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Réalisation
Werner Herzog

Scénariste
Werner Herzog

Date de sortie
1979

Genre
vampires

Tagline


Cast
Klaus Kinski
Isabelle Adjani
Bruno Ganz
Roland Topor


Pays
Allemagne / France

Production


Musique
Popol Vuh

Effets spéciaux



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Moyenne: 5.1
(15 votes)
Au XIX ème siècle, Jonathan Harker se rend en Transylvanie pour conclure une transaction immobilière avec le comte Dracula. Arrivé dans un bourg situé non loin du château comtal, il se heurte à des paysans qui le mettent en garde sur la nature démoniaque de Dracula. Prenant cela pour des légendes et des sornettes, il décide de passer outre. Hélas pour lui, il va rapidement être confronté à l'inconcevable physionomie du noble et à son étrange attitude. Si l'affaire sera malgré tout conclue, Jonathan tombera malade et Dracula traversera les mers pour se rendre à Wismar, afin de faire succomber la douce compagne d'Harker, Lucy



Que Herzog décide de "remaker" le film de 1922 de Murnau n'est pas en soit une surprise. En effet on peut dire, sans grand risque de se tromper, que l'œuvre du réalisateur allemand est marquée au fer rouge par un certain romantisme et par la réappropriation moderne de l'expressionnisme allemand cher à Murnau.

Vrai remake dans sa narration, le film de 1979 s'en éloigne pourtant dans sa mise en scène, dans son romantisme exacerbé et dans sa manière de placer les personnages au centre de l'œuvre, là où Murnau imposait le cadre, les décors et la nature comme moteurs de l'histoire.

Mais la question que tout le monde se pose (non ?), c'est : cette adaptation est-elle réussie ?
A cette existentielle question, on pourra répondre que cela dépendra en grande partie de la sensibilité de chacun et chacune.
Si le début du film semblera à beaucoup daté dans sa mise en forme et en action, (on pourrait même penser être en présence d'un téléfilm sans luxe ostentatoire), c'est le départ de Jonathan pour le repaire du vampire qui donne le réel coup d'envoi d'une œuvre à nulle autre pareille.



A des années lumières de toutes les adaptations plus ou moins fidèles du roman de Bram Stoker, "Nosferatu : fantôme de la nuit" reste, encore aujourd'hui, une œuvre singulière dans sa manière de traiter le mythe du vampire.
Bien loin de l'image de séducteur du film de Browning en 1931, du donjuanisme érotique de celui de Fisher en 1958, de la sensualité kitch de la relecture par John Badham en 1979, sans parler du beau, mais creux Coppola en 1992 et bien évidemment de l'exceptionnel "Nosferatu" original de 1922 déjà évoqué ci-dessus.

Herzog, avant tout reconnu à l'époque pour sa fresque magistrale : "Aguirre la colère de Dieu", réalise ici son premier film se rattachant au genre.
Quelques séquences devraient accrocher visuellement l'oeil de l'esthète cinéphile, celles-ci renvoyant immanquablement à l'expressionnisme allemand et donc à l'original. Le voyage dans les forêts denses de Johnatan donnant à penser qu'il effectue un passage entre le monde des vivants et celui des morts, la traversée de la mer avec la célèbre scène du Nosferatu sur le pont du bateau et les passages finaux montrant une ville déserte ravagée par la peste. Remarquable hommage, sublimé par une musique lugubre et une image esthétisante permettant de créer une atmosphère étrange et envoûtante.



Sur ces bases, Herzog donne sa version de la psychologie du comte Dracula, totalement différente de tout ce que l'on a pu voir. Il n'est ni un monstre sadique, ni un Don Juan des Carpates, ni quelqu'un de cultivé ou de charismatique. C'est une créature misérable, tant physiquement que psychologiquement. Laid à faire peur, aigri, regrettant son ancienne vie, totalement mélancolique des plaisirs simples de l'Homme, d'une humeur cafardeuse, il nous est présenté comme un neurasthénique en phase terminale.
Son seul but, sa seule bouée de sauvetage semble être de pouvoir trouver quelqu'un qui le comprenne, qui lui donne de l'affectation et même de l'amour.
C'est en découvrant le portrait de la sublime Lucy, que cet âme tourmentée va entreprendre avec une force immense son dernier voyage, sa dernière mission, dont on devine par avance qu'elle ne pourra déboucher que sur la mort. Mort qu'il appelle finalement de ses voeux, afin de mettre un terme à son épouvantable existence.

Quel autre acteur que Klaus Kinski aurait pu rendre justice à cette vision pour la moins triste de la vie d'un vampire ? La réponse est contenue dans la question, Kinski étant au-delà du simple jeu d'acteur, il est Nosferatu, totalement, intégralement. De par son physique particulier, sa présence animale, il fait partie des plus impressionnants vampires de l'histoire du cinéma ( peut-être même le plus impressionnant ).
Le reste du casting se révèle, du coup, imperceptiblement un cran en dessous. Même si Adjani, de par sa beauté lumineuse, apporte la touche nécessaire afin de rendre crédible le personnage de Lucy ( c'est sûr qu'on est loin de l'endive Sadi Frost dans la version de Coppola ).



Nosferatu, fantôme de la nuit ne plaira pas à tout le monde, c'est une évidence. Les biberonnés aux "néo-twilighteries" risquent même de faire carrément la tronche.
Pas une goutte de sang, pas un dialogue sirupeux ne viendront en effet rompre le ton et l'atmosphère de ce film singulier.
Plus drame terrifiant que film d'horreur pure et dure, la version d'Herzog se doit d'être découverte ou redécouverte, ne serait-ce que pour un Kinski tutoyant ses ténèbres intérieures.

DVD zone 2 disponible, dans une belle copie, chez Gaumont. Dommage cependant que seule la piste française soit présente (très dommage même)






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