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Réalisation
Michele Soavi

Scénariste
George Eastman

Date de sortie
1986

Genre
slashers

Tagline


Cast
David Brandon
Barbara Cupisti
Domenico Fiore
Robert Gligorov
Mickey Knox...


Pays
Italie

Production


Musique
simon Boswell

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.1
(23 votes)
Mal de cheville pour la jeune comédienne Alicia, jouant actuellement dans une comédie musicale mettant en scène un tueur/violeur. Un mal de cheville qui lui fera pousser les portes de l'institut médical le plus proche, histoire de se faire soigner ; cependant pas n'importe quel institut puisque c'est un hôpital psychiatrique venant de recevoir le dernier serial killer en date. Subjugué par la présence d'Alicia, il s'évade et les suit, elle et sa copine, jusqu'au théâtre où elles doivent répéter. Alors qu'Alice est renvoyée par le réalisateur, sa copine se fait rétamer la bouche à coups de pioche : le massacre commence et ne sera pas prêt de s'arrêter.



Qui aurait pu s'attendre à l'éveil d'un tel talent, d'un talent nommé Soavi ? Soavi qui était jusque là un petit homme à tout faire du cinéma italien, qu'on remarque parfois quelques secondes dans de nombreux films cultes transalpins : "Ténèbres", "Phenomena", "Frayeurs", "l'éventreur de New York"… Des petits rôles insignifiants excepté celui très marquant de "Demons", inquiétant maître de cérémonie affublé d'un splendide masque démoniaque.
Ici ce ne sera pas lui qui portera le masque mais un personnage "spin-off" issu d'un film de fesses de Mister d'Amato : "11 days/11 nights".



Michele Soavi arrive lors du lent naufrage du cinéma d'horreur italien, qui se décompose méchamment par le biais de petites productions bisseuses réalisées par des maîtres étalons du genre malheureusement bien fatigués : Lamberto Bava, Lucio Fulci, Umberto Lenzi, Ruggero Deodato, etc…
Le concept de Soavi est tout de même sacrément malin, à savoir faire rencontrer deux sous-genres de l'horreur typiquement made in Italia : le Giallo et le Slasher, tous deux hérités de Mario Bava, qu'on ne présente plus.
D'un coté le mystère, le sadisme, le raffinement et le suspense du Giallo, d'un autre l'ultra violence, la banalité des coups de théâtre et des personnages, et le modernisme cher au Slasher. Pionnier du Slasher, "La baie sanglante" harmonisait déjà ces deux sous-genres de manière tout à fait novatrice.



Enfermée par un réalisateur hystéro dans le théâtre où ils répètent, une troupe de comédiens devra subir les attaques répétées d'un tueur psychopathe, ayant suivi la frêle Alicia après une évasion toute en efficacité. Slasher oblige, le tueur sera masqué : pas de visage albinos, de casque ou de masque de hockey, ce sera une immense et majestueuse tête de hibou, utilisée à l'origine pour la pièce. Gageons que sans cette parure surréaliste, le film n'aurait plus la même saveur : une idée folle, inquiétante et pourtant tellement poétique, donnant un cachet fantastique et irréel à ce tueur pourtant sans grande particularité. Georges Franju est cependant passé par là, puisque son héros "Judex" débarquait dans un bal, coiffé d'un fascinant masque d'oiseau. On a vu pire comme référence…

Soavi soigne son body count (une dizaine de victimes) avec des meurtres oeuvrant entre le traditionnel et le grand guignol : aucun ne se ressemble vraiment, on passe d'une demoiselle scindée en deux au moment inopportun au coup de pioche sous la pluie battante (séquence mise en scène par d'Amato d'ailleurs...) ou à cette perceuse traversant une porte avec la victime cachée derrière ! L'utilisation de l'arme favorite de Leatherface ne déplaira pas à certains…

"Bloody Bird" utilise tous les bons codes du genre, aujourd'hui souvent galvaudés comme la haute résistance du tueur, l'apparition du même derrière le dos d'une victime, le huis-clos… Sûr que de ce coté là, Soavi ne révolutionne rien, mais par son esthétisme "argentesque", ses plans et ses idées audacieuses (plongée sur les comédiens en train de courir, introduction trompeuse, recherche très risquée d'une clef, meurtre sous une douche auquel l'héroïne assiste impuissante…), le film de Soavi se révèle loin, très loin des slashers conventionnels de l'époque, voire d'aujourd'hui.



Cadre théâtral oblige, le tueur se la joue baroque, allume les spotlights et laisse dérouler la musique à pleins tubes ! Par cet habile jeu de lumières et de sons, une simple scène de théâtre devient un décor imaginaire tout droit sorti d'un esprit tortueux, éclairé par une fausse lune blafarde, laissant déambuler une pauvre victime apeurée dans un monde qui ne ressemble plus au sien. La réalité semble si loin parfois…

On sera d'autant plus surpris par le comportement du tueur, profitant des restes de ses victimes pour réaliser sa propre pièce, son propre royaume de plumes et de sang, où il trône, un chat noir sur les genoux. Ce qui s'avère une splendide (et longue) scène onirico-fantastique, peut être perçue aussi comme une mise en abîme du cinéma d'horreur italien, et surtout celui du Giallo : l'art de mettre à mort, de "placer ses morts". Idem pour ce moment de grâce sanguinaire et énervée où le réalisateur ne se rend même pas compte qu'il dirige le tueur !! Furieuse et enfiévrée, hypnotique et planante, la musique de Simon Boswell ne fait que rajouter une qualité de plus à cette première œuvre décapante et respectueuse envers les deux genres qu'il aborde.