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Tandis que sa maman prépare le dîner, Chloé, une adolescente, s'enferme dans sa chambre et prend une douche. Lorsqu'elle en ressort, une inscription sur le mur lui apprend qu'elle va mourir. Elle pense qu'il s'agit d'une mauvaise blague de son frère, mais découvre son chat étripé sur son lit. Le téléphone sonne : une voix rauque lui annonce une nouvelle fois qu'elle va mourir. Chloé appelle au secours, puis se rue dans la salle de bain et casse une bouteille de mercurochrome contre l'évier afin de s'en confectionner une arme ; au même instant, Scarman enfonce la porte de sa chambre : c'est un personnage vêtu de noir, au visage dissimulé par un masque au crâne chauve et à la bouche ligaturée par des agrafes. Il se dirige aussitôt vers Chloé, armé d'une cisaille étrange. La jeune fille tente de se défendre, mais en vain. Scarman l'égorge. "Coupez !" s'écrie alors Hilary Jacobs, la réalisatrice du film "Hot Blooded". Un film qui, en réalité, n'a jamais été terminé, Hilary Jacobs ayant été assassinée le soir-même par l'interprète de Scarman, avant que celui-ci ne soit tué à son tour par l'actrice jouant le rôle de Chloé. Douze ans plus tard, une équipe d'étudiants en cinéma menée par la jeune Raffy décide de reprendre "Hot Blooded" là où il s'était arrêté, et ce malgré sa réputation de film maudit. Une bien mauvaise idée…



SILENCE! "Heureusement pour moi, Kimble Rendall était là pour réaliser "Cut" et me sauver de "Hot Blooded". Après avoir été monteur pour la télévision australienne et réalisateur de clips et de spots publicitaires, ce grand fan d'horreur qui, au lycée, tournait déjà des films en 8mm, a réalisé avec "Cut" son premier long métrage. Pas un chef-d'œuvre, mais un hommage intelligent aux slashers, bourré de cynisme, d'humour noir et d'exécutions savoureuses. Le film a bien marché dans son pays d'origine, ainsi qu'aux USA, et il a été sélectionné au festival Fantastic'Art de Gérardmer 2000.

Toutefois aucun prix ne l'a honoré, et la critique ne s'est pas privée de le descendre en flèche. Ne parlons pas du Figaro, qui, en écrivant : "Un film d'horreur. Un de plus. Mais auquel on attachera un vague intérêt en supposant qu'il imite, en s'en moquant, ses innombrables prédécesseurs." a remarquablement démontré que l'incapacité de comprendre un film résultait de l'ignorance crasse de tout un genre. Ni de Libération : "On veut bien croire qu'il y a un marché pour ce type de film, un cénacle pâmé fonctionnant au nième degré et au clin d'œil entre deux rots bierreux. Mais est-ce qu'une diffusion tardive sur M6 ne serait pas suffisante ?", qui prouve ainsi que le racisme culturel vote aussi bien à droite qu'à gauche, et que la critique d'un film qu'on n'a pas VU sombre forcément dans le cliché bien-pensant. Aussi bien, "Ne perdez pas votre temps à faire de la merde !" intime le professeur Lossman (en français, on peut traduire son nom par "incapable") à la jeune Raffy. Mais son amie Hester, qui connaît ses classiques, dira qu'un film d'horreur peut avoir non seulement une fonction d'exutoire, mais aussi une portée politique."



ON TOURNE! "Et me voici donc : Scarman. C'est mon nom. L'homme à la cicatrice, l'homme qui fait peur ? Oui, mais d'abord celui sur lequel on peut tout dire puisqu'il ne répondra pas, ayant la bouche cousue. Celui qu'on peut imiter, copier, diriger…Vous avez dû bien rire lors de ma première apparition, n'est-ce pas ? Surgissant ainsi avec ma cisaille néo-agricole… Incongru. Oui, c'était "Hot Blooded", un beau navet parlant de "drame familial sérieux". Mais à la deuxième apparition, déjà, votre rire s'est mêlé d'angoisse. Et là, c'était "Cut". "Cut", autrement dit "Coupez !", bien sûr, mais aussi inachevé, et ce pour une bonne raison : les gens confondent tout. Les interprètes se prennent pour moi (Bobby), les mauvaises actrices (Vanessa Turnbill) et les mauvaises réalisatrices (Hilary Jacobs) se prennent pour des stars, les élèves prétentieux se croient malins alors qu'ils ne savent distinguer le vrai du faux, tout comme les critiques ne savent distinguer le film dans le film du film sur les films…



Par bonheur, l'imagination m'a donné vie afin de régler mes comptes et ceux de mes ancêtres, abondamment évoqués dans "Cut" : Michael Myers, Jason, Freddy, et bien entendu l'effrayant guignol de Scream. Outre ma cisaille multi-usage, je sais me servir d'un hachoir, d'un fendeur de bûches automatisé, d'un tisonnier, d'une boîte d'allumettes ou même, sans le faire exprès, d'un robinet. Ah ah. Reconnaissons-le, mes victimes s'avèrent à la hauteur de mes crimes : ce sont de beaux crétins, tellement persuadés de tout savoir sur les personnages comme moi ! Seule Raffy aura le droit de me tuer, elle seule ayant eu une raison sérieuse de m'avoir rappelé à la vie. Le cœur des fans de slashers ne pourra d'ailleurs que se serrer d'émotion, ma mort étant l'une des plus pathétiques du genre. Une véritable censure…"



ACTION! "Kimble Rendall ne s'est pas pris pour Wes Craven, ni pour Carpenter ou Cunningham. "Cut" contient des scènes de suspense et d'horreur mais ne vise jamais la terreur ou la surprise pures. Il s'amuse affectueusement avec les codes du genre, sans jamais sombrer dans la parodie graveleuse et outrancière d'un "Scary Movie". S'amuser en effet ne signifie pas se moquer. Réalisation et montage s'avèrent des plus sérieux, jouant avec talent de l'ellipse, du détail et de l'ensemble. Malgré son passage par le clip et le spot publicitaire, Rendall ne se complaît nullement dans la frénésie. Certains pourront même accuser le rythme de mollesse, mais la relative lenteur du film, qui ne dure qu'une heure et vingt minutes, contribue à installer une atmosphère sombre, en décalage avec l'enthousiasme désinvolte d'une bande de jeunes tout à fait convaincante dans sa prétention et sa complicité potache. Contrairement à ce qu'on a pu entendre dire ici ou là, les crimes ne sont pas "expédiés" en quelques secondes. Première élimination : une minute vingt (avec référence à TCM74). Deuxième élimination : deux minutes quarante-trois… Lossman sera la victime la plus rapidement foudroyée, et… mais chut ! A propos, meurtres et maquillages sont de très bonne tenue. Ma tête une fois débarrassée de son masque, on pensera inévitablement à Freddy (d'ailleurs, tout comme lui, je me mettrai à parler), et ma mort, sur un montage parallèle que je vous laisse découvrir, est, je le répète, d'une rare beauté. En définitive, ce fut un plaisir de renaître, de mourir, de renaître… Si je dois pour cela endurer les insultes et les moqueries, la chanson finale du générique m'aide à croire que je resterai dans les mémoires : "Stop the paranoïa, can't stop the rock !" (Apollo Four Forty). Allez, petit coucou à la caméra." CUT!








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