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Dans une petite ville rurale de Corée, deux corps de jeunes femmes sont retrouvés. La police locale commence à enquêter d'une manière assez laborieuse puisque non habituée à ce genre d'atrocités. Le détective Park Doo-Man suit son instinct au lieu de faire confiance aux preuves irréfutables, accompagné par son collègue Cho qui prime avant tout les interventions musclées face aux potentiels suspects. C'est ainsi qu'arrive de Séoul un jeune inspecteur, Seo Tae-Yoon, qui lui est plus habitué à travailler de manière concrète et va tenter avec les deux autres acolytes de trouver ce tueur en série.



Inspiré de faits réels, "Memories of murder" relate l'enquête policière faite en Corée du sud sur certainement le seul et vrai sérial killer de toute son histoire. Histoire tragique qui s'est déroulée entre 1986 à 1991, totalisant 10 meurtres de femmes âgées de 13 à 71 ans, le tueur étant encore aujourd'hui inconnu.

Si l'on connaît moult films traitant de sérial killer directement (Lucas dans "Henry, Portrait of a serial killer", Bundy dans "Ted Bundy", Gein dans "Ed Gein") ou plus indirectement mais en y faisant grandement référence (Ed Gein inspirant le cas Norman Bates dans "Psychose" et Leatherface dans "Texas chainsaw massacre), "Memories of murder" ne prend à aucun moment le point de vu du tueur mais s'intéresse à celui des victimes et plus particulièrement des policiers.

Le film se déroulant dans les années 80 donc, lors de la grande dictature militaire, on est choqué de voir les méthodes de répression de ces policiers, de simples suspects à qui l'on va infliger une flopée de coups violents et brutaux, s'accompagnant de diverses tortures (du genre suspension par les pieds).

Choqué également de voir le manque de professionnalisme sur cette enquête, laissant entrevoir des choses aberrantes qui, si elles n'étaient pas tirées de faits réels, nous paraîtraient ridicules (le tracteur qui ne s'arrête pas alors qu'il y a des marques de chaussures au sol et que le site est protégé par les policiers, l'attente interminables des équipes du labo).

Bref une impression amère se ressent, nous envahit.



Joon-Ho Bong malgré le fait que son histoire est réelle arrive à mixer humour noir, émotion et grand polar.

Humour qui se manifeste essentiellement à travers les policiers et le détective "campagnard" Park, lorsque que par exemple par intuition il croit que le tueur est rasé de partout, alors il décide d'aller au sauna pour vérifier et pourquoi pas faire une fouille complète dans un monastère bouddhiste.

De l'émotion il y en a, d'une grande puissance, à en faire frissonner par moment. Dûe quelque part à la maîtrise de la mise en scène de Bong, qui part sa manière de transgresser les images et les personnages fait ressentir une émotion palpable du plus bel effet. On retiendra certainement les 15 dernières minutes, d'une grande fulgurance, énormément enjouées par une magnifique musique de Iwashiro, et de multiples gros plans qui laissent ressentir cette tristesse et ce dégoût de ces flics qui ne trouveront au final rien de ce qu'ils cherchent, s'embourbant sans cesse dans de mauvaises pistes.



Ce qui transcende d'ailleurs essentiellement cette oeuvre, c'est cette aspect vivant, ce fait que le spectateur prend autant part à ses personnages et ce qu'ils subissent tous.

Il est important de constater que l'on ne verra pratiquement jamais le tueur en action, seulement deux fois à vrai dire, et d'une manière assez furtive. Parfaitement maîtrisé au niveau de la réalisation, afin de nous donner un rendu émotionnellement poignant. On est de plus pris de dégoût par les méthodes horribles du tueur, qui bâillonne ses victimes avec leur culotte, les viole, puis à quelques-unes, leurs enfoncent des objets dans le vagin. Morceaux d'oranges pour une, et cuillère pour une pauvre jeune fille.

Que dire sur autant d'atrocités ?



"Memories of murder" s'avère donc une oeuvre poignante, touchante et révoltante sur une histoire vraie qui à l'heure actuelle n'est toujours pas élucidée.



6/6 - Anonymous