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15 ans ont passé, et voici Max traversant l'étendue aride qu'est devenue la Terre avec un attelage de chameaux, tel un touareg. Un avion rase le sol, le fait tomber, puis le copilote vole son attelage. Max marche jusqu'à Barter Town, la ville du troc, et accepte d'échanger 24 heures de sa vie contre la récupération de ses biens. Il est conduit à Entité, la femme qui dirige Barter Town, et passe avec succès l'épreuve réservée aux visiteurs. Entité révèle à Max que son pouvoir n'est pas entier. Le monde souterrain de Barter Town est en effet sous la coupe de Maître Bomb, alliage d'un nain pensant (Maître) et d'un colosse (Bomb). Lui et ses esclaves produisent l'énergie de Barter Town à partir du gaz méthane émis par les excréments d'un élevage de porc. Entité veut que Max tue Bomb, sans lequel Maître sera réduit à l'impuissance. Pour cela, il doit le provoquer et l'affronter sous le dôme du tonnerre, le seul endroit de la ville où un combat puisse être toléré. Aucune règle, hormis celle-ci : deux hommes entrent, un seul sort. Max accepte, mais les événements ne vont pas se dérouler comme prévu…



Le film est dédié à Byron, producteur et meilleur ami de George Miller, mort dans un crash d'hélicoptère pendant les repérages des lieux de tournage. Exit l'humour désastreux du précédent opus, bonjour le discours messianique ultra sérieux, auprès duquel une brochure des témoins de Jéhovah semblera bien timide… Mais cette fois le public ne s'y trompe pas, et le film sera un échec commercial. Cela malgré la présence très attendue de Tina Turner dans l'un des principaux rôles, et malgré une première partie qui semblait nous annoncer avec bonheur que la qualité de mise en scène du premier épisode était revenue. C'est en quelque sorte le coup de grâce. On croit que le cauchemar est terminé, qu'on va repartir sur de bonnes bases… et paf, plongeon dans le néant absolu. Une convalescence de près de 20 ans sera nécessaire pour qu'on nous annonce un "Mad Max 4 – Fury Road", dont le tournage devrait commencer prochainement (difficile de dire quand exactement. Mel Gibson a donné son accord, l'affiche du film est déjà prête, mais le projet traîne depuis fin 2002…).



On peut donc considérer que le film est coupé en deux parties bien distinctes, et il ne serait pas étonnant que la brusque déviation du scénario corresponde à l'accident mortel du producteur Byron. D'une écriture rigoureuse et inventive, on passe à du prêchi-prêcha illustré, sorte de message codé à la mémoire d'un ami (l'épave d'avion n'a pas d'autre sens) qui, à l'écran, ressemble malheureusement au plus misérable des prosélytismes.

La ville de Barter Town et ses habitants sont bien plus réussis que le fort du deuxième épisode. La réalisation de même. Photographie d'une excellente qualité, personnages infiniment plus travaillés, montage captivant, on entre vraiment dans un univers crédible, cohérent, à condition d'oublier une ou deux irruptions de saxophone sirupeux qui ne semblent là que pour faire plaisir à Tina Turner… Barter Town est une image métaphorique réussie du monde des années 80 : la vie est trépidante, tout peut s'y troquer, mais sous la surface des affaires commerciales se cache une réalité sombre et abjecte. La tonalité est celle du film d'aventures à la "Indiana Jones", et Mel Gibson consolide une image de héros qui ne le quittera plus. La scène sous le dôme est passionnante, véritable combat de David contre le Goliath ; sa symbolique et sa violence nous font penser que Miller est revenu à la source du premier épisode…et d'un seul coup, tout s'effondre.



Mélangez "Greystoke", "La forêt d'émeraude" et "La guerre du feu", saupoudrez de "Planète des singes" et liez le tout avec "Les Goonies". Servez chaud avec une salade de mythologies messianiques, et vous obtiendrez la deuxième partie du film. En basculant dans un autre univers, le scénario perd tout son rythme, les gogolitos se multiplient dans un décor aussi mièvre qu'édenique, Maurice Jarre nous infantilise à tout va… Chose curieuse, Mel Gibson semble perdre tous ses moyens en même temps que sa crinière de lion, l'air hagard et dépité. Le temps traîne, l'histoire s'enlise dans des sables mouvants… A vrai dire, la tentative de nous raconter (et de quelle manière idiote !) ce qui s'est déroulé les années précédant le film ne nous éclaire pas, au contraire. On ne sait plus si cela concerne aussi le premier épisode, ou juste l'intervalle qui sépare le deuxième du troisième, ce n'est pas clair, bref, on perd le fil. Comme le dit Slake lui-même, "Il n'y aura pas d'expédition parce que c'est n'importe quoi, c'est tout ce que c'est".



Tout s'achève sur une scène qui se contente purement et simplement de reproduire la poursuite finale de "Mad Max 2", en remplaçant le camion par une locomotive. Désolant. Et pour ce qui est du suspens, de la violence ou de la réflexion, inutile d'espérer. C'est du niveau des "Beep Beep et le Coyote"… Quoi d'étonnant, puisque toute la morale de la seconde partie cherche à établir que l'innocence infantile est le remède à tous les maux ? "Pas besoin de connaissance, ici nous pouvons vivre". Formidable, n'est-ce pas ? On aurait forcé Miller à abjurer toute son œuvre passée qu'on n'aurait pas obtenu autre chose. La chanson du générique de fin nous achève : "We don't need another hero"… Les fans de "Mad Max" ne peuvent prendre ça que comme une énorme claque. Pourvu que le quatrième opus, s'il voit le jour, vienne racheter tout ça !








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