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Des scientifiques travaillant sur de nouvelles armes bactériologiques se font dérober un puissant gaz toxique. Traqué par des militaires, le voleur est finalement retrouvé mort dans un hôtel, la peau verdâtre et rongée par le mystérieux gaz volé quelques heures auparavant. Afin d'éliminer toute trace de ce projet scientifique top secret, l'Armée décide de brûler le cadavre du voleur sans savoir que les fumées dégagées dans l'air par le four crématoire allaient à leur tour contaminer les environs. Très vite, les gens peuplant les contrées avoisinantes se transforment en morts-vivants et parcourent les rues désertes des villages à la recherche de chair humaine fraîche…



Ah, "zombi 3" (alias "zombie flesh eaters 2")! Tant d'encre a coulé au sujet de ce film que beaucoup apparentent au déclin artistique du grand Lucio Fulci, le réalisateur transalpin qui a su apporter aux films de morts-vivants cette ambiance si macabre, ce gore si répugnant et cet aspect du zombie si réaliste et saisissant (il suffit de voir le travail réalisé sur le chef-d'œuvre "l'enfer des zombies" pour se rendre compte du talent de celui que l'on appelait "le pape du gore italien").

Mais n'oublions pas que derrière ce film oscillant entre le B et le Z (+ Z quand-même…) se cache une double paternité. En effet, il est bon de revenir sur la genèse de ce long-métrage si controversé avant de commencer à en détailler le contenu :

Après sa célèbre quadrilogie zombiesque ("l'enfer des zombies", "frayeurs", "l'au-delà" et "la maison près du cimetière"), Lucio Fulci décide en 1988 de réaliser aux Philippines un nouveau film de morts-vivants intitulé "zombi 3". Mais, outre quelques soucis rencontrés par le réalisateur italien vis-à-vis du scénario (il refuse de tourner certaines scènes jugées trop compliquées à mettre sur pellicule, réduisant alors fortement la durée du film), ce sont surtout des soucis de santé qui empêchent Lucio Fulci de finaliser le long-métrage.
Face à ce film inachevé, le producteur Franco Gaudenzi décide alors de faire appel à Claudio Fragasso pour réécrire rapidement le scénario en s'aidant du travail réalisé auparavant par Lucio Fulci. Un certain Bruno Mattei, qui était alors monteur sur le film, passe alors derrière la caméra avec son camarade Claudio Fragasso (les deux hommes se connaissent bien et ont déjà travaillé ensemble sur plusieurs films dont nous retiendrons entre autres "l'autre enfer" en 1980, "virus cannibale" en 1981, "women's prison massacre" en 1983, "les rats de Manhattan" en 1984 ou encore "scalp" en 1985…).
Le résultat final n'a alors plus grand-chose à voir avec le travail de Lucio Fulci : retouchées ou tout simplement supprimées, une bonne partie des scènes originales n'apparaissent plus au grand damne de Lucio Fulci (qui d'ailleurs clamera haut et fort que "zombi 3" n'est PAS son film) mais également des fans du maître italien qui ont bien du mal à reconnaitre la patte de leur idole.

D'ailleurs, preuve que le film a bien été retapé par le duo Fragasso / Mattei, de nombreux clins d'œil à des films de morts-vivants (que je qualifierai plus ici de repompages que d'hommages, connaissant bien notre cher Bruno Mattei…) sont présents tout au long de ce long-métrage : "le jour des morts-vivants" (la confrontation scientifiques/militaires), "zombie" (le final en hélico), "le retour des morts-vivants" (les zombies qui parlent et la contamination suite à une crémation d'un cadavre lui-même contaminé), "la nuit des morts-vivants" ou encore "le massacre des morts-vivants" (un des héros qui se fait tuer car pris pour un zombie). On peut également citer "the crazies" pour les hommes en combinaison pendant qu'on y est…

Maintenant que les bases ont été données, voyons donc de plus près ce fameux "zombi 3" retouché par le terrible duo Fragasso / Mattei!



D'un point de vue scénaristique, comme nous pouvions nous y attendre de la part de Claudio Fragasso, c'est très simpliste, souvent maladroit, parfois niais même, mais bizarrement le tout se suit relativement bien grâce à un rythme plutôt soutenu tout au long du film, ce dernier faisant la part belle à l'action (ce qui rend bien évidemment le film moins flippant qu'un "zombi 2" avec lequel nous avons bien du mal à trouver des points communs il va sans dire…).
Car de l'action, le scénario retapé par Claudio Fragasso en apporte suffisamment pour vous divertir un minimum et réussir à vous faire oublier de regarder votre montre : courses-poursuite, séquences de tirs, attaques de zombies et d'oiseaux zombifiés (si si…), sans oublier que nos héros se retrouvent pris en sandwich avec d'un côté les hordes de zombies affamés et de l'autre les militaires qui tirent sur tout ce qui bouge!

Mais le problème avec ce film relooké par notre duo infernal, c'est qu'il tourne rapidement à la rigolade, voire même à la pitrerie (le film se tournant alors plus vers un zédard "virus cannibale" que vers un poignant "l'enfer des zombies" ou encore un terrifiant "l'au-delà"). Certaines séquences sont tout bonnement ridicules au point d'en être hilarantes et tournent le film à la dérision la plus totale (l'amateur de Z comme moi sera alors servi!) : vous aurez en effet droit à des zombies pratiquant manifestement pour certains le karaté (voire même l'art du ninja à en croire les sauts magistraux qu'ils nous font pour mettre à terre les militaires ou encore la manière que certains ont à se pendre par les pieds pour mieux attraper leurs proies par la tête! Enorme!), et d'autres qui vont jusqu'à tendre des embuscades (ils se cachent dans des bottes de foin, patientent et vous sautent dessus le moment venu! Que du lourd!).

Ajoutez à cela des incohérences scénaristiques en veux-tu en voilà qui sont bien souvent la conséquence de cette double paternité non homogène. D'un côté vous avez le sérieux, le glauque et le réalisme d'un Lucio Fulci (des zombies écervelés, marchant lentement dans la brume et gesticulant à la manière de pantins désarticulés), tandis que de l'autre vous avez le grand n'importe quoi du duo Fragasso / Mattei (des zombies vifs, rendant les coups, faisant des sauts de 5 mètres, dotés d'intelligence manifestement étant donné qu'ils savent parler et tendre des pièges… Et n'oublions pas cette fameuse tête de mort-vivant volante qui égorge l'un de nos héros! Magistral!).

De même, les faux raccords entre les rushes de départ de Lucio Fulci et les scènes tournées plus tard par Claudio Fragasso et Bruno Mattei sont nombreux : des personnages ne sont plus les mêmes d'un plan à l'autre, de même pour certains lieux qui ne sont plus identiques d'une seconde à l'autre, sans parler du grain de la pellicule et de la clarté qui changent de temps en temps…



Mais ce qui reste selon moi énorme dans ce film, c'est cette facilité qu'ont nos héros à se procurer des armes. Comme dans un "resident evil" sur console de jeux-vidéos, nos chers amis ont des armes à portée de mains : il suffit de regarder au hasard sous un camion pour y trouver une grenade, sans oublier que les vieux hôtels abandonnés sont un endroit idéal pour trouver des fusils d'assaut flambant neufs! Si si!
Ah, et j'oubliais, si tu te retrouves encerclé par des zombies dans un champ, regarde bien autour de toi : il y a sûrement un hélicoptère avec les clefs qui est prêt à décoller! Elle n'est pas belle la vie?

Le fan de nanars appréciera également cette façon qu'ont les morts-vivants de se multiplier d'un plan à un autre : ils passent de 3 à plus d'une vingtaine en une fraction de secondes! Mince, ça craint de rester dans le coin…
Et enfin, toujours au rayon de l'énormité, n'oublions pas de mentionner la fameuse scène des oiseaux contaminés qui attaquent nos malheureux jeunes gens : une séquence qui montre à elle seule les performances des acteurs et actrices du film (dieu que certains acteurs jouent mal…).

Le casting parlons-en rapidement justement! Là encore c'est un régal pour les amateurs de séries Z!
D'un côté vous avez nos héros : une bande de jeunes un peu dépassés par les évènements (qui, soyons honnêtes, jouent relativement mal) et qui sont alors aidés par trois militaires qui, quant à eux, surjouent à longueur de temps (on retiendra plus particulièrement les prouesses techniques et physiques de l'un d'eux qui se bat contre les zombies comme s'il était sur un ring de catch : on n'est pas loin d'un "zombie king and the legion of doom"! RIRES!).
Puis, vous avez les scientifiques : une bande de physiciens et biologistes qui planchent comme des étudiants sur leurs bureaux pour tenter de trouver la bonne formule chimique qui permettrait de mettre au point l'antidote miracle. Passée cette bande d'intellos peu intéressants (quoique le chef du projet scientifique mérite la palme du plus mauvais acteur du film…), nous retrouvons face à eux les militaires qui bien-entendu et comme souvent dans ce genre de films ne pensent qu'à faire des cartons dans les zombies (pas l'temps de chercher ce foutu antidote, faut tous les buter!)…

Enfin, nous avons au milieu de tout ce foutoir nos pauvres zombies qui ne savent plus où donner de la tête ("mais qu'est-ce qu'on est venu foutre ici?!" se demandent-ils probablement).
Ceux-ci sont organisés telle une équipe de football (c'est vrai que nos amis transalpins vouent un véritable culte à ce sport) :
1) En attaque vous avez les ninjas et les karatékas qui courent partout et donnent des coups,
2) Au centre vous avez ceux qui en prennent plein la gueule pour pas un rond mais qui essayent toutefois de s'accrocher à l'adversaire pour le retenir,
3) Sur les côtés vous avez ceux qui se cachent, attendent leur heure, et surgissent tout à coup (de bottes de foin, de ruelles étroites, du haut d'une colonne de 5m de hauteur et même d'endroits qu'on savait même pas qu'ils existaient dis donc!) pour percer l'attaque adverse,
4) Les défenseurs qui sont bien-entendu les moins rapides mais qui avancent en masse, très serrés, tel un troupeau de moutons pour ne laisser personne passer entre les mailles du filet.
Toute une organisation! Merci à ces différences de style entre Mattei / Fragasso et Fulci qui, sans le vouloir, nous ont donné de bien bons fous-rires!



Film de zombies oblige, finissons comme il se doit avec les effets spéciaux et les maquillages. Si on devait comparer nos morts-vivants à ceux de "l'enfer des zombies", il n'y aurait pas photos : ceux de "zombi 3" sont bien moins répugnants, moins détaillés (exit les vers de terre et autres détails bien croustillants)… Mais si on les compare à d'autres films (et principalement des séries B tendance zédardes, des séries Z, des nanars…), alors on pourrait dire que ceux-ci s'en sortent plutôt bien. En effet, les maquillages peuvent paraitre sommaires mais les ingrédients principaux y sont : peaux rongées, cicatrices, plaies, pustules, vêtements déchirés…
Ajoutez à cela des décors peu accueillants et glauques (rues désertes plongées dans la brume, hôtels délabrés, hôpital abandonné…) et vous aviez là pourtant de bonnes bases pour faire un bon film cauchemardesque à la "frayeurs" ou à "l'au-delà"… Mais bon, n'est pas Fulci qui veut (hein Bruno!) et c'est le chemin du Z qu'a inévitablement pris notre cher "zombi 3"

Le gore est par contre bien présent ici même si celui-ci demeure toutefois assez vite expédié. Au programme : main coupée nette en gros plan, des jambes arrachées, un accouchement (si on peut appeler cela ainsi) bien saignant, un égorgement sauvage, un arrachage de nez… Ce n'est pas non plus exceptionnel sur ce plan mais ça divertit bien et c'est toujours ça de pris!

On retiendra par contre une musique sur synthé très agréable à l'oreille et qui nous rappelle les bonnes séries B zombiesques des années 80!

Enfin, pour ce qui est du dvd disponible dans nos contrées (que l'on peut acheter seul ou en bipack avec "the black cat" ou encore en coffret 5 dvds avec "virus cannibale", "the back cat", "horror cannibal" et "horror cannibal 2"), celui-ci possède une image plus sombre que celle de la VHS d'origine (d'où peut-être l'intérêt pour les fans de nanars zombiesques comme moi d'avoir les deux versions) mais a l'avantage par contre d'éviter la VF de mauvaise qualité en passant par la version sous-titrée bien plus conseillée.

Bon hé bien c'était ma fois assez long mais nous avons réussi à boucler cette chronique!
Au final, ce "zombi 3" demeure un film certes très bancal (double parenté de deux réalisateurs totalement différents oblige), bourré d'incohérences et de pitreries qui en font au final son charme et sa réputation de bon gros nanar… Les gens pensant voir un film de zombies made by Lucio Fulci regretteront amèrement leur achat (bah oui, c'est son nom sur l'affiche du film et la jaquette de la VHS qui ont permis d'écouler les stocks et ainsi de tromper l'acquéreur…) tandis que les fanas de nanars zombiesques comme moi apprécieront ce petit "zombi 3" sans pour autant le mettre sur un piédestal (aux côtés notamment de l'hilarant et génial "virus cannibale").
Car, il faut bien le reconnaitre, ce côté drôle et con n'est pas 100% assumé, le but étant au départ de faire un film sérieux et non une nouvelle pitrerie des compères Mattei et Fragasso… Au final nous avons donc un film qui oscille tantôt vers le B tantôt vers le Z mais jamais complètement dans le Z (même s'il l'est en grande partie quand-même) en raison du matériau de départ du regretté Lucio Fulci dont certains vestiges sont encore apparents lors du visionnage de ce "zombi 3".








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