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"Viral Assassins" prouve encore une fois, si tant est qu'il était besoin de le faire, le grand éclectisme du catalogue de la Troma. En effet il s'agit d'une fiction politique où l'humour n'est exprimé qu'au travers du cynisme qui drape le film.



Dans un futur pas si lointain, une épidémie frappe la population mondiale et ne cesse de se propager. "La maladie en question ferai passer le cancer pour un simple rhume." Agissant en conséquence, le gouvernement vote une loi disposant que toute personne atteinte de la infection est hors la loi… et doit donc être exterminée.

Pour exécuter cette tâche fastidieuse, l'Etat emploie une poignée de mercenaires assoiffés de sang, et motivés par des primes sur salaires en cas d'excès de zèle. Mais lorsque les membres du gouvernement commencent à être infectés, l'heure du changement est arrivée.

Trois fonctionnaires exterminateurs se retrouvent dans une chambre pour discuter de leur métier, chacun motivé par une raison différente. Le trio en question est composé d'une jeune recrue, de son mentor, et d'un mercenaire devenu légendaire pour son efficacité dans le traitement des affaires qui lui sont confiées. Tour à tour ils vont se vanter des massacres accomplis au nom du bien être de la patrie, sans jamais remettre en question le bien fondé de ces actes barbares… jusqu'à ce que le plus expérimenté d'entre eux avoue avoir dû traiter le cas d'une laborantine détentrice d'un possible remède. Mais les ordres sont les ordres.



"Viral Assassins", ou comment faire de la politique-fiction avec un budget quasi inexistant. C'est une belle leçon de cinéma que nous prodigue la Troma au travers de cette nouvelle sortie (il ne s'agit en effet nullement d'une production Troma, la firme New Yorkaise ne joue ici que le rôle de distributeur). Avec un décor qui se limite pour la majorité du film, à une chambre d'hôtel, Robert Larkin nous dépeint ainsi une société fasciste où seul compte l'intérêt de l'Etat. La terreur est instaurée par ce régime grâce à des fonctionnaires assassins, totalement aliénés par leur travail. Toute forme de réflexion personnelle est supprimée, et les mercenaires éliminent de sang froid parents, enfants… sans jamais se poser de question sur la légitimité d'un Etat disposant du pouvoir de juger du droit à la vie. Le titre de travail de la bobine était d'ailleurs "Just Work" (Travaille !), ce qui reflète parfaitement les intentions du cinéaste.

C'est donc sur des bases Kafkaïennes que repose le métrage. Et ces fondements là ne sont érigés qu'à partir de dialogues et de courts plans visant – avec succès – à évoquer chez le spectateur, une certaine paranoïa. Ceux-ci sont généralement des prises de vue du système de désinfections de l'hôtel et de son agent d'entretien. Et grâce à ce simple procédé, le réalisateur fait monter la tension petit à petit, s'appuyant sur le jeu de ses acteurs, qui, il faut le reconnaître, est criant de vérité.



Bien sûr cette qualité peut rapidement basculer et l'intérêt du spectateur dériver. Pourtant le film est efficace, réalisé par quelqu'un qui croit en un cinéma dépourvu de budget et qui sait se servir de son outil. En effet en plus d'une utilisation efficace de plans alternés entre la chambre, la salle des machines et les missions racontés par les trois hommes, Larkin réussit un tour de force : filmer en plan séquence la poursuite entre un agent et un enfant. Tout à fait impressionnant. Pourtant ce n'est rien face au challenge qui est d'intéresser le spectateur avec une majorité de dialogue tant il est vrai que les films bavards sont lents et trop souvent poussifs. Or "Viral Assassins", en plus de réussir à créer un rythme à partir des dialogues évite les réparties ridicules si souvent représentatives des petits budgets.

Cela étant, comme tout Troma qui se respecte, "Viral Assassins" agacera les fans de gros budgets tape-à-l'œil. Car ici, il n'est nullement question de faire de l'esbroufe en exhibant quantité de billets verts à l'écran. Larkin a fait dans l'utilitaire, tous les plans sont amplement justifiés et fort efficaces. Quant aux contaminés, ils souffrent effectivement du budget plus que réduit. Pourtant le choix de représenter la maladie par de simples plaques ensanglantés ici et là sur le visage, a évité au film de sombrer dans la surenchère d'effets spéciaux de mauvaise qualité. Le réalisateur sait où se situent les limites de son film, et cela ne l'en rend que meilleur.



Un petit budget efficace et politisé, donnant lieu à des scènes surréalistes, critique au vitriol d'une bureaucratie dégénérée. Un fort sentiment d'impuissance se dégage des personnages au fil du film, alors même qu'ils représentent la toute puissance, le bras armé du gouvernement. Eux même sont écrasé par ce qu'ils croient incarner : la Justice et l'Etat.

Encore une fois, Troma réussi à étonner en dénichant des films loin des sentiers battus du cinéma-pop-corn, mais jamais dénués d'intérêt. Bravo. Le film est d'autant plus étonnant qu'il semble avoir été réalisé dans les années 80 alors qu'il date de… 2000.








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