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Le module de survie du Sulaco (Aliens Le Retour) s'écrase sur la planète Fiorina "Fury" 161 et Ripley en est la seule rescapée. La planète une colonie minière ainsi qu'une prison pour criminels dangereux. Un alien a fait le voyage également, et s'attaque rapidement aux détenus, désarçonnés devant cet intrus d'une efficacité redoutable et mortelle. Malgré la réticence des prisonniers face à Ripley, ils tenteront de combattre la créature à ses côtés, allant jusqu'au sacrifice auquel elle devra faire face aussi...



*ATTENTION, NOMBREUX SPOILERS*

En 1992, j'étais allée voir ce film en avant-première, et je suis retournée dès le lendemain, ainsi qu'une troisième fois avant qu'il ne disparaisse de l'affiche, tant j'avais été impressionnée par ce que j'avais vu. Je ne cessais de clamer partout que ce film était grandiose, que Fincher était un génie, mais personne ne voulait m'écouter. Et puis, il y a quelques semaines, j'ai découvert cette édition spéciale dans le coffret Quadrilogy sorti à Noël 2003, et j'en ai presque pleuré de gratitude ! C'est simple, on a l'impression de regarder un autre film. Ici, le peu d'histoire prend finalement un sens, les prisonniers ont tous un nom qu'on arrive à mettre sur leurs visages, quelques meurtres sanglants de plus sont également inclus, ainsi qu'une longue séquence qui relance carrément l'histoire et éclaircit les propos et les actes d'un personnage s'avérant clé.

La même pensée revient sans cesse durant le film : "Mais QUI a donc cru qu'en charcutant cette copie rendue par Fincher, quelque chose de meilleur en résulterait ?" Quelque chose de plus commercial, oui, c'est certain. Mais cette vision initiale du projet par son réalisateur pourtant novice en cinéma, nous confirme en le soulignant d'un trait épais, que le jeune homme savait exactement ce qu'il faisait.

Déjà, le film ne débute pas de la même façon que la version cinéma. Là, on avait droit à une copie presque conforme du début d'Aliens Le Retour, où l'équipe de sauvetage descelle le sas d'ouverture du module de survie. Ici, on nous présente quelques vues panoramiques d'une planète grise et hostile, sale et moche. Des images à effet négatif, mais rendues fraîches parce qu'on n'est pas immédiatement plongé dans le déjà-vu et le préjugé direct ("Ah non, pas encore la même histoire…"). On voit le docteur Clemens se promener (superbe Charles Dance), et c'est donc lui qui découvre le corps inerte de Ripley échoué sur le rivage, avec au fond, le module de survie crashé dans la mer. Ensuite, on assiste au remorquage par des bœufs du vaisseau éclaté. Ces animaux ont été entièrement coupés au montage, alors qu'ils font partie intégrante de ce monde primitif, ajoutant une dimension de plus à cet endroit désuet où tout est construit en bois. C'est d'ailleurs dans un bœuf que naît le premier alien, une créature déjà formée et qui court cette fois à quatre pattes. Fincher avait voulu en faire quelque chose de différent, chose pour laquelle il avait été lapidé par les critiques ("si ce n'est pas cassé, pourquoi le réparer", etc). Et différente, elle l'est, la nouvelle créature. Cette fois, elle déchiquette ses victimes au lieu de juste les tuer. Fine et légère, elle court sur les murs et les plafonds tête en bas, comme un véritable insecte.

Le statu quo des détenus est interrompu par l'arrivée de Ripley, seule femme dans ce monde d'hommes, de plus violeurs et tueurs de la pire espèce. Elle en sera presque pour ses frais lors d'une scène d'agression censée se terminer par un viol, mais sera sauvée in extremis par Dillon (incarné par un génial Charles Dutton), le chef spirituel de ces prisonniers devenus croyants, comme si c'était le dernier espoir qui s'était offert à eux.

Les prisonniers se préparent à explorer les tunnels lorsqu'un groupe de trois se fait attaquer par la créature désormais adulte. Un seul survit, le prisonnier Golic, soupçonné d'avoir tué ses camarades et désormais obsédé par ce qu'il appelle "le dragon". Ripley a eu la confirmation par ce qui restait de Bishop qu'un alien était bien à bord du module de survie, et ensuite, c'est au tour du docteur Clemens d'être tué. A ce propos, c'est la première fois dans la série que Ripley a une aventure avec un homme, mais elle semble condamnée à perdre tous ceux qu'elle aime (son propre enfant, Newt, le Caporal Hicks et maintenant, son nouvel amant). Dans la séquence coupée qui relance l'histoire au lieu de la rendre difficilement compréhensible dans la version cinéma, les prisonniers se mettent à la recherche des deux corps disparus. Suite à une explosion non prévue et quelques attaques de plus, ils arrivent à enfermer l'alien dans un entrepôt de déchets toxiques vide. Mais la créature est libérée par Golic, au prix de sa propre vie. L'explication pour son obsession est assez subtile, et claire seulement si on lit entre les lignes. Elle trouve son origine dans quelques dialogues échangés à la cantine, séquence absente de la version cinéma. Mais c'est justement ce genre de choses qui donne encore une dimension de plus à ce film, et contredit les détracteurs de Fincher qui ne voyaient en lui qu'un producteur d'images de pub et de vidéos musicales, incapable de diriger des acteurs en chair et en os.

Lorsque Ripley découvre qu'elle porte un embryon de reine, elle perd en quelque sorte son statut de femme, voire son statut d'être humain, puisqu'elle est désormais réduite à une simple enveloppe corporelle où se développe le pire des monstres. On peut faire un parallèle évident avec un viol qui la laisserait enceinte de quelque chose d'inhumain qui la condamne d'emblée à mourir. Elle dégringole jusqu'au fond, elle n'existe désormais plus. Paradoxalement, cela la rend encore plus forte et déterminée à en finir une bonne fois pour toutes avec cette créature que la Compagnie est toujours aussi avide d'acquérir à n'importe quel prix.

La poursuite hallucinante dans les tunnels qui compose la fin du film n'est pas toujours évidente à suivre. On est surtout content que les prisonniers connaissent l'endroit assez bien pour s'y retrouver. Sont présents dans cette version quelques meurtres supplémentaires par l'alien, dont un particulièrement beau dans toute son horreur. La fin en soi n'est pas sans rappeler celle de Terminator 2 où le protagoniste se laisse mourir dans une cuve de plomb fondu, un film sorti à peu près au même moment. Mais la comparaison s'arrête là, et on pourra spéculer longtemps sur qui se serait inspiré de qui… A noter aussi qu'est absente de cette version les images du chestburster sortant de la poitrine de Ripley, tournées et rajoutées sur ordre expresse du studio, sans doute parce que celui-ci devait se dire que le spectateur lambda avait déjà oublié la raison de ce choix radical de Ripley… Et vous l'aurez compris, ce n'est pas l'unique erreur de la production qui devait être complètement dépassée par cette vision pessimiste et cynique, où l'espoir n'est plus permis face à la corruption inévitable des corporations qui contrôleront un jour jusqu'à l'univers entier.

Malgré toutes ces bonnes choses, il faut bien admettre qu'il y en a aussi quelques moins bonnes. Etant donné que le scénario s'écrivait au jour le jour sur le plateau, les faiblesses sont surtout apparentes dans les dialogues, répétitifs à intervalles brefs et parfois même d'un ridicule achevé. Il y a aussi beaucoup trop de "flous artistiques", qui avaient fait dire à un critique américain que le film semblait avoir été tourné à travers de la soupe de queue de bœuf ! Effectivement, un bon nombre d'images manquent de clarté, chose que l'on regrette bien sûr. Enfin, et malgré les effets spéciaux assistés par ordinateur en pleine évolution à l'époque, les différences de taille entre la créature en CGI et l'homme en costume sont si flagrants qu'on dirait que ce n'est pas le même animal. Ceci dit, il faut quand même saluer le perfectionnisme légendaire de Fincher, qui s'est investi personnellement pour que l'alien en CGI soit aussi regardable que possible. Il y a même fort à parier que si on lui en laissait l'occasion, il referait tout de A-Z pour enfin pouvoir en être fier.

Dans sa précédente critique, mon camarade Christophe avait mis une note de 5,5/6. En comparaison, la version ciné mériterait plutôt un 3. Et étant donné que pour moi, rien n'est parfait et que ce film comporte malgré tout des faiblesses, je revois la note légèrement à la baisse. A mon grand regret.

"This is Ripley, last surviving member of the Nostromo.
Signing off…"

Avant même la sortie de son film aux Etats-Unis, Fincher avait quitté le pays pour éviter de faire face à ce qu'il savait devoir être des critiques unanimement mauvaises de son film complètement remanié par le studio. Il n'est d'ailleurs retourné vers le cinéma que lorsqu'on lui a proposé le scénario de Seven, deux ans plus tard.

Sur le tournage, Fincher avait demandé aux concepteurs de la créature, Gillis et Woodruff Jr., de lui fabriquer un costume d'alien, afin qu'il puisse en avoir les sensations complètes pour mieux diriger l'acteur (Woodruff lui-même).

La colonie minière/prison avait été prévue au départ pour être un refuge de moines. Fincher a conservé l'aspect religieux qu'il trouvait très intéressant comme contraste à cette planète désolée se trouvant au fin fond de l'univers.

Retrouvez la critique de la B.O du film:
http://www.horreur.com/critique-musique-32-alien-3.html