RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5
(15 votes)
Ce film ouvre sur l'un des génériques les plus morbides qu'il m'ait été donné de voir. Un homme est suspendu par les poignets et on voit la main de son tortionnaire hors-champ le larder de coups de couteaux tandis qu'il hurle son agonie. L'image en sépia est granuleuse, les cris de douleurs prolongés et insoutenables, et la petite musique d'ambiance glauque à souhait. Au moment où on a envie que ça s'arrête survient une voix off : "Les couleurs, elles coulent de mes veines. Elles sont si douces, mes couleurs, si douces…" Le ton est donné. On écarquille les yeux.



Stefano, un jeune artiste peintre, arrive à Palerme, une petite ville du sud de l'Italie, afin de restaurer une fresque ornant l'intérieur d'une église. Dès son arrivée, il se voit détourné de son travail par des coups de fils anonymes, le prêtre ou encore un ami qui lui raconte l'histoire horrible de Bouno Legnani, l'auteur de cette peinture murale, une représentation très réaliste des souffrances de Saint Sébastien.

Lorsqu'il sera mis à la porte de son auberge pour cause d'un manque de place, Stefano se voit installé dans une étrange demeure habitée par une vieille femme paralysée et des bruits inexplicables. La découverte d'un dictaphone et d'un vieux journal intime va le mettre sur la voie de l'histoire d'une vie tourmentée.

Les prémisses de départ donnent à penser que nous allons assister à un film terrifiant, sinon du moins horrifique. Pour être franche, il ne se passe pas grand chose avant la fin, mais le climat est assez oppressant pour jouer admirablement avec nos nerfs tandis que Stefano s'avance à petits pas vers l'inéluctable vérité.

Si je devais choisir un seul mot pour qualifier ce film, j'opterais pour "macabre", sans hésiter. Une odeur de putréfaction semble se dégager de ce métrage, tant la mort est présente partout, au détour des peintures malsaines de Legnani, que ce soit la fresque ou ses toiles ; d'une image subjective de la maison qui observe les visiteurs par un volet qui s'ouvre et se referme doucement ; de cintres en forme de croix ou encore une respiration rauque dans le noir… On dirait que même la musique de Tomassi est hantée tant elle est efficace et prenante.

Tout n'est pas que lenteur. Un homme meurt de façon suspecte avant d'avoir pu raconter la vérité à Stefano, son amitié amoureuse avec Francesca, l'institutrice, est placée sous un signe menaçant, nous faisant sans cesse douter de la vraie personnalité de la jeune femme, un viol particulièrement repoussant sera perpétré par l'idiot du village et de terribles secrets mis à découvert. On se rend compte petit à petit qu'on ne peut faire confiance à personne et la tension augmente considérablement tandis que nous approchons de la vie intime des habitants, dont tous semblent touchés par le Mal ayant régi la vie de Legnani.

Les deux sœurs du peintre étaient particulièrement perverses. Etant donné que Legnani cherchait à capturer sur la toile toute l'étendue des souffrances humaines, elles ramenaient des jeunes hommes à la maison, les torturant à mort devant leur frère. Elles ont continué ce rituel après sa mort pour leur simple plaisir.

Les acteurs investissent bien leurs personnages, leur physique ordinaire en phase avec les lieux décrépits. L'atmosphère dans cette petite ville du sud évoque les mêmes préjugés que l'on trouve dans des films américains comme 2000 Maniacs (1964) ou Massacre à la Tronçonneuse (1974). Tout pays méprise une partie de ses habitants, et leur isolation est si bien rendue ici qu'on a l'impression qu'ils vivent sur une île.

La mise en scène est particulièrement maîtrisée et étudiée, notamment dans certaines séquences intérieures où la lumière est peu présente. Les éclairages sont par ailleurs délicieusement surréalistes, ce qui confère une ambiance dérangeante et tendue qui va rester avec le spectateur jusqu'au bout. La révélation finale est une véritable surprise et pour ma part, en aucun cas gâchée par la reprise de ce twist dans de nombreux autres films.

Ici, Pupi Avati démontre qu'il n'a rien a envier à ses collègues italiens oeuvrant dans le même genre, Dario Argento et Mario Bava, prouvant que le giallo ne doit pas forcément contenir des meurtres graphiques pour fonctionner. L'une des images les plus troublantes met en scène la maison du titre, dont les volets sont peints de bouches souriantes, une étrange intrusion dans les environs délabrés et isolés, faisant écho aux précédents occupants et leurs jeux sadiques.

Une petite merveille sortant tout droit de l'enfer des névrosés.








Du même réalisateur :

ZEDER