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Alerte aux "Halls of Justice" : un certain Montazano, tueur de flics se faisant appeler "l'Aigle de la route", vient de prendre la fuite à bord d'un véhicule. Aussitôt des unités spéciales de poursuite se mettent en chasse sur Anarchy Road, interminable ruban de bitume connu pour son taux de mortalité très élevé. Jim Goose dit "Le Gorille" enfourche sa moto et se joint à la traque, tout comme les camionnettes de dépannage, prêtes à nettoyer les morceaux. Mais Montazano échappe à tout le monde, et il faut faire appel à Max Rockatansky au volant de son "Interceptor" pour l'arrêter, ce qu'il fait d'une manière on ne peut plus radicale. De retour aux "Hall of Justice", les collègues de Max lui montrent un nouveau modèle de voiture surboostée en préparation. Un cadeau destiné à le dissuader de démissionner d'un boulot peu gratifiant et plutôt perturbant. Mais c'est sans compter sur le frère de Montazano, Toecutter, chef d'une bande de motards sans foi ni loi qui sème la violence et la terreur sur les routes et qui va s'en prendre aux proches de Max.



Inutile de préciser qu'il va falloir mettre votre ceinture. 1978. George Miller et Mel Gibson débarquent avec ce qui va immédiatement devenir un mythe, et ils ne font pas dans la dentelle. Monsieur Valéry Giscard d'Estaing, alors président de notre chère République (et qui eut l'occasion de faire rouler les dernières têtes sous la guillotine, ce cher ange), sort immédiatement son carton rouge, en dépit du Prix spécial du jury au festival d'Avoriaz (1980) et de la Licorne d'or au festival du film fantastique de Paris (1981). D'abord interdit de projection, "Mad Max" est ensuite réservé aux cinéma des bas quartiers, affligé d'une interdiction aux moins de 18 ans et d'une version censurée. C'est seulement le 19 janvier 1983, jour de mes 8 ans, que la version intégrale est enfin projetée, alors que le "Mad Max 2" vient de sortir sans aucun problème. Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, c'est "Taxi" ou "Fast and furious". Etonnant de constater à quel point les poursuites automobiles de "Mad Max" restent fraîches et diablement efficaces à comparaison des bouses contemporaines. Etonnant de constater qu'à aucun moment, le film mythique de George Miller ne joue la carte de l'émulation tendancieuse. Etonnant enfin que la plupart des gens ait oublié qu'à une certaine époque, le spectacle n'excluait pas la réflexion. Comment se fait-il qu'aucune de nos grandes chaînes de télévision ne diffuse jamais "Mad Max" ?



Le futur s'annonçait mal au pays des kangourous comme dans le reste du monde. Crises pétrolières, montée de la violence routière ou autres, autorités en perte de contrôle. L'imagination se mit au travail et accoucha d'une anticipation inquiétante et brutale. Voici donc un monde où la seule obsession est devenue celle de la vitesse. Le décor : des routes, du bitume, des rubans d'asphalte avec une nature déserte autour, et rien d'autre ou presque. Les hommes ? Des quidams paumés, des flics de la route malades de stress et de nihilisme, et des voyous à motos dont le cerveau s'est définitivement abonné à l'âge de pierre (Miller n'est pas sans avoir vu "Orange Mécanique", bien entendu). Les villes dégagent un parfum de ruines désolées digne d'un vieux western, les quartiers de la justice ne sont que des taudis crasseux où la hiérachie ne communique que par haut-parleurs, et le seul autre bruit qu'on n'entende partout ailleurs est le rugissement tonitruant des moteurs surgonflés, véritables cris de machines animales qui vous prennent à l'estomac et vous écrasent dans votre siège, cœur battant, pupilles écarquillées.



Les scènes de poursuites et de carambolages se révèlent tout de suite d'une âpreté incroyable, que personne n'a encore surpassée malgré tous les progrès techniques. Tout est là, dans un montage hyper-nerveux réglé au millimètre, des cadrages époustouflants, une bande sonore redoutable et une musique de Brian May impeccable, dont les tonalités de péplum nous signifient clairement que nous assistons aux nouveaux jeux du cirque romain. Que ce soit au ras du sol ou embarquée à bord des véhicules, la caméra couvre des angles dynamiques, ses mouvements sont précis et tranchants. Est-ce seulement parce que le matériel utilisé est celui-là même qu'employa Sam Peckimpah pour "La Horde Sauvage", Miller ne pouvant s'offrir une caméra neuve ? La violence est elle aussi extrême, mais d'autant plus, en fait, qu'elle est détournée ou hors-cadre. Quand les "Aigles de la route" désossent la voiture où se trouve un jeune couple, les images de destructions mécaniques à coups de hachoirs et de barres de fer suffisent à épouvanter et permettent de faire une ellipse sur la suite (horrible) des événements. Si un corps brûle, la caméra cadre les flammes et le regard de ceux qui y assistent. A quelques exceptions près, on ne peut pas dire que "Mad Max" est un film gore. Tout comme pour "Massacre à la tronçonneuse" (1974), la mise sous tension du spectateur est telle que, la plupart du temps, c'est son imagination qui comble les vides. Bien sûr, "Mad Max" est un film violent et expressif dont on ne ressort pas indemne, mais il sait très bien jouer de la suggestion et s'arrête toujours à la limite qui aurait pu le faire basculer dans l'horreur pure.



Et dire qu'au départ, Mel Gibson n'avait été recruté que pour être figurant… Le voilà projeté sur le devant de la scène, et il suffira d'un autre rôle de timbré quelques années plus tard ("L'arme Fatale") pour en faire définitivement une icône du cinéma mondial. Max Rockatansky apparaît tout d'abord comme un jeune homme au caractère bien trempé, qui a la tête sur les épaules. Certes, la façon dont il se débarasse de Montazano est limite, mais lui-même a l'air interloqué par le résultat. Il a encore quelque chose de juvénile dans les manières et dans le visage, on le voit très bien dans ses relations avec sa femme Jessie (il joue à Tarzan, enfile un masque de monstre, etc.). Max est conscient du risque pris à rester dans la police des routes. Il voit très bien que ses collègues se conduisent comme ceux qu'ils traquent, et que lui-même n'est pas net de ce côté-là. C'est la raison pour laquelle il a tenté plusieurs fois de donner sa démission à "Fifi", le chef d'équipe. Et c'est au moment où il tentera une dernière fois de prendre ses distances que les événements viendront le frapper de plein fouet, le rendant complètement fou (un trait qui restera relativement constant dans la carrière de Mel Gibson, et qui lui vaut désormais une hystérie collective haineuse aussi fidèle qu'idiote). Son nouveau bolide (on passe du jaune canari au noir total) est une sorte de corbillard à réaction, messager de mort (donc à ne pas confondre avec K2000, merci…). Loin d'être une apologie de la justice solitaire, "Mad Max" est un film qui montre et dénonce la nature épidémique de la violence, sa dégénérescence perverse. Malheureusement, 20 ans plus tard, la majorité aboyeuse montrera qu'elle ne sait toujours pas faire la différence entre le sujet d'un film et le propos d'un réalisateur (voir la critique de "8mm").