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A New-York, Rose se plonge dans la lecture d'un ancien ouvrage d'alchimie : "Les Trois Mères". Elle y découvre qu'un trio de sorcières règne sur le monde et manipule les hommes. Son immeuble abriterait peut-être l'une d'elles



Second volet d'une trilogie qui aurait dû en rester là, "Inferno" se situe dans la droite ligne de son prédécesseur, le sublime "Suspiria".
Dans sa droite ligne, car il convoque la même violence graphique, les mêmes subtilités photographiques, le même onirisme déviant, le même assemblage de scènes opératiques et surréalistes.
On peut le considérer comme le frère jumeau du film de 1976, mais c'est une gémellité que l'on peut aisément qualifier de "bâtarde".
Non pas qu' "Inferno" souffre en quoi que ce soit de la comparaison avec son illustre aîné, mais parce qu'il y surexploite l'imagerie mise en place, il en amplifie le traitement, il en grossit le trait.


Si dans "Suspiria" le scénario n'était déjà qu'un prétexte à l'exploration visuelle et sonore de l'épouvante selon Argento, ici il en est réduit à la portion congrue. Il y a bien un début et une fin naturellement (fin assez grotesque au demeurant), histoire d'ancrer l'intrigue et de montrer la continuité entre les deux oeuvres, sauf que ce ne sera qu'un moyen commode de pouvoir ensuite s'affranchir de toute linéarité afin de s'y livrer à un collage protéiforme de scènes, de mini films dans le film.
"Inferno" est, en effet, un assemblage de séquences d'une dizaine de minutes faisant intervenir les divers protagonistes dans des situations où se mêlent constamment l'inexplicable, une forme de surréalisme et un danger constant. Chaque vignette pouvant être interprétée à loisirs par le spectateur, à lui de recoller les morceaux de cette immense puzzle truffé de symboles par le réalisateur.




Il convient de regarder ce film comme l'on feuillette un superbe album d'images macabres, sans s'attarder outre mesure sur la cohérence entre elles, à défaut de quoi l'on risque fort de passer à côté d'un des plus beaux films engendré par le cinéma d'horreur.
Et il serait bien dommage de ne pas faire honneur à une oeuvre qui comporte une telle quantité d'instants anthologiques (de la somptueuse représentation des mises à morts à la plongée dans le ventre de l'immeuble empli d'eau, en passant par la découverte d'un atelier d'alchimie, pour n'en citer que quelques exemples).
Qu'importe alors la faiblesse globale de l'interprétation et le ridicule consommé de la scène finale avec cette transformation spectrale assez misérable et dont on se demande encore si elle n'aurait pas été plus ou moins imposée au réalisateur par des producteurs horrifiés à la vue d'un film aussi atypique.



Si "Suspiria" s'appuyait sur la sorcellerie, "Inferno" se veut son pendant alchimiste, discipline dont l'objet principal était la recherche de la pierre philosophale qui permettrait la transformation de la matière, mais aussi et surtout dans le cas qui nous intéresse, une part d'occultisme et de symbolisme à base de cryptogramme, d'énigmes, d'allégories en tous genres.
Pour l'écriture du long métrage, Dario Argento se serait appuyé sur les travaux d'un certain Fulcanelli, alchimiste du 20 ème siècle pour qui cette "science" serait avant tout ésotérique et symbolique.
"Inferno" est de fait structuré de manière à superposer les énigmes qui ne pourront être résolues qu'en s'appuyant sur la symbolique appropriée, c'est du moins la volonté de son auteur. Reste que cette volonté n'est en rien un frein au plaisir simple que l'on peut prendre à la vision de l'oeuvre, mais qui permet de le revoir en tentant, pourquoi pas, d'en démêler les messages sous-jacents.




Ballet et opéra visuel, "Inferno" est une œuvre maniérée dans le bon sens du terme, Argento réussissant sur une mince trame narrative à développer avec succès, la descente aux enfers de ses personnages pris dans les filets d'une histoire qui les dépasse. Le fait de ne pas avoir à donner corps à une véritable intrigue lui permet de plonger dans l'onirisme le plus exalté en jouant sur les formes, les plans, les couleurs et les lumières (utilisation de filtres rouges et bleus surtout, distorsion des formes géométriques jusqu'à la torture). En donnant un rôle central aux effets sonores et en intégrant à merveille la partition musicale de Keith Emerson, il prolonge et renforce l'illusion du cauchemar naissant de ses images.
La qualité et l'inspiration visuelle sont également un vibrant hommage au maître du gothique italien : Mario Bava (qui aurait participé à la conception de plusieurs scènes clés, bien que n'étant pas crédité au générique). On ne peut d'ailleurs, à la vision d'"Inferno", ne pas penser au troisième segment de "Les trois visages de la peur", tant la virtuosité des éclairages et l'utilisation du son semblent s'y référer.

Terrifiant à bien des égards, "Inferno" est probablement le film où Dario Argento a le plus laissé parler sa folie intérieure et son génie, il n'a vraisemblablement pas depuis su faire mieux.