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Une nuit, le noble et redoutable vampire Meier Link kidnappe une jolie jeune femme, Charlotte Elbourne. Plus tard, dans les ruines d'une église, au milieu d'un désert écrasé de soleil, un comité d'accueil composé de snipers surveille l'arrivée d'un cavalier noir armé d'une épée. Il s'agit de D, chasseur de vampire "dumpeal", c'est-à-dire lui-même moitié-homme et moitié-vampire. Les Elbourne père et fils le chargent de retrouver Charlotte vivante ou morte contre une forte somme. Il est prévenu qu'il ne sera pas le seul sur l'affaire, les frères Markus, mercenaires également chasseurs de vampires, ayant déjà été engagés et poursuivant actuellement l'attelage de Meier Link à bord de leur camion blindé. Cependant Meier Link continue de fuir vers une destination inconnue, répandant la mort sur son passage tout en épargnant Charlotte, et s'avère bientôt bénéficier de la protection des terribles Barbarois…



Sorti sur un seul écran parisien, "Vampire Hunter D : Bloodlust" a connu par la suite un succès mérité - bien que confidentiel - auprès des fans de mangas. Les puristes vous diront d'ailleurs qu'il n'en est pas vraiment un, puisqu'il s'agit en fait de l'adaptation d'un roman en 12 volumes de Hideyuki Kikuchi illustré par Yoshikata Amano, et non d'une bande dessinée à proprement parler.

Mais enfin peu importe. Il n'en reste pas moins que le film de Kawajiri constitue une excellente introduction à l'animation japonaise pour ceux qui, comme moi, n'ont pas connu grand-chose en dehors des dessins animés des années 80, du fameux "Akira" ou encore de "Ghost in the Shell", ce qui ne représente qu'une infime partie de la production réelle dans le genre.



Coproduit avec les USA, "Vampire Hunter D : Bloodlust" demeure cependant un étendard exemplaire de la culture contemporaine nipponne, experte dans le rebrassage et la digestion d'inspirations diverses. La liste n'en finirait pas de s'allonger s'il fallait citer la totalité des références de Kawajiri, que ce soit dans l'horreur ou dans les autres genres !

On peut résumer un peu vite en disant que son film mélange le gothique, le western spaghetti et le post-nuke, mais l'essentiel est que cette coexistence, source de tonalités et d'émotions aussi extrêmes que diverses (violence, désespoir, contemplation, noblesse, amour, etc.) ne soit pas purement anecdotique, et soit unifiée par un style propre, d'une beauté et d'une ampleur vraiment stupéfiantes.

En effet, sans atteindre la perfection visuelle d'un "Akira" (difficilement surpassable), la réussite et la virtuosité formelles de "Vampire Hunter D : Bloodlust" n'en restent pas moins incontestables. Bâti sur un climax inventif qui rassemble peu à peu plusieurs fils narratifs, le scénario s'achemine sans repos vers une apothéose phénoménale, tout comme la musique de Marco d'Ambrosio, à la fois haletante, fiévreuse et solennelle.



Chaque décor (ville fantôme, désert apocalyptique, paysage bucolique, forêt, cité souterraine, palais…) bénéficie d'une définition remarquable et enchanteresse, et chaque cadrage, chaque angle du vue exploite avec superbe ses possibilités de construction, le tout dans un montage très fluide. Pas de doute, de ce côté-là, le manga animé n'a rien à envier au cinéma traditionnel !

Privilégiant l'émotion tout en n'oubliant pas d'offrir un étourdissant spectacle d'actions fantastiques, Kawajiri choisit intelligemment un découpage économique et volontiers elliptique lors des confrontations singulières. Un aspect qui a pu décevoir les fans d'excès de "Ninja Scroll", mais qui représente un affinement stylistique sans doute plus abordable pour le spectateur occidental.

Le petit bémol revient aux personnages, à leur psychologie et à leurs dialogues. Autant l'adaptation d'un roman en douze volumes nous offre une galerie variée de héros et de monstres, autant leur exploration en une heure trente peut malheureusement s'avérer sommaire.



Certes, Kawajiri tente de compenser cette contrainte en recourant là aussi à l'art du relief extrême : D, Meier Link, Leila, Carmila, etc, sont présentés à travers des scènes et des confrontations très intenses, où leur caractère apparaît de façon rapidement saisissable. Mais le cliché va de pair, ce qui est bien dommage.

D, le dumpeal irréductible à la race humaine comme à celle des vampires, Meier Link, le vampire romantique et souffrant de sa condition, Leila la vengeresse traumatisée qui cache un grand cœur, tout cela est connu. Seul le personnage de Charlotte, victime amoureuse et consentante, s'avère d'une réelle et touchante originalité. Pour le reste, on aurait voulu en voir davantage sur les mutants de Barbarois, sorte de "X-men" démoniaques, ainsi que sur le clan Markus, qui demeure assez caricatural. Et le talon d'Achille principal demeure Kolt, le démon incrusté dans la main de D. Une idée géniale, mais assortie de discours et de traits d'humour d'une rare lourdeur…

Ces maladresses et imperfections, dues en parties à des obligations de format et de production, ne doivent cependant pas détourner du visionnage de "Vampire Hunter D : Bloodlust", ne serait-ce que pour sa grâce visuelle, sa texture narrative (sur)prenante et sa fureur sentimentale, trois éléments de taille qui font de sa découverte (ou re-découverte) un vrai bonheur.








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