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Le vilain collectionneur de minettes J.P. Monroe, jeune propriétaire d'une boîte de nuit branchée, se rend dans un magasin d'art contemporain des bas quartiers de New York. Il y achète à un mystérieux inconnu la Colonne des Âmes, devenue une véritable sculpture d'acier où fusionnent les corps torturés, la Configuration des Lamentations, le visage de Pinhead… Plus tard, dans un hôpital, la gentille journaliste débutante Joey Summerskill remâche son dépit : la nuit est calme aux urgences, aucune image-choc à glaner. Son caméraman, "Doc", finit d'ailleurs par être appelé sur un terrain plus juteux… Et manque de bol, c'est à ce moment précis qu'un patient est brancardé en catastrophe dans le service, son corps traînant après lui quantité de chaînes noires et ensanglantées…



Un film qui commence sur une paire de santiags rouges à bouts ferrés ne peut pas tout à fait être un chef-d'œuvre. En fait, il y a même une forte probabilité pour qu'il s'agisse d'un navet. Principalement armés d'un gros carnet de chèques en blancs et d'une féroce envie de nous édifier, Peter Atkins et Anthony Hickox ont employé tout leur talent pour nous le prouver.

"Hellraiser 3 : Hell on Earth" est le premier film de la franchise à s'organiser entièrement autour de la figure de Pinhead, comme toujours interprété par Doug Bradley. Mais par bonheur, c'est aussi le premier de la série que Monsieur Prudhomme pourra regarder en toute tranquillité. A condition bien entendu qu'il veuille bien fermer les yeux de la 24 à la 25ème minute, période du film qui contient de contestables images de fornication (sans parler de toutes les scènes où les personnages fument une cigarette ; mais que les Bécassines et Bécasseaux se rassurent: les copulateurs et les fumeurs seront convenablement châtiés).



Ce doit être le merveilleux effet des douanes américaines : même un Maître Cénobite coulé dans le bronze ne peut pas franchir l'Atlantique sans s'équiper d'une ceinture de chasteté, échangeant la faiblesse de ses précédents budgets contre une impeccable aseptisation d'image et d'effets qui ravira tous les fans de "Smallville", et sa célèbre déviance contre une moralité à toute épreuve, dûment approuvé par Papy Brossard : d'un côté le bien (Capitaine Elliot Spencer et Joey Summerskill, élus couple de l'année 1992 par le Club Dorothée), de l'autre le mal (Pinhead, J.P. Monroe et autres faibles pécheurs mal éduqués).

Les danseuses de boîte de nuit portent donc le réglementaire soutien-gorge (seuls les spectateurs les plus vertueux pourront supporter la version uncut, qui contient quelques seins, oserais-je le dire… nus), et les nombreuses images gores et effets spéciaux (dont un immonde morphing) sont emballés avec une rapidité et une absence de débordement à rendre jaloux Monsieur Propre (même l'écorchement intégral d'une greluche se fait en un clin d'œil), ce qui n'empêche pas Atkins et Hickox d'accoucher de nouveaux Cénobites trop de la balle. Ces derniers nous apportent en effet pleins de nouvelles façons de tuer grave méga tip top fun : ainsi Camerahead avec son zoom télescopique, ou encore CD-Cénobite qui tue ses victimes à coups de compact-discs… Et puis il y a des explosions, et à la fin, une chanson de Motorhead.



Evidemment, pour peu que vous soyez aussi à cheval que moi sur les principes, tout cela est à première vue insuffisant. Il en fallait plus pour effacer à tout jamais le caractère perturbant des deux premiers épisodes, et rendre l'univers de "Hellraiser" accessible à un plus large public. Soyons justes, Tony Randel avait déjà franchi un pas honorable dans cette direction, avec "Hellbound" et ses fameux décors de carton-pâte. Mais Anthony Hickox est allé plus loin encore : il a trouvé de comédiens en marshmallow et en téflon. Tout ce petit peuple occupe d'ailleurs maintenant le royaume des bonbons et de la morale anti-adhésive, c'est-à-dire la télévision.

J.P. Monroe, dont on ne croit pas une seconde qu'il puisse en quoi que ce soit s'intéresser à l'art contemporain (d'ailleurs ce sont des croûtes, y compris cette Colonne des Âmes qui pompe sans talent la "Portes des Enfers" de Rodin), est un agréable mélange de Big Jim et de tête à claques tout droit issue de "Melrose Place". Terri, le toutou rebelle et larmoyant déphasé dans sa life, va d'ailleurs composer avec lui un merveilleux couple de Cénobites à la noix, auprès duquel E.T. passera rapidement pour un danger public. Mais la plus grande réussite est sans doute cette merveilleuse Joey Summerskill, vierge inoxydable au passé traumatique et à la moustache naissante, dont l'écorchure à la cheville et au sein droit (habillé, rassurez-vous) nous font frémir, hum hum… jusqu'aux tréfonds.



Même Pinhead, autour de qui tout a été construit (pour mieux être détruit, bien sûr), n'est plus qu'un bouffon en robe de chambre qui attendra toute une moitié du film pour enfin sortir de sa gangue pseudo artistique et nous gratifier de ses facéties digne d'un Freddy Krueger. Son enfermement lui a avantageusement appris à bramer comme un âne et à sourire comme un idiot, au point qu'il devient même un peu difficile de croire qu'un tel fanfaron puisse constituer une quelconque menace pour l'humanité. Son double évangélique et militaire (ce n'est plus un colon, fort heureusement, mais un héros de la première guerre mondiale) a l'air quant à lui d'un malheureux lapin émasculé : on comprend tout de suite son succès.

Peter Atkins et Anthony Hickox ont enfin trouvé un excellent remède à l'enfer : l'ennui. Qu'est-ce qui, en effet, pouvait mieux parachever cette exemplaire anesthésie cinématographique, sinon une libération du mal et une enquête salvatrice dont on sait tout d'avance, et dont la longueur s'étire comme un interminable bâillement, où l'on s'attend à tout moment à entendre les éclats de rire d'un sitcom?

Pas le moindre relief, une étendue plane et lisse comme un miroir au travers duquel on peut passer sans le moindre danger : "Hellraiser 3 : Hell on Earth" visait à faire entrer la franchise dans le paradis des années 90. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle y a sauté à pieds joints. Trop cool.