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Depuis quelques temps les Etats-Unis nous envoient par vagues, des thrillers prétentieux, filmés par des rechapés de la publicité ou des clips musicaux. En conséquence, des produits à la coupe épileptique, et désigné pour la génération MTV, celle-là même qui se satisfait de produits pédants (bullet-time versus montage stroboscopique) et formatés pour plaire aux masses. Et dans cette veine surgit "Saw", en apparence une pâle copie de ce qui a déjà été tourné et vu des milliers de fois… En apparence ? Deux inconnus se réveillent dans une salle de bain miteuse au plus haut point. Les murs sont faits de carrelage fendus, la tuyauterie grossière et apparente est rouillée, et sur le sol un cadavre en train de pourrir, une arme dans la main et un dictaphone dans l'autre. Chacun des deux protagonistes ont dans leur poche une cassette… Ils apprennent que Adam doit survivre aux angoisses de son co-détenu –le docteur Lawrence– tandis que celui-là doit tuer Adam avant six heure sans quoi sa famille sera éliminée. Portés par les énigmes disséminées par leur hôte, les deux hommes vont tenter de découvrir pourquoi ils sont là.



Cette dans cette atmosphère tendue que débute "Saw". Les deux personnages ont été enlevés pour une raison qui leur est inconnue. Et là, forcement le cinéphile pourra noter la ressemblance avec "Cube", ressemblance qui va se prolonger jusqu'à ce que le docteur découvre qui les détient. Sans nuire nullement à l'intrigue, leur geôlier est un serial killer appelé Jiggsaw (casse-tête) qui donne l'opportunité à ses victimes de se libérer d'elles-mêmes. Mais la voie vers la liberté est pavée de vices, et bien souvent les détenus finissent par mourir de leurs tentatives infructueuses. Cette explication est donnée avec force flash-back et découpage épileptique, stylisé en clichés photographique. Encore une fois, on notera "l'inspiration" du scénariste qui s'est allègrement servi dans les ingrédients de "Se7en", notamment au point de vu des crimes qui, s'il n'ont aucun rapport avec les 7 pêchés capitaux, se révèlent être de la même trempe : assez malsains.



C'est bien là que se démarque "Saw" de la pléthore de thrillers ternes servis par un Hollywood en quête d'argent. Car "Saw" regorge de cette même atmosphère étouffante que "Se7en", celle des polars réussis, où le vice du tueur transpire à chaque image. Le malaise transmis au spectateur de façon tout a fait efficace est fort louable, pourtant "Saw" est éclopé sur différents plans. Tout d'abord le manque d'imagination flagrante qui a conduit le scénariste à aller piocher à droite à gauche afin de combler les trous dans son script (notamment le final du métrage qui renvoie à une scène célèbre de "Massacre à la tronçonneuse"). De ce fait le film ressemble plus à une (in)digestion d'inspirations qu'à une idée vraiment originale; ce qui gâche le plaisir, mais ne coule pas le film pour autant.



Le fond du film n'est pas le seul à souffrir des influences du réalisateur, la forme est elle aussi horriblement convenue. En effet James Wan utilise avec force et fracas des moyens peu honnêtes ; lorsque la tension retombe, vient le temps de sortir les grosses ficelles : flashes de lumière, sur-découpage de l'image pour perdre le spectateur et utilisation outrancière de hausses de volume. Ainsi pour ajouter un peu d'adrénaline, le réalisateur applique comme "fond" musical des compositions nerveuses (tempo élevé avec une large couverture des basses) joués à fort volume. Encore une fois pour exciter les sens du spectateur, et de ces moyens éculés, le réalisateur retire une grande efficacité. A laquelle s'ajoute le dynamisme propre à la camera numérique (HD), qui, si pour les scène d'actions, s'avère très pertinent, l'est bien moins en ce qui concerne le huis clos qui composent 60% du film. Cependant, mention très spéciale à l'utilisation maîtrisé de l'outil numérique lorsque les protagonistes sont plongés dans les ténèbres. La pénombre au cinéma est difficile à manier, puisque les pellicules nécessitent un minimum de lumière pour être imprégnées de l'image, ce qui n'est pas le cas de la HD. N'en demeure pas moins que le réalisateur gère avec une aisance des plus totales, ces scènes de noir où le spectateur ne fait qu'entrevoir, obligé de deviner les choses.



Que retirer de "Saw"? Que le thriller se porte bien? Que le réalisateur a de beau jour devant lui? A vrai dire, "Saw" serait à la croisée des chemins, entre le bon vieux thriller craspec et l'excès de style ("Panic Room") marqué par la tentative de placer toutes ses inspirations à la fois. Reste que l'intention est là, ce qui pourrait présager d'un futur intéressant, tant pour le thriller poisseux que pour le cinéaste.
En outre l'usage que James Wan fait de la HD, laisse entendre que le réalisateur est un joueur chevronné, l'impression d'assister à la démonstration d'un jeu video est en effet récurrente, sans pour autant nuire au film. La scène de l'appareil photo ainsi que les diverses scènes d'action, impliquent cette affirmation : le réalisateur de SAW serait bien plus efficace aux commandes d'adaptations cinématographique de jeux vidéos que Paul Anderson qui accumule les immondices et s'entête à plomber des franchises riches en potentiel.
En conclusion, même si le film souffre de l'accumulation de trop nombreuses références et de l'usage d'une forme peu originale, il n'en reste pas moins une très bonne surprise dans le paysage cinématographique pollué par les navets aseptisé dont Hollywood nous bombarde.








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