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C'est avec une certaine appréhension que je m'installe pour regarder cette rencontre au sommet entre deux monstres sacrés du cinéma fantastique, attendue et redoutée à parts égales par les fans. Alors, qui va gagner ? Ben, certainement pas le public. Pour l'histoire, c'est simple. Suite à la découverte d'une pyramide d'origine inconnue dans des mines appartenant à Weyland Industries (faisant référence à la compagnie Weyland-Yutani ayant envoyé le Nostromo sur son voyage fatal dans Alien), un groupe de scientifiques est envoyé sur place pour l'explorer. Leurs maladresses vont libérer les Aliens emprisonnés par les Predators, et la guerre ancestrale sévissant entre les deux espèces va reprendre de plus belle. Les spectateurs impatients : C'est tout ? Votre dévouée : Oui, pourquoi ? Les spectateurs déçus : Parce qu'on aurait aimé prendre une bonne claque pour ce film. Votre désespérée : Regardez-le une 2ème fois. Vous prendrez la même monstrueuse claque que moi.



La mise en chantier de ce film a pris près d'une décennie, la Fox examinant pas loin de quarante scripts (envoyés par une école de maternelle ?) avant de se décider pour celui d'Anderson, un fan des deux séries. Mais quand on est fan, on rend hommage, on fait de son mieux. On ne lâche pas une boule puante gigantesque sur des millions d'autres fans.

Cette histoire est censée se dérouler entre "Alien" (1979) et "Predator" (1984), bien que ceci ne soit pas du tout évident. Par contre, les visuels le sont, et le "réalisateur" s'avoue grandement inspiré par la mythologie aztèque présente dans "Predator 2" en ce qui concernait le design du vaisseau, ainsi que le détail du crâne Alien dans la salle de trophées, suggérant des combats antérieurs. C'est bien, Paulo, mais t'aurais mieux fait d'avoir été inspiré tout court, parce que là, on dirait que t'as joué au "billard de poche" durant tout le tournage.

L'idée de départ posait la base pour un film d'action de haut niveau. Le résultat est d'une médiocrité affligeante. Alors que s'est-il passé ? Déjà, il faut attendre une heure de film avant qu'il se passe enfin quelque chose. Anderson dit avoir fait exprès de prolonger le moment de la découverte des monstres. Il est certain que parfois, il vaut mieux suggérer que montrer, mais à ce stade, le moindre suspense est si bienvenu qu'on est prêt à pardonner beaucoup de choses à ce qui précède. Malheureusement, Paulo a fait exprès de continuer.

Je n'ai rien contre les références dans les films, mais là, les oeuvres citées le sont d'une façon beaucoup trop lourde pour rester des clins d'oeil : "The Thing", "Alien", "Cube", "Batman & Robin" (moi non plus, je ne croyais pas cela possible…) et "Predator 2". Une autre chose très gênante est le côté anti-Alien de la chose qui fait de ce film une sorte de "Predator III" qui aurait pu être très bien entre les mains d'un réalisateur un peu plus actif. Je ne qualifierais pas Anderson d'incapable - ou peut-être que si, car pendant la première heure, on lutte sérieusement contre l'ennui (pendant la dernière partie aussi, d'ailleurs. Pendant tout le film, en fait). Et ce n'est certainement pas l'effet bullet-time à la con (excusez-moi), qui consiste à filmer une action rapide avec un arrêt sur l'objet tandis que la caméra le contourne, qui va relever le niveau. Pitié, il faut vraiment qu'ils arrêtent ! Quand un facehugger vous saute dessus, on n'a pas le temps d'en faire une peinture à l'huile.

Et les combats entre nos deux extraterrestres préférés, alors ? Disons qu'en gros, le chorégraphe aime beaucoup le catch. Moi pas.

Les seuls points positifs viennent des effets spéciaux et des décors qui sont vraiment beaux et très bien rendus. Alec McGillis et Tom Woodruff, Jr. sont de retour pour le design des créatures. Ils connaissent parfaitement les Aliens pour avoir travaillé sur la série, et pour les Predators, ils ont respecté le travail initial de Stan Winston autant que possible, les rendant juste un peu plus laids et monstrueux sous leur casque. Les Aliens sont d'inspiration beaucoup plus animale, rappelant ceux d'"Alien 3", vicieux, rapides, gracieux, et surtout de petite taille. La reine est magnifique de beauté bestiale et son nid est rempli d'œufs. Mais les Aliens sont superbement ignorés durant la majeure partie du film, renforçant la prétendue supériorité des Predators sur eux, les réduisant à l'état de chiens serviles qu'on nous avait déjà servi dans le pitoyable "Alien : Resurrection" (1997).

Les acteurs sont tous inconnus au bataillon, sauf Lance Henriksen dont le personnage asthmatique ou tuberculeux (soit ce n'est pas bien expliqué, soit c'est moi qui ai loupé quelque chose) n'a curieusement aucune présence, même face au niveau très moyen de ses co-acteurs. Seule Sanaa Lathan (dans le rôle d'Alexa) sort un peu du lot comme la leader du groupe, nous faisant d'office penser à Ripley. Mais ce n'est qu'une impression car elle ne possède rien du charisme de Sigourney Weaver dans son rôle de femme-soldat.

Dans le costume de Scar, le Predator que nous suivons durant le film, se trouve Ian Whyte, un ex-joueur de basket pro britannique. Le bonhomme mesure 2m13 - sur papier, le candidat idéal. Mais il n'arrive pas à la cheville de Kevin Peter Hall qui campait le personnage dans les deux films de la série, et qui lui injectait ce côté animal et dangereux qui en faisait un extraterrestre puissant et véritablement menaçant. Comme quoi, il ne suffit pas d'endosser l'habit d'un monstre pour le devenir.

Au final, ce film aurait mérité beaucoup plus qu'un scénario simpliste troué comme du gruyère suisse et des dialogues insipides au possible nous expliquant de temps en temps ce qu'on avait déjà compris. Les fans s'intéressent aussi à l'histoire de ces deux créatures et celle-ci n'ouvre la porte qu'à une nouvelle franchise de qualité inexistante, nous faisant amèrement regretter le côté "bigger, louder, better" d' "Aliens, le retour", la vision claustrophobe de Ridley Scott et le cynisme mordant de David Fincher. Alors, une question pertinente s'impose : est-on SÛR ET CERTAIN que l'excellent "Event horizon" (1997) est bien l'œuvre de ce même tâcheron ?

Je revois ma note à la baisse et j'assume entièrement mon mépris total envers Paul W.S. Anderson et cette bouse intergalactique de grand professionnalisme. Non, parce que finalement, il faut en avoir du talent pour enterrer de façon aussi magistrale deux des meilleures franchises du cinéma fantastique.








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