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Angela fait une thèse sur la violence et l'audiovisuel. Afin de compléter un chapitre, elle demande à son professeur de bien vouloir lui fournir des films aussi dépravés que possible. Le professeur Figueroa accepte mais sera retrouvé mort le lendemain. Angela s'allie avec Chema, un autre étudiant en cinéma, et leur enquête vont les amener à découvrir ce qui ressemble à des films snuffs, tournés au sein même de la faculté.



Pour son premier métrage, Amenabar n'a pas choisi le plus facile des thèmes, mais il s'en sort haut la main avec ce film intelligent où il ne prend pas de véritable parti pris. Il se contente de raconter son histoire sans appuis malsains sur le contenu des snuffs, ce qui est un bon point pour lui. Etant donné que l'ambiance du film évolue dans un climat sérieux, les bruitages de hurlements d'agonie et les expressions horrifiées des acteurs suffisent largement à terroriser le spectateur. Pour ceux qui se posent quand même la question, oui, vous en verrez un peu, de gore, mais le but du film n'est pas de se vautrer dedans.

Le suspens est très bien soutenu tout au long du film, et les seules petites erreurs que l'on y trouve sont dûes à la relative inexpérience d'Amenabar (réalisateur de trois courts métrages avant ce premier long). Mais lorsqu'on regarde le making-of présent dans les bonus, on se rend compte que bien qu'il ait une apparence calme et posée, il possède aussi une volonté incroyable et une détermination résistant à toute épreuve afin d'obtenir ce qu'il veut, faisant de lui un réalisateur né. Il n'y a qu'à voir la confirmation avec l'impressionnant "Ouvre les yeux" (1997) et le sublime "Les autres" (2001).



Le personnage d'Angela est très bien interprété par Ana Torrent. Elle est jolie sans l'être de trop, et au début du film, il est évident qu'elle ne supporte aucune forme de violence. Petit à petit, elle va se rôder, en quelque sorte, et peut-être même aimer ça. Bien que le discours sous-jacent ne prétend en aucun cas que seuls les gens dépravés aiment la violence, il démontre de cette façon subtile que même les personnes les plus stables peuvent y trouver un certain intérêt mais que ça n'en fait pas quelqu'un de mauvais pour autant. Trop facile? Non, puisque tout passe par les émotions d'Angela.

Un contraste légèrement exagéré est fait avec son camarade de fac, Chema, qui, pour sa part, est un véritable passionné de films d'horreur de toutes sortes. Solitaire, un peu fou, son appartement est une ode à l'imagerie de terreur, remplis d'affiches de films, de mannequins entiers ou en morceaux et il porte la version espagnole d'un t-shirt de "Cannibal Holocaust" durant une grande partie du film. Certains y verront une sorte de cliché dans ce personnage, mais il démontre également une humanité certaine qui le rend touchant.

Leur première rencontre est soulignée par la bande son. Ils écoutent tous les deux un walk-man et dans celui d'Angela, il y a de la musique classique tandis que pour Chema, c'est du métal. Les coupes dans la scène se font aussi entre les deux musiques ce qui provoque un certain effet déstabilisant, mais ô combien génial pour nous présenter leurs deux personnalités diamétralement opposées, mais qui finiront par se comprendre malgré tout.



La cassette vidéo que regardait le professeur Figueroa quand il est décédé s'avère être un snuff sur la mort de Vanessa, une jeune fille disparue deux ans plus tôt. C'est cette bande qui va mettre Chema et Angela sur la piste des auteurs et surtout découvrir que la caméra utilisée a été achetée par la fac elle-même. Ils vont faire une fausse interview de l'un des amis de Vanessa, Bosco, dont l'identité énigmatique et inquiétante est présente dès le départ, ne nous laissant aucun doute concernant sa véritable nature. Angela ne va pas tarder à se sentir étrangement attirée par ce très beau garçon (Eduardo Noriega, que l'on retrouvera dans "Ouvre les yeux"), et bien qu'elle se doute de son passe-temps préféré, elle continuera à lui chercher des excuses.

Les recherches d'Angela et Chema vont les conduire au sous-sol de la fac. Bien sûr, ils vont se faire enfermer dans le noir complet, n'ayant qu'une boîte d'allumettes à moitié vide pour s'éclairer. Et là, Amenabar nous offre un petit coup de génie qui va changer cette séquence de pure terreur claustrophobique en un moment de tendresse, voir de nostalgie. Mais je ne vous en révélerai pas plus sur ce film qui est vraiment à découvrir.



Le budget accordé, 116 millions de pesetas, était inférieur à la moyenne mais supérieur à celui alloué pour un premier film, en général. La chance d'Amenabar a été d'être entouré d'une équipe prête à le suivre dans son aventure et surtout, à donner le meilleur d'eux-mêmes.

Le réalisateur dit avoir choisi le thriller comme sujet de son premier long parce que c'était le plus facile, dans le sens à l'histoire est généralement composée d'éléments concrets aboutissant à un résultat précis. Avec cela mis en place, il a donc pu se concentrer entièrement sur ses personnages et sa mise en scène, ce qui s'en ressent fortement. Plus qu'un premier film, c'est une promesse de très bonnes choses à venir.

SPOILER sans en être un :

Les images de prégénérique de fin nous montrent le film snuff de Vanessa passant non censuré à la télé "au nom de l'intérêt documentaire". Ceci rejoint le discours du professeur Castro, le remplaçant de Figueroa, lorsqu'il donne un cours durant le film : "Le cinéma, c'est de l'argent. Il faut y penser comme une industrie et donner au public ce qu'il veut voir." Mais cette demande, n'est-elle pas aussi créée de toutes pièces, parfois ? Et bien qu'Amenabar adhère personnellement à cette petite formule, gageons que son talent lui permettra de ne jamais créer d'œuvres fades justifiées par un chèque aux chiffres multiples .








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