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L'esprit nourri de Bible et de droit américain, le corps sculpté par la musculation, la peau tatouée de messages religieux et de symboles judiciaires, Max Cady sort de quatorze années de prison pour viol sur mineure. Sa cible immédiate : la famille Bowden, dans le New Essex. Une bien belle famille : une jeune fille un peu godiche et en pleine puberté, une mère dépressive, dessinatrice ratée, et un père avocat au barreau du New Essex, qui trompe accessoirement sa femme avec une secrétaire de justice… Cet avocat, Sam, a eu le malheur d'être celui de Max Cady quatorze ans plus tôt, et a commis une faute impardonnable: celle de ne pas avoir respecté la constitution en ne donnant pas à Max la chance d'un procès équitable, cachant des pièces du dossier qui auraient pu diminuer la longueur de son emprisonnement. Max Cady se rappelle donc à son bon souvenir par approches successives et d'abord insidieuses, lui annonçant qu'il est venu pour "son salut", rien de moins. Puis il passe à la vitesse supérieure en empoisonnant le chien de la famille et en violant brutalement la maîtresse de Bowden... Mais ce n'est qu'un début.



Celui qui truque la loi des hommes devra en découdre avec la justice divine. Telle est la nouvelle que Max Cady apporte à Sam Bowden, avec une violence et une détermination inouïe, rappelant avec rage que le message biblique n'amène pas la paix, mais bel et bien le glaive : celui du jugement dernier. Comme à son habitude, Scorsese nous invite à observer comment un individu peut parvenir à une forme de salut et de rédemption tout au long d'un chemin de croix semé de sang et de remises en question brutales. Et c'est ici avec une efficacité particulièrement percutante qu'il s'attelle au remake du film de Jack Lee Thompson (1962), occasion pour lui de réaliser un thriller paroxystique (non dénué d'humour toutefois, les acteurs du film original apparaissant de façon ironique : Robert Mitchum, qui incarnait Max Cady, est ici le shériff qui conseille à Sam Bowden d'en découdre par des moyens illégaux. Grégory Peck, qui incarnait Sam Bowden, joue dans le film de Scorsese l'avocat théâtral et pompeux de Max Cady!...)
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Cheveux mi-longs lissés en arrière, casquette blanche, chemise hawaïenne et gros cigare, Max Cady va au fur et à mesure se dénuder de sa fausse et inquiétante bonhomie pour apparaître comme ce qu'il est convaincu d'être, le bras armé de Dieu ("The Lord Is The Avenger" est l'un de ses nombreux tatouage). Harcelant les Bowden tout en sachant parfaitement éviter les pièges de la loi, il va les forcer à s'enfermer dans un cercle de plus en plus infernal et étroit. Au début du film, les Bowden sortent en effet au cinéma, mais rapidement ils s'enferment chez eux comme dans une forteresse, avant de finir dans un bateau qui sera pris en spirale dans les tourbillons d'une rivière en crue. Cet enfermement va pousser chacun des membres à révéler leurs quatre vérités, les rendant d'autant plus vulnérables, mais accomplissant également malgré eux ce que veut Max Cady : aveux, purification (l'orage final est un grand nettoyage) et dépassement de soi.



Jamais on aura vu De Niro dans un tel déchaînement paradoxal de bestialité et de spiritualité confondues. A la fois victime et bourreau, démon et ange martyre, tout en muscles et en psaumes, ignoré, menacé, battu, ébouillanté, brûlé et finalement noyé après avoir soumis ses victimes à une violence des plus implacables.



La réalisation de Martin Scorsese (et la musique impressionnante de Bernstein, qui vient malheureusement de mourir le 19 août 2004) épouse son propos avec une vigueur monumentale : gros plans inquisiteurs, travellings menaçants, ellipses paniquantes, couleurs vives, le tout pour aboutir avec maestria à la scène finale apocalyptique, aqueuse et sombre. Il s'agit d'illustrer avec les plus gros effets la parabole hystérique de Max Cady, de lui restituer toute sa dimension terrible et grandiloquente. Les génériques de début et de fin nous montrent d'ailleurs que l'histoire nous est contée à travers le regard de la jeune Danielle Bowden, laquelle parle de réminiscences (celles de nos fautes) et d'oubli nécessaire pour vivre. Quoi de plus naturel à ce que les yeux d'une adolescente aient donné une version exacerbée de ce qu'elle a vécu ? Les yeux heureux et solarisés de Danielle Bowden, ayant franchi le cap de l'angoisse.








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