DUAL

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Sarah a une mère qu'elle évite et une relation distante avec son petit ami Peter. Après avoir craché du sang pendant son sommeil, puis à nouveau à l'hôpital en attendant de voir un médecin, elle passe des tests. Là, on lui explique qu'il s'agit d'une maladie incurable en phase terminale, même si elle se trouve en forme. En tant que patiente mourante, on lui propose un remplacement par clonage, ce qu’elle accepte très tôt afin de passer plus de temps avec son clone pour lui apprendre à devenir « Sarah ». Après dix mois, la jeune femme se sent toujours bien. Le médecin lui apprend qu'elle est en rémission. Qu'en est-il alors du double ? Le problème de Sarah, c'est que son petit ami Peter et sa mère s'entendent bien mieux avec lui qu'avec elle ! La loi prévoit que dans ce cas-là, il ne peut y en avoir qu'un, et c'est décidé par un duel à mort. C'est alors l'heure de l'entraînement au combat…

DUAL | DUAL | 2022

L'AVIS :

Avec Dual, Riley Stearns, déjà réalisateur du sympathique The Art of Self-Defense avec Jesse Eisenberg en 2019, propose une science-fiction aussi étrange que stimulante, qui détourne les codes du film dystopique pour mieux interroger notre rapport à l’identité, à la mort et à ce qui fait de nous des êtres uniques. Derrière son concept de départ, celui d’une femme confrontée à son propre clone après avoir appris qu’elle est en rémission d’une maladie inguérissable, le métrage développe une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît, portée par un humour noir et un sens de l’absurde particulièrement réjouissants pouvant parfois rappeler à certains le cinéma de Yorgos Lanthimos, spécialiste des satires sociales grinçantes et dérangeantes qui interrogent la morale, le pouvoir et les relations (cf. The lobster, "Mise à mort du cerf sacré" ou encore Pauvres créatures).

Là où d’autres films auraient privilégié l’action et les affrontements spectaculaires, Dual fait le choix d’une mise en scène épurée, d’un rythme volontairement étrange et de dialogues souvent déconcertants. Et ce, malgré une formidable séquence d’introduction avec Theo James (vu dans "The Monkey", mais surtout dans la franchise Divergente) évoluant dans un univers où le clonage est admis sous certaines conditions et où des duels à mort entre la personne en rémission et son clone sont organisés et télévisés ! Dans cette société, tout semble fonctionner selon une logique froide et administrative, même lorsqu’il s’agit de décider qui, de l’original ou de son double, mérite de vivre. Ce décalage permanent entre la gravité des situations et la banalité avec laquelle les personnages les abordent constitue l’une des grandes forces du film. Le cynisme de cet univers rappelle parfois la série Black Mirror, tandis que son concept de duel à mort détourne avec malice les codes des survival games comme "Hunter Games", "Running Man" ou encore "Battle Royale".

Mais l’intérêt de Dual ne se limite pas à son humour grinçant. Le film soulève plusieurs questions : qu’est-ce qui fait que nous sommes nous-mêmes ? Si un clone possède les mêmes souvenirs, les mêmes habitudes et la même personnalité que son original, doit-il pour autant être considéré comme une simple copie ? Au fil du récit, le double de Sarah s’émancipe et affirme progressivement sa propre identité. Une fois confrontée à des expériences différentes, elle devient une personne à part entière, avec ses envies et sa volonté de vivre.

La perspective de sa disparition agit également comme un électrochoc pour Sarah, qui prend peu à peu conscience de son existence et de son besoin de changement. L'idée est intéressante : c'est en étant confrontée à la possibilité de perdre sa vie qu'elle commence véritablement à vouloir la vivre. Le film explore cette évolution sans jamais verser dans le mélodrame, préférant laisser émerger ses réflexions au détour de situations absurdes et de dialogues parfois délicieusement décalés.

Karen Gillan (déjà vu dans "The Mirror") livre une prestation remarquable dans ce double rôle, parvenant à distinguer deux versions d'un même personnage sans recourir à des artifices excessifs. Sa diction volontairement mécanique et son jeu parfois désincarné peuvent dérouter, voire créer une certaine distance émotionnelle, mais cette étrangeté participe aussi à l'atmosphère singulière du film. Aaron Paul (l’inoubliable Jesse Pinkman de Breaking Bad, aperçu également dans la série Westworld) apporte quant à lui une touche de fantaisie bienvenue, même si son personnage d’entraîneur de combat et d’arts martiaux, pourtant attachant, reste trop peu développé pour exploiter pleinement tout son potentiel.

On pourrait également reprocher à Dual son rythme contemplatif et son apparente froideur, qui risquent de tenir certains spectateurs à distance. À force de privilégier le minimalisme et l'absurde, le film laisse parfois ses personnages à la surface de leurs émotions, alors même que son sujet aurait mérité quelques développements supplémentaires. Le point de vue du clone, notamment, aurait gagné à être davantage approfondi pour enrichir encore plus cette réflexion sur l'individualité. La conclusion du métrage, en revanche, s'inscrit parfaitement dans la logique cynique du récit. Loin de rechercher une issue rassurante ou une morale facile, Riley Stearns assume jusqu'au bout la cruauté de son univers et livre un dénouement aussi froid que cohérent avec les questions posées par le film.

Au final, Dual, qui a été filmé pendant la pandémie de COVID-19 à Tampere en Finlande, est une curiosité de science-fiction indépendante qui préfère les idées aux effets spectaculaires et l'ironie aux grandes démonstrations émotionnelles. Derrière son apparente simplicité se cache une réflexion pertinente sur l'identité, le libre arbitre et la valeur d'une existence. Un long-métrage singulier, parfois déroutant, qui ne conviendra pas à tous les publics c’est certain, mais dont l'originalité et l'humour noir méritent largement le détour.

DUAL | DUAL | 2022
DUAL | DUAL | 2022
Bande-annonce
Note
3
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Vincent Duménil