Avis de : bomba fat
Ouais !
Merci pour cette courte mais très intéréssente bio.
. . . Et relater le parcours d'un opérateur de génie !
Avis de : Lord Nithorynque
Si on met de côté les débuts de Karl Freund dans les années 10, et la fin de sa carrière à la télévision avec la très populaire série "I Love Lucy", on peut découper sa carrière de directeur de la photographie en trois grandes phases :
1/ la période allemande, avec les films de la UFA (jusqu'en 1929 et son départ pour l'Amérique), la période fondatrice ;
2/ la période Universal (de 1929 à 1935), celle où Karl Freund oeuvre le plus dans le genre fantastique ;
3/ la période MGM (à partir de 1935), tournée davantage vers des productions grand public.
1/ En collaborant avec les plus grands cinéastes de son époque, Karl Freund, formé à l'école de l'expressionisme allemand, développe une exceptionnelle capacité d'innovation technique.
Pour ne mentionner que quelques films :
LE GOLEM (1920), beau film mésestimé, est nettement plus fascinant que Le Cabinet du docteur Caligari, mais qu'on voit malheureusement le plus souvent en version teintée, ce qui ne rend pas justice à la qualité de sa photographie.
LA TERRE QUI FLAMBE de Murnau (1922) est un film moyen du point de vue du scénario et de la mise en scène, mais dont certaines images particulièrement inspirées impriment durablement la rétine.
LES FINANCES DU GRAND-DUC de Murnau (1924), est une comédie assez hilarante, pleine de rebondissements, dont les intérieurs et surtout les nombreuses scènes d'extérieur sont remarquablement photographiées.
LE DERNIER DES HOMMES de Murnau (1924) est un film génial ne comportant aucun intertitre, et donc la photographie joue un rôle important dans la compréhension de l'histoire. On retient le fameux plan en caméra portée : c'est Karl Freund qui tient lui-même la caméra et qui la fait tanguer, en se balançant d'un côté et de l'autre, pour signifier que le personnage principal est ivre. C'est la première fois dans l'histoire du cinéma qu'on avait une caméra si mobile, de surcroît au service d'une idée de mise en scène.
Karl Freund s'impose alors comme le plus innovant des chefs-op, ce qui se confirme avec VARIÉTÉS (1925), METROPOLIS (1927), et surtout avec le TARTUFFE de Murnau (1926), dont la photographie somptueuse est à l'unisson de l'époustouflante mise en scène.
BERLIN, SYMPHONIE D'UNE GRANDE VILLE (1927) : Karl Freund apporte ses qualités à ce documentaire formaliste, en mettant au point une pellicule permettant de tourner malgré une lumière insuffisante, dans des conditions difficiles (beaucoup de plans de badauds sont pris sur le vif, voire même en caméra cachée - les gens n'étaient pas encore habitués aux caméras, et ne s'en méfiaient pas).
Parmi les films auquels Karl Freund a apporté son concours, il y a encore LES ARAIGNÉES (1919), un formidable sérial en deux parties de Fritz Lang, mais dont la photographie ne m'a pas spécialement marqué, et le magnifique MIKAEL de Dreyer (1924). Il y a enfin MADEMOISELLE ELSE (1929) et ses jolies scènes dans la neige.
2/ Il est logique que dans la continuité de ce qu'il a apporté au cinéma allemand, Karl Freund soit amené à signer chez Universal, au moment où le genre fantastique vaut à la compagnie américaine ses plus gros succès. Car sa conception savante d'un espace construit par une lumière très sensible coïncide justement avec le sentiment d'inquiétude qu'exprime le fantastique gothique. Le choix de Karl Freund s'impose pour filmer les décors factices de DRACULA (1931), comme les apparitions grandiloquentes de Bela Lugosi, car dans ces scènes c'est sa lumière qui instille le mieux la peur. Sans Karl freund, jamais DRACULA n'aurait fait montre de la même intensité. Cette capacité à faire ressentir la peur vaut aussi pour le film de guerre À L'OUEST RIEN DE NOUVEAU : la photo de Karl Freund apporte plus au film que la mise en scène de Lewis Milestone. Bizarrement, Karl Freund n'est pas forcément institué comme le chef-op attitré du cinéma fantastique, et il quitte de toute façon la Universal avant la décadence du genre.
3/ Passé chez MGM, Karl Freund ne touche plus directement au genre fantastique. Il semble qu'il n'était que l'assistant de William Daniels sur LE ROMAN DE MARGUERITE GAUTIER de George Cukor (1936). Parmi les films que j'ai vus, il parvient toutefois à deux reprises à imprimer sa marque. D'abord avec UNDERCURRENT (titre français : Lame de fond) de Vincente Minnelli (1946), un film totalement à part dans la carrière de ce cinéaste, où la superbe photographie crée une atmosphère des plus étranges, à tel point qu'on croirait le film réalisé par Jacques Tourneur. Ensuite avec KEY LARGO de John Huston (1948) : même quand comme moi on n'aime pas Huston, on garde en mémoire ce film en raison de sa photographie.
P.S. : les deux films réalisés par Karl Freund sont intéressants mais il ne les dote pas d'un style singulier, et bien sûr la photographie est leur principale qualité. Sa version des MAINS D'ORLAC n'est pas la meilleure, mais pas la pire non plus (celle de 1961 est assez gratinée).
Avis de : Lord Nithorynque
Petite précision sur FAUST de F. W. Murnau (1926) : c'est un des plus grands films de tous les temps, et la photographie est extraordinaire. Eric Rohmer en parle très bien dans sa thèse de doctorat "L'organisation de l'espace dans le FAUST de Murnau", rééditée chez Ramsay poche cinéma (un bouquin un peu ardu, toutefois). Mais... Karl Freund, malheureusement, n'y est pour rien, car c'est Carl Hoffmann qui signe la photo du film (j'ai vérifié sur le dvd).