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"Bubba Ho Tep", le dernier film de Don Coscarelli met en scène Ossie Davis et Bruce Campbell dans des rôles à la fois drôles et touchants. Car contrairement à ce que voudrait nous faire croire la bande-annonce, la dernière offrande du Don est tout à fait mitigée. Non dans sa qualité, mais dans les sentiments qu'elle véhicule. Chronique d'un reflet doux amer des temps regrettés. Sebastian Haff est un sosie du King qui, lors d'une représentation en hommage à Elvis, tombe de la scène et se réveille après un long coma… Malheureusement sa virilité est restée sur la scène, et le voilà à croupir dans un hospice miteux du Texas, criant à qui veut l'entendre qu'il EST Elvis, impuissance ou pas! Personne dans la résidence ne le croit, excepté un grand père noir, persuadé d'être J(ack).F.K. que les comploteurs auraient changé de couleur et lobotomisé. Tout va pour le mieux, les anciens meurent les uns après les autres, jusqu'à ce qu'un étrange scarabée attaque le King. Une série de coïncidences vont alors survenir, mettant la puce à l'oreille de Jack. Des graffitis égyptiens gravés dans les toilettes et une étrange ombre penchée sur lui pour aspirer son âme, le portent à croire qu'une momie a pris refuge dans l'hospice, y trouvant un garde-manger certes pas très frais, mais constamment renouvelé.



En fait de film gavé de stéroïdes où des papys feraient du Kung-fu contre un tas de bandelettes défraîchies, comme le laissait entendre la bande-annonce, le spectateur se trouve face à une ode au temps passé. Un conte fantastique, loufoque, humoristique, mais avant tout empreint d'une mélancolie surréaliste. La bobine est comme nimbée de regrets épars, de nuances émouvantes.
Le cadre du film – un vieil hospice appelé Mud Creek – est de fait fort propice à ce style de demie-tristesse. Elvis, plongé dans une torpeur maladive, occupé à ressasser encore et encore ses souvenirs, et ce J.F.K… Une aura bien étrange plane au-dessus du film. Un peu comme si Coscarelli pointait du doigt le passé pour nous dire "Regardez comme c'était bien alors."



Sa façon de filmer Bruce Campbell ne fait que renforcer ce sentiment : où était-il passé durant toutes ces années? Un si bon acteur cantonné toute sa vie à des films de séries B alors qu'il possède ce que beaucoup de produits d'Hollywood ne possèdent pas, charisme et talent. Le réalisateur lui offre donc ici un rôle chargé en émotions que Bruce honore plus qu'aisément. De quoi faire changer d'avis ceux qui ne voyaient en lui qu'un acteur de seconde classe, tout juste capable de faire le bouffon.
Le voici donc mis en scène dans un genre pour le moins différent.
S'il est vrai que la momie et les scarabées apportent au film un climax fantastique, il n'est qu'un prétexte pour que deux géants du cinéma se donnent la réplique dans une savoureuse réflexion sur la vieillesse, qui n'est autre que la jeunesse d'hier. Réflexion pimentée par la vision décalée qu'on les deux grands pères de la situation.



"Et que crois-tu qu'une momie ferait dans les toilettes des visiteurs?
- He bien je suppose que si elle suce des âmes elle doit les digérer et en expulser les résidus?
- Une momie qui chiant les âmes qu'elle a avalée, est frappée d'ennui et grave des graffitis égyptien sur le mur des chiottes ?!"
D'autant que les hiéroglyphes sont traduits par un charabia s'achevant sur un "Cléopâtre est dégueulasse" des plus à propos.
Le titre lui-même se révèle cocasse puisqu'il signifie plus ou moins "Momie-cul-terreuse". Tout le film est ainsi ponctué de dialogues savoureux, de deux papys dépassés tant par les évènements que par leurs propres fantômes. J.F.K se confiant à Elvis : "Mais quand je l'ai vu se pencher sur mon cul pour aspirer mon âme, j'ai su qu'il ne s'agissait pas de Lewis Harvey Oswald."



De ce fait même découle le rythme très lent du film, ponctué de scènes d'"action" en fauteuil roulant et déambulateur. Autant dire que ceux qui s'attendaient à une série B potache et bien musclée dans un hospice, vont être déçus.
Les autres vont tout d'abord se réjouir du parti que le réalisateur tire de ces deux acteurs impeccables. Portés par le film, le rire les gagnera (situations cocasses et répliques pince-sans-rire), nuancé par une mélancolie diffuse mais omniprésente, jusqu'à un superbe final. Emouvant.
Dès l'instant où vous savez de quoi il retourne, vous ne pourrez être déçu de "Bubba Ho Tep".