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Fenix est l'enfant d'une famille de forains. Son père possède un cirque où se produisent sa femme, mais aussi sa maîtresse et la fille de celle-ci, une jeune sourde muette. Pendant la journée la mère de Fenix officie comme prêtresse dans l'église du sang sacré (Santa Sangre). Elle et ses disciples vouent un culte à une jeune fille qui aurait été violée et mutilée avant d'être laissée morte, dans une mare de sang. Malheureusement, l'église doit être détruite. Et ce ne sera pas le Monseigneur de l'église, venu pour constater la présence d'un lieu de culte, qui empêchera l'édifice d'être démoli. "Sacrilège !" Mais la vie dans un cirque n'est pas aussi colorée qu'elle y paraît, et Fenix en a fait les frais : une nuit il est le témoin du meurtre de sa mère. Celle-ci, ayant surpris son mari en plein adultère, lui a aspergé l'entrejambe d'acide. Avant d'en mourir, le lanceur de couteaux a tranché les bras de sa femme pour se venger. Impuissant devant le massacre de ses parents, Fenix restera marqué à vie...



Attention, chef d'œuvre ! Le surdoué qu'est Jodorowsky ajoute une nouvelle pierre blanche à son édifice. Et son aptitude innée de touche-à-tout de génie se ressent très fortement dans le film. Les divers talents de Jodorowsky sont ici mis à profit, comme celui de marionnettiste, de dresseur, ou encore de metteur en scène de spectacle de danse…
Aussi étonnant que cela puisse paraître, n'en résulte pas un catalogue de savoir faire, mais plutôt une œuvre cinématographique, dense et touchante, profonde et d'une finesse incroyable.

De fait, la critique d'un tel film en devient très difficile tant la réussite est aussi totale que le film complexe. Complexe mais pas incompréhensible, c'est ce qui le différencie des délires picturaux de David Lynch (Lost Highway entre autre). Pourtant les deux cinéastes sont souvent comparés l'un à l'autre. Pour ma part, l'alter ego de Jodorowsky ne doit pas être cherché dans le monde du cinéma, mais dans une multitude d'arts comme la peinture ou la littérature.
Quoiqu'il en soit, le maître est unique, et c'est son vécu qui le rend si remarquable. Peu de gens ont exercé autant de professions qu'Alexandro, particulièrement dans le domaine artistique. Tour-à-tour peintre, mime, danseur, scénariste, réalisateur, dessinateur, Jodorowsky a développé une sensibilité extrême à l'Art. Et ce n'est pas le tableau dépeint par Santa Sangre qui infirmera cela.



Produit par Claudio Argento, le frère de Dario, Santa Sangre bénéficie d'un casting d'exception. Bien que la distribution ne comporte aucun acteur de renom, elle a su tirer parti d'artistes fort talentueux. C'est le cas du Fenix adulte, autant que celui du Fenix enfant, tout deux joués par les fils du réalisateur. Mais les autres protagonistes ne font nullement pâle figure à leurs côtés, loin s'en faut. Chaque personnage dispose d'un immense charisme, et son vécu transparaît à l'écran.
Toutefois, sans écraser le reste de la distribution, Axel Jodorowsky (Fenix adulte) surpasse de loin toutes les performances d'acteurs vues jusqu'ici. Le jeune homme est d'une finesse étonnante dans ses gestes et le numéro de marionnettiste qui lui incombe est surréaliste. Axel transcende son rôle et projette dans son jeu des performances artistiques peu courantes chez les interprètes. Il ne serait d'ailleurs nullement étonnant que le jeune homme ait été danseur, tant ses déplacement sont gracieux.

Ainsi le film est porté par une distribution de talent. Mais Jodorowsky, tout en la mettant en valeur, ne limite pas son film à des performances d'acteurs.
Le réalisateur déchire l'écran avec un univers visuel incroyable. Les couleurs sont utilisées pertinemment, et servent l'aspect hautement pictural du film. Nombres de plans en deviennent surréalistes, sans forcément sombrer dans des contrastes apportés par des couleurs trop vives. Et cela ne s'applique pas qu'aux décors, les costumes somptueux des personnages semblent eux aussi pourvu d'une vie propre.
C'est le côté Jodorowsky artiste peintre, qui est ici mis à contribution. Impossible de résister, et les pupilles sont dilatées de la première à la dernière seconde du film. L'aspect visuel est magnifique, et pourtant son film ressemble à une foire aux monstres. Un tel contraste, d'une beauté imparable, ne peut que s'incruster dans l'esprit.
Que dire aussi des mouvements que le réalisateur imprime à sa caméra. D'une précision chirurgicale et pourtant si nuancés… si humains !



Alexandro est aussi musicien. Ce qui lui permet d'attribuer au film une bande originale d'exception. Sans sombrer dans la surenchère (ce qui aurait été facile, le staff en charge du son sur le film est composé de plus de 10 membres !) la musique est variée et pertinente.
La musique rythmée des Mariachi s'intègre parfaitement aux séquences d'actions et s'impose comme le thème principal du film. Quant à l'orgue de barbarie il confère au film une ambiance mélancolique et déprimée. Ses notes dégoulinent à l'écran, marquant l'image du sceau de la tristesse.

Un véritable défi que Jodorowsky remporte haut la main.

Et ensuite ? Le film ?
Tout comme ses composantes artistiques, le métrage est profondément humain, tout en jetant un voile trouble sur la réalité. Rapidement le spectateur est projeté en plein délire, hypnotisé par ce qui lui est donné à voir. La frontière entre le tangible et la fiction se fait plus ténue.
C'est un fait, la structure de Santa Sangre est construite pour dérouter, donner des vertiges de sensations. Mais elle n'est pas illisible, bien au contraire. Le film est monté de façon à faciliter l'identification au personnage principal. Fenix doute ? Le spectateur doit douter ! Fenix rêve ? Le spectateur doit rêver !



Mais pour tenter de comprendre ce qu'est exactement Santa Sangre, qui d'autre mieux que Alexendro Jodorowsky lui-même, peut nous aiguiller ?
"Santa Sangre est de l'art animal, je l'ai fait avec mes couilles – pas ma tête… J'allais sur la soixantaine lorsque je l'ai monté ! Je ne veux pas de gloire ou d'argent du film, j'y ai renoncé il y a longtemps déjà. Ce que je voulais était un chef d'œuvre intime pour mon plaisir personnel. Mais l'art doit être public, sinon ce n'est pas de l'art du tout, et la loi dicte que l'art doit parler à tout ceux qui on choisi de regarder.
Et si vous choisissez de regarder attentivement Santa Sangre vous vous verrez, reflété dans mes larmes."

Il serrait donc vain de tenter de classer Santa Sangre. Ce qui le qualifie le mieux est, comme le dit Jodorowsky, "chef d'œuvre intime !"
Une peinture de presque deux heures, bénéficiant d'un tel traitement, le temps risque d'être long avant d'en voir une seconde. Particulièrement une qui sait aussi bien prendre le spectateur dans ses bras pour le bercer...








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