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Irak du nord : Un chantier de fouilles archéologiques, dirigé par le père Merrin, met à jour une petite grotte dans laquelle on retrouve une statuette à la connotation diabolique évidente. Des événements étranges se produisent peu après cette découverte. Le père Merrin se rend dans le désert pour se dresser face à la statue du démon Pazuzu… Georgetown, USA : La jeune Regan est élevée par sa mère, la comédienne Chris McNeil. Un prêtre, Damien Karras, revient voir sa mère, fort malade. Karras a des doutes sur sa foi en Dieu et se remet sans cesse en question. Dans la maison de Regan, des bruits étranges se font entendre dans le grenier. Peu de temps après, le comportement de Regan change jour après jour, son lit est pris de violents spasmes, le froid envahi la chambre de l'adolescente. Sa mère l'emmène faire des examens médicaux mais les médecins ne découvrent rien. Regan change physiquement, son visage semble dépérir, elle profère des injures et fait des gestes obscènes, sous les yeux impuissants de sa mère. Des psychiatres viennent la voir à son domicile et Regan semble possédée par quelque chose, à l'intérieur même de son corps. Les médecins parlent alors à Chris de la possibilité d'engager un exorciste. Celle-ci demande conseil au père Karras…



15 janvier 1949. Dans le Maryland. Dans la maison d'un jeune garçon de 14 ans, des bruits étranges se font entendre. Son père, ne découvrant rien, conclut à la présence de rats. Ces bruits surviennent après la mort de la tante du jeune homme, ancienne médium, et qui avait initié son neveu à la pratique du "Ouija". Les événements inexpliqués ne cessent de s'intensifier dans la demeure, le lit du garçon bouge tout seul et les bruits se font de plus en plus présents. Un prêtre vient pratiquer un exorcisme simple mais cela n'a aucun résultat. Des mots apparaissent sur le corps du garçon. La famille, sur les conseils de leurs proches, décide de demander de l'aide aux autorités religieuses. Deux jésuites, Frère Raymond Bishop et Frère William Bowdern concluent que le garçon est possédé. Des séances révèlent la présence de l'esprit de la défunte tante. Les deux frères organisent un exorcisme, le 16 mars, pendant lequel le comportement du garçon change : il crache, urine dans son lit, se masturbe, injurie les personnes présentes. Les mots "Hell" et "Go" apparaissent sur son corps. L'exorcisme ne donne encore aucun résultat. Les prêtres intensifient alors leur travail, et plusieurs exorcismes intenses sont pratiqués. Ce n'est que le 18 avril 1949 que la possession du jeune garçon a cessé, après que celui-ci fût apparemment touché par un Saint et aurait crié au démon de quitter son corps. Aujourd'hui le garçon a bien grandi et il est devenu pilote d'avion. De nombreux médecins ont émis des hypothèses sur ce qui lui était arrivé mais aucun ne peut réellement affirmer qu'il n'était pas possédé. L'auteur Thomas Allen a écrit un livre relatant toute l'affaire, intitulé "le possédé" en 1993, basé sur les journaux que tenaient les deux prêtres. C'est l'ouvrage de référence sur ce cas.

Un jeune étudiant de l'Université, s'appelant William Peter Blatty, découvre un article dans le Washington Report relatant cette histoire de possession. Ce cas le marquera à vie. Il écrit un article dessus et plusieurs années après, il décide d'écrire un roman basé sur ces incroyables événements. Son livre sortira en 1971. Il s'intitule "L'exorciste". C'est un énorme best-seller, se vendant à plus de 13 millions d'exemplaires rien qu'aux Etats-Unis. Pour Blatty, le cas survenu au jeune garçon en 49 est un authentique cas de possession. Mais pour ne pas se rapprocher trop de la véritable histoire, il décide de transformer le garçon en une adolescente, Regan. Le succès du roman donne bien sûr l'idée aux studios de cinéma d'en faire une adaptation pour le grand écran. C'est Blatty lui-même qui écrira le scénario en 1973. La Warner a toute une liste de réalisateurs potentiels : Stanley Kubrick, Arthur Peen, Mike Nichols, John Cassavettes. Ce sera finalement William Friedkin qui sera choisi, l'incroyable succès de son "French Connection" n'y étant pas étranger. Des tensions naissent entre Friedkin et Blatty. Le réalisateur ne veut pas du premier scénario écrit par Blatty et décide de sucrer plusieurs scènes. Ce dernier lui en tiendra rigueur de nombreuses années, pour au final réussir à tomber d'accord en 2001, année du nouveau montage du film, réintégrant les séquences coupées, dont la fameuse scène du "spider walk". Il n'empêche qu'en 73, Blatty décrochera l'Oscar du meilleur scénario pour son adaptation. Le film, première pour une œuvre d'horreur, sera nominé dix fois, même dans la catégorie du meilleur film, et repartira aussi avec l'Oscar du meilleur son. Succès également aux Golden Globes puisque "l'exorciste" remportera les Golden Globes de la meilleure actrice, meilleur drame, meilleur réalisateur, meilleur second rôle féminin. Et deviendra l'un des films les plus terrifiants jamais réalisés !



Car effectivement, ce film aura eu un impact dévastateur sur le public à l'époque de sa sortie. Il sort le lendemain de Noël et fera l'effet d'une bombe. Des spectateurs s'évanouissent, d'autres vomissent. On raconte même le cas d'un spectateur qui se serait jeté sur l'écran pour tenter d'attraper le démon. Les institutions chrétiennes en rajoutent une couche, un certain Billy Graham allant jusqu'à dire que le diable faisait parti intégrante de la pellicule de ce film satanique. Sa réputation s'étend dans toute l'Europe. Le réalisateur lui-même en joue, racontant que la jeune Linda Blair (12 ans) a joué toutes les scènes sans doublure (supercherie qui fût dévoilé peu de temps avant la cérémonie des Oscars, faisant perdre à l'adolescente la statuette de la meilleure actrice secondaire et provoqua le scandale Eileen Dietz, actrice doublure de Blair.) On évoque aussi les conditions de tournages particulières, conditions rappelant certaines méthodes utilisées par Tobe Hooper pour son futur chef d'œuvre "massacre a la tronconneuse". En effet, William Friedkin, pour parvenir à installer chez ses acteurs une tension palpable et durable, s'amusait à tirer des vrais coups de feu à l'improviste et se montrait parfois violent. Des méthodes qui ont en tout cas porté leurs fruits au vu du résultat à l'écran.

Le formidable succès du film ne serait rien sans l'apport de deux autres éléments capitaux : le démon et l'ambiance sonore. Pour le premier, il faut rappeler aux lecteurs que la voix de Regan possédée n'est pas celle de Linda Blair. Elle résulte du travail acharné de l'actrice Mercedes Mc Cambridge. Ex alcoolique, Mercedes à prix son rôle de voix démoniaque très au sérieux, se remettant à boire et à fumer pour obtenir un grain de voix très grave. Pour ressentir la souffrance de Regan, elle a également demandé à être attaché à une chaise. Un travail mêlant efforts physiques et mentaux, qui permit d'obtenir cette voix inoubliable. Au niveau des maquillages, on trouve aux commandes l'excellent Dick Smith, responsable de la progressive transformation de Regan en être démoniaque. Des effets de maquillages qui tiennent encore parfaitement la route aujourd'hui. Associé aux effets spéciaux de Marcel Vercoutere, on peut dire que c'est sûrement le démon le plus terrifiant jamais vu au cinéma. Vomissements, tête pivotante à 180 degrés, masturbation sanglante, lit et meubles secoués ou volants dans les airs, corps en lévitation, l'équipe des FX et maquillages ont vraiment su donner toute l'ampleur de leurs talents au service du film de Friedkin. N'oublions pas non plus que la chambre de Regan a réellement été frigorifiée, et la température atteignait parfois des –20°C, -25°C. Point de trucage donc quand les acteurs soufflent de l'air froid par leurs bouches !

Autre élément participant amplement au succès, le travail sur l'ambiance sonore. Travail novateur qui reçu un Oscar en 73. Des sons, des cris, très amplifiés, qui amènent le spectateur au paroxysme de la terreur et du stress. A voir en version originale bien sur, pour mesurer toute l'étendue du travail de Robert Knudson et Christopher Newman, et pour profiter de la voix de Mercedes. Avec le son poussé assez fort bien sur !

Au travail sonore s'ajoute évidemment la partition musicale. Au départ, c'est Lalo Schifrin qui composa la bande originale du film mais celle-ci est rejetée par Friedkin, qui préfère utiliser de la musique symphonique. On retiendra surtout le "tubular Bells" de Mike Oldfield, considéré dorénavant comme le thème principal de L'Exorciste. Mais on retrouve aussi des musiques des compositeurs Krzysztof Penderecki et Anton Werben.

Bref, toute une équipe au top de sa forme, pour un réalisateur très pointu, et qui permit d'élever un simple film au panthéon des films d'horreurs.



Bien sur, hormis tous ces techniciens du cinéma, un film n'existerait pas sans acteurs. Et ceux de L'exorciste sont particulièrement bons !

Parmi les personnages principaux, on trouve Chris McNeil, interprétée par Ellen Burstyn. Chris est donc la mère de la jeune possédée. Divorcée, elle doit tout assumer, et, hormis son travail de comédienne, elle voue sa vie au bonheur de sa fille. Une tâche pas toujours évidente, surtout que le père est vraiment chez les abonnés absents, même le jour de l'anniversaire de sa fille. Une situation plausible, réelle, qui peut arriver à n'importe qui. Et c'est justement l'une des grandes forces du film, et sûrement l'élément capital qui a fait que le public se soit tant investi émotionnellement. Car voilà, l'histoire de L'exorciste, même si elle relève du fantastique, est profondément ancrée dans la réalité ! Nous ne sommes pas en plein Moyen-Âge, ni dans des contrées inconnues des êtres humains. Non, nous sommes à Georgetown, Washington DC. Dans la maison d'une paisible famille américaine comme il y en a tant. Et c'est une adolescente qui va devenir la proie de l'inconnu. Et c'est le combat d'une mère pour sa fille auquel nous allons assister. Mais pas seulement…

La jeune fille, Regan, est donc joué par Linda Blair. Un rôle qui restera "SON" rôle, "SA" performance. A l'époque du tournage, la jeune Linda avait du mal à comprendre toute cette effervescence autour du film, autour de son rôle. Pourquoi des personnes s'inquiétaient pour elle, pour son mental. Dotée d'une grande maturité pour son âge (une des raisons qui lui a fait décrocher la première place du casting), Linda avait bien compris que tout cela n'était qu'un jeu, un personnage pour le cinéma.
Un personnage qui, comme le jeune garçon du cas réel qui a inspiré le film, s'amuse avec une planchette de Ouija, parlant au "Capitaine sait tout". Une entité imaginaire, comme tous les enfants en inventent une au cours de leur vie. Regan semble être tout à fait à l'aise dans ses baskets, malgré l'absence de son père. Sa lente transformation, sa dégradation, est fort bien rendue par la jeune comédienne, qui nous renvoie de formidables émotions à travers l'écran. William Friedkin a véritablement fait le bon choix, c'est indiscutable !

Je vous disais un peu plus haut que le film n'était pas seulement le combat d'une mère pour sa fille. Effectivement, avec le personnage du Père Damien Karras, c'est également un combat pour soi, pour retrouver une foi perdue, une paix intérieure détruite par la maladie d'une personne qui nous est chère. Damien Karras a perdu la Foi. Pourquoi continuerait-il a louer un Dieu qui va lui prendre sa mère ? On assiste alors à un véritable parcours initiatique, à un retour aux sources. On en arrive à se demander ce qu'ont pu reprocher certaines entités religieuses au film, puisque, loin de vouer un culte au Diable (ce qu'il ne fait d'ailleurs jamais), le film de Friedkin est un véritable plaidoyer pour la foi religieuse. Le combat du bien contre le mal atteint dans "L'exorciste" des sommets encore inégalés, et seule une foi inébranlable (celle du Père Merrin) et une foi retrouvée (celle du Père Karras) parviendront à vaincre le démon. Saluons la prestation de Jason Miller, qui nous fait véritablement pénétrer dans les méandres torturés de l'esprit de son personnage, torture parvenant à son apogée quand le démon prendra l'apparence et la voix de sa défunte mère.

Quatrième personnage clé du film, le Père Merrin, joué par Max Von Sydow. Un prêtre fatigué, usé, mais qui ne connaît aucun répit lorsqu'il s'agit de lutter contre le Mal. La séquence en Irak est d'ailleurs annonciateur du combat final. Dès la découverte d'une amulette représentant ce démon, les événements semblent se tourner vers le mal. Merrin semble profondément perturbé par cette découverte, et les images qui suivent corroborent cette impression. On voit un borgne étrange, un femme au visage fixe, un combat de chien, le tout mis en image avec virtuosité, apportant un climat angoissant et semblant dire que ce sont les premiers signes d'une future apocalypse. Séquences qui se concluent sur Merrin, face à la statue du démon Pazuzu. Tout est là. La statue semble défier le prêtre, lui dire que leur affrontement ne va pas tarder à venir. Et quel affrontement !



"L'exorciste", c'est aussi un formidable livre d'images. Des séquences chocs qu'on n'oublie pas une fois qu'on les a vues. Personnellement, je n'ai jamais éprouvé de sensation de peur à la vision du film. Un certain stress, oui. Une tension nerveuse. Une attraction. Mais pas de la peur. Chacun réagit différemment devant un film. La séquence la plus traumatisante pour moi est incontestablement la première fois où les éléments se déchaînent dans la chambre de Regan. Une scène vraiment tétanisante, ponctuée des cris d'hystéries de Regan qui font monter la tension cardiaque à son paroxysme. Je ne vous parle pas des autres scènes cultes du film, certaines sont évoquées dans le paragraphe sur l'équipe des effets spéciaux. Mais elles participent toutes, de par leurs qualités, à faire du film un sommet du cinéma fantastique. Les plus terrifiantes étant celles qu'on ne voient pas, ou si peu, je parle bien sur des deux images quasi subliminales du démon. Des images décuplées dans le nouveau montage de 2001, ce qui, pour ma part, n'a pas l'effet voulu. Regardez le montage original de Friedkin, je le trouve bien plus stressant sans les scènes ajoutées, voulu par William Peter Blatty.

L'exorciste, une date clé dans le cinéma fantastique ? Assurément !

L'Exorciste fut le 5ème plus gros succès de l'année 70 aux Usa.

La scène où le père Merrin arrive devant la maison de Regan, avec cette fumée et cette lumière sortant de la fenêtre de la chambre et éclairant le prêtre, image ayant servi à l'affiche du film, a été inspiré à Friedkin par un tableau du peintre Magritte.

Source : Mad Movies, Film de Culte, site américain.