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"Slashers" est le nom d'une émission de télé réalité nipponne, la plus célèbre et la plus regardée au monde. Présentée devant un public en délire par l'enthousiaste Miho Taguchi, DJ Slash et les Slasherettes, le principe en est fort simple : six candidats doivent pénétrer dans le "Hangar de la mort", un vaste labyrinthe où vont sévir trois "Slashers" aussi délirants qu'impitoyables : Charlie le Tronçonneur, le Révérend et le Dr Dépeceur. Un seul objectif pour les candidats: échapper à une mort atroce durant un peu plus d'une heure, devant la steadycam attentive de Hideo. Hormis l'interdiction de gêner ce dernier et de bouger durant les pauses publicitaires, tout est permis afin de s'en sortir. Aucun joueur n'ayant survécu à la dernière émission, la cagnotte s'élève cette fois à 12 millions de dollars, chaque "Slasher" tué rapportant un bonus de 2 millions. Devon, Michael, Rebecca, Rick, Megan et Brenda sont les nouveaux candidats de cette émission "spéciale américains". Lequel d'entre eux réussira à survivre?



Maurice Devereaux est le genre de passionné qui vendrait (et qui l'a vendue) sa chemise afin de pouvoir donner vie à ses projets. Un enthousiasme évident, qui transparaît dès le générique désopilant de son troisième film et traverse "Slashers" pendant une heure et demie.

Si vous en avez marre de la télé réalité et que vous avez envie de vous en payer une bonne tranche bien saignante, si plus d'une fois l'idée de tordre le cou à un participant vous a traversé l'esprit et si l'humour naze vous transporte dans des sommets de bonheur, alors vous avez frappé à la bonne porte!

Ici on court, on pleure et on blablate sur sa life ; ici on découpe, on égorge, on perce, on éventre en riant comme des gorets ; ici on s'amuse, on flippe et on crie comme des malades ! Et tout ça en direct, bien entendu !

Bref, pas le genre d'émission que les productions canadiennes veulent financer.



Les moyens limités donnent parfois de meilleurs résultats que les cartes blanches. Là où "Slashers" est formidable, c'est que son sujet et son contenu sont en adéquation parfaite avec le budget et les conditions de tournages.

Filmé par tranches de six minutes non-stop, les plans-séquences (habilement remonté par Devereaux grâce à de multiples petites astuces) créent une continuité hyper-réaliste propre à faire de nous les spectateurs privilégiés de l'émission (nous voyons également tout ce qui se passe pendant les pauses publicitaires).

La quasi-totalité du décor est en fait celui d'un hangar dédié au paint-ball. Idéal pour exposer un lieu désincarné et tortueux, alternant de vastes aires désertes, des recoins fragiles et de sombres couloirs où tout peut arriver, et où l'alliage du bois et du carton-pâte augmente la sensation de danger et de vulnérabilité pour les candidats.



De même le casting, essentiellement composé d'acteurs débutants, permet de reproduire avec vraisemblance et sans trop d'efforts un sur-jeu caractéristique, des monologues et des dialogues pleins de clichés, en somme de la vraie télé réalité à peine caricaturée. Et le pire, c'est que ça fonctionne ! Les candidats sont des archétypes à la psychologie superficielle, ergo, on se familiarise très vite avec eux et on s'y attacherait presque! Les "Slashers" ne sont pas en reste : frénétiques, hyper-bavards et bien lourdingues dans leur rôle ultra-typé (mention spéciale à Neil Napier qui incarne à la fois le Révérend et Charlie le Tronçonneur), eux et le décorum criard qui les nimbe (superbe photographie de Denis-Noël Mostert et thèmes musicaux génialement foireux de Martin Gauthier) représentent à merveille (et à l'avance!?) ce que la télé réalité ferait si elle s'emparait aussi du genre horreur.

A propos, si l'émission "Slashers" est japonaise, ce n'est pas dû à un quelconque racisme de la part de Devereaux. Au contraire, connaissant la faculté de la culture japonaise à reprendre les succès de l'étranger en les poussant à fond, l'idée de placer une télé-réalité gore dans le pays des puces électroniques, du hara-kiri et de Takeshi Kitano est plutôt crédible et finement trouvée.



Le film souffre de quelques regrettables longueurs malgré un remontage judicieux (la première version, sans présenter d'autres scènes gores, durait plus de deux heures), mais vu le challenge que représentait le tournage du film, on peut dire que Devereaux remporte son pari haut la main. C'est drôle, cynique, gore et réellement flippant. Atteindre à une telle qualité avec autant d'obstacles relevait de la gageure, et il faut un certain courage pour ainsi accoucher d'un métrage purement destiné à l'éclate d'une seule vision.

Car, oui, effectivement, "Slashers" imite et caricature la télé réalité à la façon d'un kamikaze. Et à moins de laisser passer beaucoup de temps entre les visionnages, on ne pourra pas davantage le regarder en boucle qu'une vraie émission de télé réalité. De la même façon qu'il montre l'inutilité et la vanité de vouloir la dénoncer de l'intérieur (le personnage ô combien agaçant de Megan Lowry), "Slashers" réussit ici une véritable "mission impossible". Et par conséquent, il s'autodétruit dans les dix secondes qui suivent le générique de fin.








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