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Helen Lyle et son amie Bernadette préparent une thèse universitaire sur les légendes urbaines. Mâtures, c'est avec tout le scepticisme requis qu'elles enregistrent sur dictaphone les diverses rumeurs contées par des étudiants. L'unes d'elles, celle du Candyman, tueur au crochet apparaissant lorsque ses victimes ont prononcé cinq fois son nom devant un miroir, devient particulièrement intéressante lorsque Helen en trouve un écho dans la bouche de deux femmes de ménage noires employées à l'université. Selon elles, le Candyman sévirait en effet en ce moment même dans la banlieue de Chicago, où une jeune femme aurait récemment été étripée. D'autant plus motivées que Trevor, le mari de Helen, essaie de leur couper l'herbe sous le pied en donnant lui-même à ses étudiants un cours sur les légendes urbaines, Hélène et Bernadette se décident donc à enquêter sur le terrain de cette banlieue mal famée, convaincues que le seul véritable danger réside dans les bandes de voyous qui y règnent. Ce qui n'est pas faux, mais ne représente qu'une partie de la vérité. Helen va d'ailleurs l'apprendre à ses dépends, car sa fascination et son incrédulité intéressent fort le Candyman…



"Candyman" est un excellent film d'horreur, mais aussi une formidable et très étrange histoire d'amour entre une femme et un monstre, ainsi qu'une magnifique adaptation de la nouvelle de Clive Barker ("Lieux Interdits", paru en France dans le cinquième volume des "Livres de Sang"). L'écrivain accorda sa confiance à Bernard Rose parce qu'il avait aimé son film "Paperhouse" (1988), et se rendit d'ailleurs rapidement compte que le réalisateur aimait réellement sa nouvelle, au point de vouloir la développer et l'enrichir dans un sens tout personnel, mais non moins impressionnant.

Les deux hommes, anglais de naissance, décidèrent de placer l'histoire du film à Chicago et non à Liverpool, pour des raisons financières (la production est américaine) et pragmatiques (qui se soucie d'une histoire se passant à Liverpool ?...). Ce n'est pas la seule différence entre la nouvelle et le film, mais ce que voulait (et a réussi) Bernard Rose, c'était notamment conserver la base sociale de l'histoire. Ainsi toutes les scènes se déroulant dans le secteur de Cabrini Green, l'un des quartiers au monde recensant à l'époque l'un des plus fort pourcentage de meurtres au mètre carré, ont été tournées sur les lieux réels, sous protection de la police de Chicago.



Cet ancrage réaliste ne vise pas pour autant le misérabilisme ou la phobie des banlieues. Celle-ci n'est en effet qu'un cap à franchir pour Helen Lyle et Bernadette (dont les origines facilitent la transition), au-delà duquel elles vont découvrir qu'une légende urbaine comme celle du Candyman peut être engendrée par la perte de tout repère, de toute croyance et de tout espoir social et humain. Un succédané pervers de Dieu, en quelque sorte, dont le Candyman (Tony Todd) emprunte le charisme, les manières et les paroles cérémonieuses, mais à de toutes autres fins.

Le personnage de Marie-Anne et de son enfant mettent bien en lumière cet aspect des choses. La banlieue n'est pas tant un danger pour l'extérieur que pour ceux qui y résident, d'une part parce que la violence réelle qui s'y exerce n'hésite pas à usurper la légende de Candyman pour asseoir sa puissance, mais d'autre part et surtout parce que les habitants, désespérés et livrés à un isolement quasi-total, sont plus susceptibles que d'autres de recourir à l'appel du monstre. Toutes les cages d'escaliers, tous les couloirs, tous les décors de ruines sordides ornées de graffitis rutilants semblent alors faire signe et conduire vers le Candyman, sécrétion d'un désir de mort et d'amour qui pourrait mettre fin à tout.



A bien des égards, Cabrini Green est donc pour Helen Lyle (un des plus sublimes portrait de femme du cinéma d'horreur, et une interprétation magnifique de Virginia Madsen, aussi fascinante que la Kim Novak de "Vertigo") la matérialisation d'une part obscure de sa propre psychologie, son union avec le Candyman en représentant le cœur : une consécration à tous les niveaux, dont elle va prendre conscience au fur et à mesure avec un mélange d'envie et de répulsion croissant.

Consécration intellectuelle, car son enquête sur le terrain aura une valeur plus grande qu'un simple cours universitaire. Consécration féminine, puisque Helen et son amie sont en butte à l'ironie et à la dépréciation tacite de leur entourage masculin. Consécration affective, parce que le mari d'Hélène la délaisse pour son travail et se laisse courtiser par des jeunettes (la séquence où Hélène découvre son appartement repeint en rose est véritablement à hurler, pour quiconque possède un coeur). Mais aussi consécration de mort, car tout cela est un poids qui pourrait être "allégé", comme le lui dit Candyman.

Son enquête sur la légende urbaine ("Des douceurs pour les doux", citation tirée de Shakespeare) est finalement une enquête sur son propre désir, et rythme tout le film sur un suspens d'abord glacé et sournois, qui verse brusquement dans une violence et un fantastique beaucoup plus déclarés lorsque apparaît pour de bon le tueur au crochet. Rien de tel, parfois, qu'une bonne mise en place des éléments (qui endormira peut-être les impatients) pour donner au cauchemar toute sa dimension humaine, à la fois délirante et parfaitement crédible.



Le personnage de Candyman est on le voit chargé d'une richesse de sens sur plusieurs niveaux assez phénoménale, qui donne aux aspects fantastiques et gores (peu nombreux mais saisissants) un impact d'autant plus puissant.

Par-dessus le marché, Bernard Rose a encore enrichit le personnage avec le coup du miroir et en faisant de lui un noir victime autrefois de la ségrégation des mœurs (dans la nouvelle de Clive Barker, il s'agit d'un blanc vêtu d'un costume d'arlequin, et aucun miroir). Il appuie ainsi non seulement sur le discours social du film, mais permet aussi de faire de la relation de Helen Lyle avec le tueur au crochet la répétition à travers le temps d'une histoire d'amour romantique (ah, ce baiser aux abeilles, scène pour laquelle il a fallu hypnotiser l'hyménoptèrophobe Virginia Madsen!), aussi simple que déchirante, qui empêche totalement de réduire le monstre à un vilain classique et en fait à tout jamais une icône à part dans le genre.

Clive Barker a dit vrai : "Candyman" est avant tout le film de Bernard Rose, une adaptation d'une rare qualité et dans le plus beau sens du terme. Le film ne fait pas d'ombre à la nouvelle, ni non plus la nouvelle au film, chacun des deux brillant comme un ténébreux joyau. Et quand on connaît l'amour de Barker pour l'œuvre de Jean Cocteau ("La Belle et la Bête"), on comprend d'autant mieux l'affection particulière qu'il éprouve pour cette création.

Retrouvez la critique de la B.O du film:

http://www.horreur.com/critique-musique-24-music-of-candyman-the.html