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Danielle Breton est une jeune femme commes les autres. A ceci près qu'elle a une soeur jumelle particulièrement dérangée, Dominique. Un soir que la jeune femme ramène chez elle un homme, Dominique devient prise d'une rage sanguinaire. Lorsque l'infortuné Philip Woode apporte le gâteau d'anniversaire à "Danielle", il est poignardé sauvagement. De l'autre côté de la rue, la journaliste Grace Collier, assiste à la scène.



Avec SISTERS, Brian De Palma, réalise son premier chef d'oeuvre. Celui qui deviendra l'un des nouveaux maîtres du suspense et du faux-semblant, avait déjà à son actif, plusieurs cours-métrages, et quelques longs ("Dionysus\ inspiré des Bacchantes d'Eurypide, \Greetings" à qui il donnera une suite en 1970). S'étant fait une réputation auprès d'un public plutôt underground et branché (New-York), De Palma va alors faire montre de son talent à un public plus vaste à l'occasion de SISTERS (SOEURS DE SANG). Avec ce film, le réalisateur fait étalage de ses préoccupations, et l'on y retrouve les thèmes majeurs de sa filmographie: voyeurisme, la vision trompeuse montrée à travers un témoin, mais plus que tout, la géméllité. C'est d'ailleurs ce thème du jumeau qui est au centre de SISTERS, comme l'indique le titre.



Plus que tout, c'est l'ombre d'Hitchock, qui plane sur l'un des thrillers les plus surprenants des années 70. Un joyau du suspense, dont le meurtre du black, renvoie indirectement à celui de Janet Leigh dans la douche de Psychose. Un meurtre brutal et surprenant, dont la terrible vérité se dévoilera progressivement. Pourtant tout commence par ce qui pourrait s'apparenter à une histoire d'amour. Une histoire d'amour innovante avec cette femme "blanche" qui lors de sa première rencontre fait l'amour avec Philipp Woode (le "black"). Quand on replace le film dans son contexte des années 1970, on s'aperçoit à quel point De Palma se montre culotté. Les relations interraciales n'étant pas alors bien vues (encore de nos jours) dans une Amérique puritaine.



La virtuosité du metteur en scène se trouve exarcerbée par l'utilisation du split-screen (méthode consistant à diviser l'écran en deux), qui perd le spectateur, tout en accentuant l'incertitude sur ce que l'on voit. Après tout, des éléments nous manquent puisque c'est grâce à la vision de la journaliste Grace, que le meurtre nous est montré. Ce thème du voyeurisme revient à plusieurs reprises, notamment avec l'intervention d'un enquêteur privé, ou encore avec la scène d'intro (et l'émission Peeping Toms). Une fausse entrée en matière, qui sera de nouveau utilisé dans d'autres films du maître comme "Obsession". Enfin, cerise sur le gâteau, c'est Bernard Hermann (le compositeur de "Psychose") qui en collaborant avec De Palma, apporte la touche de classicisme, qui aurait pu faire défaut à SISTERS.

Ce qui est étrange, c'est que Brian tente de nier la paternité de sir Alfred sur son film et l'ensemble de son oeuvre. Certainement provoqué par l'égo surdimenssioné du bonhomme.



La dernière partie, dans la clinique privée renvoie quant à elle, aux films des années 20 et 30, à l'époque de l'expressionisme. Avec ces bêtes de foires (lorsque les deux jumelles sont montrées), on pense à "Freaks" et à ces films à esthétique en noir et blanc. La scène de l'hypnose est troublante, et en la mettant en scène de manière importante, un tabou est levé. Brian de Palma, alors, un cinéaste révolutionnaire? La réponse ne peux qu'être affirmative. Tout en s'inscrivant dans le thriller classique, le réalisateur sait y apporter des touches personnelles. Ce qui manque tant au paysage du cinéma contemporain. Un point de vue personnel.

SOEURS DE SANG constitue un chef d'oeuvre du genre, qui montre une Margot Kidder ("Amityville", "Superman") au sommet de son art. Terriblement crédible et d'où pointe dans son regard et son jeu, des bribes de folie. Un film où les femmes ont le beau rôle. Car les personnages masculins sont soit sacrifiés, soit inutiles (le détective), soit ridicules (le médecin avec un béret!!).