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Désespéré par toute cette violence quotidienne qui sévit dans les rues des grandes villes américaines, l'inspecteur Somerset se voit confier une nouvelle enquête à quelques jours seulement de la retraite. Pour couronner le tout, cet homme raisonné et très sérieux va faire équipe avec une nouvelle recrue du commissariat, un jeune inspecteur du nom de Mills qui s'avère être quelqu'un d'assez impatient, bavard et moqueur, une personnalité en parfaite opposition avec celle de l'inspecteur Somerset. A eux d'eux, ils vont devoir résoudre une enquête mystérieuse et morbide. Une première victime est retrouvée chez elle, ligotée pieds et mains, la tête dans son assiette de spaghettis. Sur le mur est écrit avec de la graisse "Gourmandise". D'après le médecin légiste, on l'aurait forcé à avaler une quantité importante de nourriture avant de lui exploser l'estomac! Une deuxième victime, le plus grand avocat de la ville, est ensuite retrouvée, saignée à mort, dans son cabinet. Sur le sol est écrit avec son sang "avarice"… Plus aucun doute pour l'inspecteur Somerset : un psychopathe exécute atrocement des gens en se servant pour motifs des 7 péchés capitaux! A ce jour, deux cadavres ont été retrouvés, il en reste donc cinq, le compte à rebours est lancé pour notre duo de policiers!



Produit en 1995, "seven" fait sans nul doute partie des meilleurs thrillers horrifiques de la fin du siècle passé, au même titre que "le silence des agneaux" de Jonathan Demme (1990) ou encore "les rivières pourpres" de Mathieu Kassovitz (2000). Réalisé par David Fincher (à qui l'on doit déjà à ce moment un "alien 3" très convenable malgré son infériorité face aux deux premiers épisodes de la saga mythique…), "seven" a fait un véritable carton au box-office, engrangeant plus de 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis et 316 millions de dollars à l'échelle mondiale alors que le film avait coûté la bagatelle somme de 30 millions de dollars! Une œuvre très importante pour la carrière de David Fincher qui a pu avoir le contrôle total de son film, le réalisateur ayant gardé un souvenir plutôt amer de sa réalisation de "alien 3" où il devait constamment se soumettre à la volonté des producteurs et de la firme Twentieth Century Fox, ne pouvant alors aller au bout de ses idées…

L'une des grandes forces du film est bien entendue son scénario. Ecrite par Andrew Kevin Walker ("8mm", "sleepy hollow, la légende du cavalier sans tête"…), l'histoire nous plonge dans un monde sombre, limite lugubre, où folie et atrocité semblent être rois. Des cadavres marqués par la souffrance, en passant par des détails atroces de médecins légistes, des lieux rongés par le temps ou encore des ruelles peu éclairées où la pluie ne cesse de tomber, "seven" nous peint un monde cauchemardesque et nous entraîne sans relâche dans les pensées obscures d'un serial killer prêt à tout pour accomplir son œuvre. Une ambiance glauque omniprésente où seules les séquences chez l'agent Mills et au commissariat nous permettent de ne pas sombrer dans cette atmosphère suffocante imaginée par Andrew Kevin Walker. Notons par ailleurs que le studio New Line hésita un moment s'il fallait garder ou non cette ambiance qu'il jugeait alors trop macabre. Mais David Fincher, qui comptait garder le contrôle de son film (contrairement à ce qui lui était arrivé pour "alien 3"), et Brad Pitt, qui menaçait de se retirer du casting si l'on changeait la moindre chose au scénario, firent basculer la balance en leur faveur et le script resta le même que celui de départ.



L'intrigue est par ailleurs bien ficelée, de bonnes surprises et péripéties étant au rendez-vous même si le film s'avère en grande partie assez prévisible… On prend grand plaisir à suivre cette enquête qui ne manque pas de piquant (meurtres atroces, musique macabre, décors lugubres, quelques scènes d'action, fausses pistes…) et se termine par un final terriblement bien pensé par le scénariste. D'ailleurs, afin de ne pas donner d'indices au spectateur sur l'identité de la personne qui interprète le rôle du tueur et ainsi garder un peu de suspense pour le twist final, son nom a été exclu du générique de début et n'apparaît donc que dans les crédits de fin.
Notons par ailleurs la qualité des dialogues qui font preuves d'un fort intellect de la part de notre scénariste, un brin philosophe et psychologue. En effet, beaucoup de citations de livres anciens et de réflexions intéressantes émanent des conversations entre les personnages. En voici deux parmi tant d'autres qui m'ont interpellées pendant le film : "on recommande aux femmes si jamais elles se font agresser de ne jamais appeler au secours, il faut crier au feu : si vous criez au secours, personne ne vient, si vous criez au feu, ils arrivent", "souvent les indices les plus intéressants ne conduisent qu'à d'autres indices, il y a tant de corps qui défilent à la morgue sans être vengés".

Parlons à présent du casting choisi pour le film. Ici encore, on reste admiratif envers les choix du réalisateur qui veut à tout prix faire de "seven" un film culte dans sa catégorie. En effet, les deux acteurs principaux forment un duo de choc étant donné qu'il s'agit du très expérimenté Morgan Freeman ("miss daisy et son chauffeur", "robin des bois, prince des voleurs", "le collectionneur", "le masque de l'araignée", "amistad", "danny the dog", "million dollar baby"…) et de l'une des plus belles gueules du cinéma contemporain, Brad Pitt ("thelma et louise", "entretien avec un vampire", "l'armée des douze singes", "sept ans au tibet" ou encore "fight club", "ocean's eleven" et "troie"…). Le premier joue le rôle de l'inspecteur Somerset, flic blasé par toute cette violence incompréhensible qui se dégage d'individus malsains, prêts à tout pour quelques dollars ou un quelconque article dans le journal. 34 ans de métier et proche de la retraite (petit clin d'œil à Danny Glover dans "l'arme fatale"), ce professionnel sérieux et très cultivé va, malgré lui, devoir s'occuper de l'affaire des 7 péchés capitaux, une enquête qui promet d'être longue, très longue… A ses côtés, l'inspecteur Mills (joué par Brad Pitt), tout juste muté dans son secteur, est son parfait opposé : une personne sans-gène, impatiente, prétentieuse et trop sûre d'elle, ce qui ne manque pas d'agacer son collègue. Ce n'est que grâce à Tracy, la femme de Mills, interprétée par la séduisante Gwyneth Paltrow ("hook", "shakespeare in love", "le talentueux monsieur ripley", "l'amour extra large"…), que les deux compères vont se lier d'amitié et se concentrer tous les deux sur cette enquête ô combien laborieuse… Un casting donc très hollywoodien mais qui génère un véritable potentiel! Nul doute qu'il s'agit là d'un gros plus pour le film de Fincher.



Passons à présent à l'aspect visuel de "seven". Comme nous l'avons cité au cours de la critique, tout est mis en place pour nous donner une impression de vétusté, de saleté. Tout au long du film, on suit nos deux inspecteurs dans des appartements délabrés, poussiéreux et sales. Une ambiance glauque qui est sans aucun doute censée nous faire penser aux confins des ténèbres, où seuls les esprits malsains et dépourvus de raison saine peuvent venir se réfugier. L'appartement de la première victime témoigne de cet univers apocalyptique : c'est sombre, crasseux, rongé par les cafards et autres insectes rampants… On retrouvera d'ailleurs ce type de décor dans le studio du tueur où sont entreposés des organes dans du formol, des livres traduisant des pensées étranges, le tout plongé dans une obscurité démoniaque…
Outre le traitement porté à l'aspect des intérieurs, d'autres éléments renforcent ce climat angoissant et triste à la fois : c'est le cas notamment de cette pluie qui ne semble jamais vouloir s'arrêter, comme si les ténèbres s'accaparaient du monde des vivants. L'équipe chargée de la photographie, dirigée par Darius Khondji, a également fait du bon travail pour agrémenter cette atmosphère inquiétante et maussade. Rares sont les couleurs vives dans "seven", le film étant teinté d'une noirceur à toute épreuve : noir, jaune, blanc, brun et gris semblent être les couleurs de base dans la confection de l'image. Ainsi, Khondji a pu jouer avec les ombres mais aussi avec les lumières en nous montrant des choses tantôt sales (des cafards sur le sol, des vieilles coupures de journaux…) tantôt atroces (la victime encore consciente…) à l'aide des faisceaux lumineux que génèrent les lampes torches des policiers (une ambiance similaire au jeu vidéo "alone in the dark" pour ceux qui connaissent…).
Toujours dans le visuel, remarquons l'excellent travail de l'équipe des maquillages. Jamais je n'avais vu de cadavres aussi réalistes dans un thriller noir, comme en témoigne la personne obèse, première victime du psychopathe, couverte d'hématomes et de meurtrissures, sans parler de la taille de son estomac dont nous fait part le médecin légiste après son autopsie. Par ailleurs, pour la scène de la victime encore vivante (certainement la scène la plus marquante du film), on n'hésite pas à prendre une véritable personne, très maigre, et à la maquiller afin de rendre cette séquence le plus crédible possible.



Finissons, comme dans mon habitude, avec une étude détaillée de la bande originale du film. D'une logique à toute épreuve, la musique complète admirablement le travail fait par l'ensemble de l'équipe du film, à savoir constituer ce climat froid. Ainsi, le générique de début défile sur un semblant d'électro accompagné de percussions lourdes. Puis vient cette musique ténébreuse, violons obligent, lors de la visite de l'appartement de la première victime, histoire de ne pas perdre une miette de l'ambiance percutante de cette séquence. On remarque assez aisément que tous les passages glauques du film se font sous une musique dont la composante principale est le violon, instrument très utilisé dans les bandes originales afin de transcrire des sentiments d'insécurité mais également des climats mystérieux ou paranormaux… On notera surtout la sublime musique de Jean Sébastien Bach, intitulée "suite n°3", durant le passage de la bibliothèque, ainsi que deux-trois morceaux de jazz utilisés quand Morgan Freeman est seul ou avec Tracy, le jazz étant une musique où beaucoup de gens de couleurs noire excellent et qui était souvent utilisée dans des anciens films du cinéma noir. Enfin, les quelques scènes d'action du film (course poursuite…) sont accompagnées de musique rythmée par des cuivres essentiellement, avec des instruments à percussions en fond., comme il se doit. Une bande originale qui maintient donc à merveille l'ambiance du long-métrage de Fincher.

Au final, "seven" est une petite perle du cinéma américain des années 90, un film à voir absolument pour son climat si exceptionnel et son scénario endiablé qui en fera palpiter plus d'un. On ne peut en tout cas lui reprocher grand chose, mis à part peut-être le fait qu'il soit parfois un peu prévisible… Quoiqu'il en soit, il s'agit bel et bien d'un chef d'œuvre qui gardera encore pendant longtemps je pense sa place sur le podium des meilleurs thrillers horrifiques.