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Un avion de l'armée américaine transportant une bactérie mortelle s'écrase près d'Evans City. La bactérie s'introduit dans la nappe phréatique et contamine l'eau potable, transformant les habitants en tueurs fous. Lorsque l'armée s'impose en force pour tenter de contenir la catastrophe, elle se heurte à une population hostile et confuse...



Pour ce film, Romero s'inspire encore une fois du thème de la zombification. Les gens d'Evans City ne meurent pas, mais deviennent des monstres humains, tuant sans discrimination. Il n'y a aucun remède à la contamination. Dès qu'ils en sont touchés, ils sont condamnés à mourir. L'intervention de l'armée se limite à placer la population saine en quarantaine manu militari, et à tuer sans sommation tous les habitants devenus fous. Cet aspect anti-militariste du film est renforcé, voire même ridiculisé, par le thème musical, largement composé de tambours et autres marches militaires. Et encore une fois, Romero intègre un discours social et politique dans un de ses films, mettant ici en avant une Amérique ayant perdu confiance en son armée (le film est sorti peu de temps après la guerre du Vietnam), et mise à mal par le scandale Watergate et l'assassinat des Kennedys.

On ne peut ignorer le fait que le militaire le plus gradé, le colonel Peckem, soit un noir (Romero avait déjà inclus un noir, Duane Jones, dans La Nuit des Morts-Vivants, bien qu'il ait affirmé que cela n'avait pas été réfléchi, comme choix…). L'Amérique a toujours souffert d'une discrimination raciale très forte, représenté par tout le mépris et même le dégoût pour ce colonel dans le regard du shérif de la ville, lorsqu'il lui est présenté.



Bien que The Crazies précède Zombie de 5 ans (et Le Jour des Morts-Vivants de 12), l'ombre de la trilogie plane en permanence sur ce métrage. On a l'impression que c'est une sorte de lien entre ces trois film, tant la trame et la présentation sont identiques. On se demande qui sont les vrais monstres du film. La population a été contaminée par un agent invisible et ne fait qu'obéir à ses instincts. Les militaires sont entièrement conscients de la situation, ce qui ne les empêche pas de piller les gens qu'ils viennent chercher pour mettre en quarantaine, ou de partir en chasse contre "les fous" (scènes qui reviennent sans cesse dans la fameuse trilogie). Les habitants sains d'esprit finissent par eux aussi s'attaquer aux militaires. Ce film démontre de façon évidente, que l'individu n'existe pas dans l'univers de Romero. Comme dans sa trilogie de zombies, personne n'est seul, tout le monde fait partie d'un groupe mû par une seule volonté, que ce soit survivre, piller, tuer… Comme une sorte de conscience collective qui déresponsabiliserait en même temps. Et lorsqu'on est seul, on perd forcément toute capacité de résistance ou de libre choix.



A un moment donné, le film semble se transformer en survival lorsque nos cinq "héros" tentent de s'échapper et résister aux soldats. Mais l'on comprend vite qu'ils ne feront jamais le poids contre les militaires, qui représentent en quelque sorte l'ennemi invisible qu'est la bactérie, de par leurs combinaisons blanches et les masques à gaz les rendant méconnaissables, un ennemi prêt à tuer à vue. Et comme à son habitude, Romero ne semble pas faire grand cas de ses héros. Il nous les présente, nous fait entrer dans leur vie du moment, et les élimine ensuite, comme pour mieux nous faire ressentir leur désespoir ou leur futilité face à la menace invisible ou armée jusqu'aux dents.



The Crazies est un film d'une force incroyable, pessimiste et grinçant, sans aucune once d'humour, peuplé d'images étranges et surréalistes sur lesquelles Romero ne s'attarde pas, comme pour mieux renforcer le réalisme qui les entoure et ne pas dévaloriser ses propos. Une œuvre intensément personnelle, qui confirme l'intérêt de Romero pour autre chose que la couleur rouge…

Le film fut baptisé La Nuit des Fous-Vivants en France pour tenter de capitaliser sur le succès de La Nuit des Morts-Vivants… Il existe également sous le titre peut-être encore plus ridicule de Cosmos 859.

Les nombreux figurants du film sont tous des habitants de la vraie Evans City, qui se trouve en Pennsylvanie et où fut tourné l'intégralité du métrage.

Ce film marque le premier tournage "professionnel" de Romero, avec une équipe technique plus conséquente, et en 35 mm. Le budget minuscule ne permit pas d'effets de style comme des travellings ou le recours à une grue.

The Crazies est basé sur une histoire de Paul McCullough intitulée "The Mad People", décrivant le comportement de populations touchées par une pollution chimique, aggravé par l'intervention incontrôlée de l'armée.