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César est un jeune homme très beau, ayant hérité de la fortune de ses parents décédés. Sa vie est belle, ses conquêtes amoureuses multiples. Le soir où il donne une fête d'anniversaire chez lui, son ami Pelayo emmène Sofia, une femme magnifique dont les charmes envoûteront César au premier regard. Cette attirance réciproque provoque la jalousie maladive de Nuria, l'ex de César. Le jeune homme va passer la nuit chez Sofia et le matin, Nuria l'attend, proposant de le raccompagner en voiture. Mais ses pulsions destructrices prennent le dessus et elle provoque un accident afin de se suicider, qui laissera César vivant, mais hideusement défiguré. Suite à une sortie avec Pelayo et Sofia, César s'effondre dans la rue. Son réveil ne sera que le début d'un cauchemar véritablement sans fin. Pour son deuxième film, Amenabar s'est de nouveau associé avec son scénariste et ami, Mateo Gil, pour nous offrir une histoire alambiquée et déroutante, nous baladant sans cesse entre ce qui semble être un rêve et la réalité. Mais la suite de cette oeuvre surréaliste réserve surtout une surprise de taille que je m'empresse de garder pour moi afin de ne rien gâcher.



Le film débute dans une pièce neutre où se trouvent César et son psychiatre. César porte un masque étrange sur le visage – un ersatz de visage humain provoquant un malaise immédiat du fait de son côté totalement inexpressif. Pourquoi cacher son visage de cette façon ? César raconte alors son histoire en flashback et si vous vous sentez perdu à un moment donné, c'est normal. Mais soyez rassuré, César l'est davantage que vous.

Pour le rôle du bôgosse défiguré, Amenabar a fait revenir Eduardo Noriaga, déjà présent dans son premier film, "Tesis". Durant la majeure partie du film, son visage est soit caché sous ce masque repoussant soit recouvert d'un maquillage incroyable, obligeant l'acteur à aller puiser au fond de lui-même et de ce fait, devenir cet homme atrocement défiguré de par ses gestes ou l'intonation de sa voix. Malgré ce rôle que l'on pourrait aisément qualifier de contre-emploi, Noriega délivre une prestation hors pair qu'il est tout simplement impossible d'ignorer. En témoigne l'une des scènes les plus fortes et touchantes du film, celle qui se déroule dans une boîte de nuit sur fond musical planant de "Rising Son" de Massive Attack.

C'est à partir de cette scène clé qu'il devient difficile de vous en raconter davantage car tout se complique et l'explication ne se trouve qu'à la fin.



César est un homme pour qui l'apparence est de toute importance, bien qu'il prétende le contraire à son ami, Pelayo (déjà présent dans "Tesis" aussi). Mais il n'a pas encore été défiguré. Et le contraste est saisissant entre ce jeune homme très beau mais curieusement (?) transparent, et celui qui n'existe qu'à travers son physique monstrueux. On pense au monstre de "Frankenstein", ainsi qu'au mythe de Narcisse, détruit par l'obsession de sa propre image.

Autour de César gravitent deux jeunes femmes aux visages interchangeables (vous comprendrez tout) et aux personnalités simples mais fortes, l'une aussi destructrice que l'autre. Elles n'ont cependant rien de stéréotypé, car bien que Nuria représente le mal et Sofia, le bien, les différentes facettes les composant se retrouvent tant chez l'une que chez l'autre. Nuria est touchante dans son obsession pour César, faisant écho à nos propres sentiments d'amour adolescentes et provoquant ainsi une certaine sympathie à son égard. Sofia donne l'impression d'être une jeune femme simple et tolérante, mais rejettera facilement l'homme défiguré, un préjugé faisant ressortir sa nature toute humaine. Qui n'a jamais eu peur de ce qui est différent, laid, contraire à soi-même ? Mais sans doute Sofia a-t-elle déjà "compris" César puisqu'elle le traite de monstre bien avant son accident.



Penelope Cruz joue le rôle de Sofia et révèle ici une gamme d'émotion plus large que l'on aurait pu le deviner juste en voyant sa jolie frimousse. Cette composition n'est pas sans rappeler celle de Nicole Kidman dans "Les Autres" (ou le contraire, plutôt…) et témoigne bien sûr en premier lieu du talent d'Amenabar de faire ressortir ce qu'il veut de ses acteurs. Il faut tout de même préciser qu'il répète durant de longues semaines avec eux avant le tournage et que pour ce deuxième film, il a fait appel à la même équipe que pour "Tesis", un gage de qualité certaine. Sa mise en scène est composée d'images belles et simples, renforcées par un montage défiant toute concurrence.

Pour la petite histoire, Amenabar fait une apparition dans les WC de la boîte de nuit où il est le dernier à sortir quand César entre.
Le thème du rêve revient tout au long du film (dont Amenabar avait imaginé le scénario suite à d'horribles cauchemars lors d'une grippe). Déjà dans le titre dont les mots sont parfois répétés plusieurs fois, ensuite dans l'appartement de Sofia qui contient une photo de Sandman, célèbre comix anglais traitant du monde onirique et enfin dans la chanson par Massive Attack qui contient le mot "Dream" (rêve) plusieurs fois.



Si vous aimez les histoires où il faut suivre et les films que l'on peut revoir plusieurs fois avec plaisir même en connaissant le twist final, "Ouvre les yeux" est fait sur mesure pour vous.

Je n'ai pas vu le remake "Vanilla Sky" par Cameron Crowe (2001) et je dois confesser ne pas en avoir envie car n'y voyant aucun besoin. Quand un film est aussi incroyable et abouti que celui-ci, ouvrez vos yeux et laissez-vous transporter sans aucune réticence dans son univers, tout simplement.








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