jamais une occasion de railler les efforts infructueux de la police…



"Crimes au musée des horreurs\ ne brille ni par son suspense, ni par la traduction française de son titre. Pourquoi ne pas avoir conservé \Les horreurs du musée noir", titre plus clinquant, qui annonçait clairement la facture d'exploitation du film et respectait infiniment mieux son contenu ? Mystère… En tout cas, la distribution française a préféré traduire le titre alternatif, bien qu'un seul des meurtres se déroule effectivement dans le musée.

Autre inconvénient, ce titre incline à assimiler le sujet à un "whodunit" de type Agatha Christie (on l'imagine aisément, inscrit en lettres noires, sur la couverture jaune des éditions du Masque), ce qu'il n'est pas en réalité. Certes, Arthur Crabtree a commis une lourde erreur en conservant dans la première partie une structure faisant mine de conserver une part d'énigme quant à l'identité du tueur. Mais d'un autre côté, le spectateur (même celui de l'époque) la devine si vite qu'il était tout à fait inutile d'insister sur ce côté des choses.



Ce que le film visait sans doute (et qui est partiellement raté à force d'hésitation), c'était faire en sorte que le spectateur soit dans la confidence du meurtrier, jouissant avec lui de sa longueur d'avance sur les forces de l'ordre tout en savourant à la fin sa défaite éminemment morale. Dans l'intervalle, il pouvait alors pénétrer dans la conscience de Bancroft, apprécier l'étendue de son ambition, de sa duplicité et de sa folie, bref, comprendre avec fascination un personnage hors du commun qui, tel un dandy de l'ère médiatique, lançait un orgueilleux défi aux inspecteurs de Scotland Yard.

A cet égard, Michael Gough est à la fête, avec des dialogues théâtraux et acides qui font quasiment du film un one-man-show, le réalisateur semblant avoir donné carte blanche à son acteur pour cabotiner tout son soûl. Inscrit dans un contexte moderne, il n'atteint pas la prestance et le charisme d'un Vincent Price, dont le talent explosera l'année suivante dans "La chute de la maison Usher", mais on peut y voir l'ancêtre assez imprévu d'un comédien comme Fabrice Luchini.



S'il manque donc son objectif principal, "Horror of the Black Museum" recèle pourtant de bonnes surprises, qui ne manqueront pas de séduire les amateurs. C'est avec un grand plaisir qu'on peut voir un film –classique- de 1959 donner aussi franchement dans l'exploitation crapoteuse de tout ce qui était susceptible d'attirer le public dans les salles : personnages féminins aux formes avantageuses, que mettent en valeur une ou deux scènes sulfureuses pour l'époque, variété des supports utilisés pour les meurtres, sang rouge gouache, touche de science-fiction avec un musée-laboratoire dont les lumières multicolores clignotent…

L'utilisation du thème Dr Jekyll et Mr Hyde vient là-dessus comme un cheveux sur la soupe et n'est qu'un prétexte à fournir un maquillage plus comique qu'effrayant, ainsi qu'un meurtre assez absurde, le tueur attendant d'apparaître en pleine lumière et aux yeux de tous pour frapper… A vrai dire, cette panoplie de crimes supposés déroutants a sans doute largement contribué à la désorganisation du sujet. On frise parfois le comique, parfois le malsain, et on se demande avec un petit sourire ce que cela aurait donné entre les mains d'un Herschell Gordon Lewis !



Autre délectation de "Horrors of the Black Museum" : le travail formel qu'a fourni Crabtree pour ce qui devait être sa dernière oeuvre. Réalisé en Cinémascope et Eastmancolor, le film aligne des couleurs et des cadrages qu'on croirait par moments issus d'une pure peinture (impossible de ne pas penser, par exemple, à Edward Hooper dans la scène copiée sur "Et Dieu créa la femme" de Roger Vadim, où Joan se rend dans un bistrot pour aller danser). Et force est de constater que si le scénario est mal foutu et bourré d'invraisemblances, Crabtree sait tenir une caméra et composer des plans (plus de 35 films en tant que caméraman), et qu'il s'est fait plaisir avant de tirer sa révérence. Là aussi, les producteurs ont vu matière à faire du gringue au public, annonçant sur les affiches que le film était réalisé en "Hypnovista", censé produire sur vous le même effet que les piqûres de Bancroft sur son assistant…

Raté dans son intention, séduisant par ses bizarreries, "Horrors of the Black Museum" est finalement un joli "nanar d'époque", et mérite le détour pour le sourire qu'il procure.








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