viva la muerte - Long Live Death - 1970 un film de Fernando Arrabalviva la muerte


Jérémie MARCHETTI




5,5/6 - Jérémie MARCHETTI

6/6 - Vincent DUMENIL

5,5/6 - Lionel JACQUET





VIVA LA MUERTE
( LONG LIVE DEATH )

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Pendant la guerre civile en Espagne, le jeune Fando découvre que sa mère a dénoncé son malheureux père. Cherchant vainement ce qu’il est devenu, il se heurte à un monde sauvage, se réfugiant dans un univers fait de perversions et de folies. A présent, la vie du jeune enfant va prendre un douloureux tournant…

Surréaliste, poète et peintre, Fernando Arrabal a été le fondateur du " mouvement panique" avec deux autres comparses : Roland Topor et Alejandro Jodorowsky. Dès les années 60, les trois amis passent de la littérature au théâtre avec une grande aisance, avant de se lancer dans le cinéma.

Jodorowsky signera "Fando Y Lis", "El Topo" et "La montagne sacrée", trois œuvres cultissimes ; Roland Topor travaillera sur certaines œuvres comme "La planète sauvage" et Fernando Arrabal versera dans un surréalisme cinématographique très proche de celui de Jodorowsky avec "Viva la muerte", "J’irai comme un cheval fou" et "L’arbre de Guernica", sa trilogie en quelque sorte.

Personnalité excentrique, Arrabal touchera un peu à tout durant sa carrière, et adaptera avec "Viva la muerte" sa propre autobiographie "Baal Babylone". Directement hérité de Bunuel, le surréalisme "shock" dont fait preuve Arrabal est ne recule devant rien, alternant ainsi des scènes dites "normales" et des séquences de visions assez proche d’un certain "Un chien Andalou".
Un maelstrom d’images quasi insoutenables, folles, drôles, degeulasses… Le film d’Arrabal n’a pas vieilli et reste encore et toujours réservé à un public averti.



Baignant dans un réalisme rendant certaines scènes encore plus terribles, le film prend pour héros le petit Fando, un gamin de huit ans vivant avec sa mère mais souffrant de l’absence de son père. Arrêté il y a quelque temps, il aurait été dénoncé par la mère de Fando, qui va le découvrir sous peu. Mais dans ce régime franquiste, la vie de Fando n’est guère agréable : entre fanatisme religieux (qu’il vienne de l’école ou de sa propre mère), délinquance et misère (des gamins se font des sandwichs d’insectes dans les rues), et même une vie familiale bien ennuyeuse, Fando vit un véritable petit enfer. De plus en plus rongé par cet univers néfaste, Fando a des visions atroces, de plus en plus récurrentes, dégoûtantes et révoltantes.



Vouant une obsession quasi oedipienne sa propre mère, Fando vit dans un monde essentiellement féminin où il se sent irrémédiablement seul. Sa tante est une jeune femme désirable et aguicheuse, qui devient à ses yeux un autre fantasme féminin. Mais bassiné par l’autorité religieuse et stricte de sa mater, il va jusqu’à avoir recourt à l’automutilation ou à d’étranges actes. De même, sa tante est également habitée par un inquiétant fanatisme religieux comme le prouve l’hallucinante scène de prière à l’issu sado-masochiste. Un monde de sadisme et de masochisme influençant bien malheureusement le petit garçon, comme cette scène ou il tabasse gratuitement sa meilleure amie, quelques temps après avoir été molesté par des garçons de son âge.

Séparé trop tôt de son père, il ne voit qu’une seule figure masculine : son grand-père, un être muet et au seuil de la mort. La mère est une figure ambiguë et fascinante, alternant une beauté qui ne peut qu'envoûter le jeune garçon ainsi qu’une certaine douceur, puis soudain une dureté et une violence incompréhensibles. Dans ses visions, il entretient des rapports encore plus étranges avec elle, la voit en Madone ou en tortionnaire, nymphomane ou veuve noire.



Tournées en vidéo avec des couleurs agressives et criardes, ces visions accompagnent le film en même temps que la vie de Fando. Arrabal déploie un amalgame de tabous impressionnant, multipliant les tortures et horreurs en tout genre : yeux crevés, inceste, meurtres, scatophilie, exécutions sauvages… Fando se voit comme un petit Christ, balance et léche de la boue sur le visage de sa mère, voit sa tante se coucher nue avec un squelette…
Dotées d’une bande son parfois éreintante et malsaine, ces nombreuses scènes rappellent les dessins de Topor visibles lors du générique, à savoir des tortures grotesques et délirantes, suivies de la chanson "Ekkoleg", une entêtante comptine enfantine, traversant plusieurs fois le métrage.

Mais petit à petit, les visions de Fando deviennent trop nombreuses, dévorent l’écran et se mêlent à la réalité. Pour aller encore plus loin, Arrabal filme une scène littéralement snuff où la mère de Fando égorge, éventre et castre un bœuf sous les yeux d’une fanfare. Pas pour les yeux frileux donc…
D’autres plans "réels" sont utilisés pour une scène d’opération, tirés très sûrement d’une vidéo médicale.
Vous l’aurez compris, "Viva la muerte" est une œuvre choc, pas réellement parfaite puisque souvent complaisante voire très crue. Mais du cinéma underground qui frôle aussi bien le génie, autant en profiter !

5,5/6 - Jérémie MARCHETTI


AVIS DES AUTRES REDACTEURS :

Film subversif d'une force inouïe, "Viva la muerte", par ce qu'il ose montrer, a nécessité en son temps un courage incroyable de la part de son réalisateur. OVNI cinématographique sans précédent, ce film qui se veut très explicite, flirte en effet avec le malsain, la douleur à la limite de l'acceptable, mais force est de reconnaître qu'Arrabal est parfois, au cours de scènes onniriques d'une puissance incroyable, proche du génie. Plus de trente ans après sa date de sortie, ce chef-d'oeuvre n'a pas pris une ride et est maintenant accessible en support DVD. C'est l'occasion de découvrir d'urgence ce réalisateur underground hors sérail. A réserver toutefois aux amateurs de sensations extrêmes.

6/6 - Vincent DUMENIL




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  avis de Dorian
J'aime énormément les oeuvres d'Arrabal, notamment ses pièces de théâtre...mais je dois avouer que je ne regarderai pas "Viva la muerte" 2 fois...le début du métrage semble ancré dans la réalité de l'Espagne franquiste et les visions de Fando se distinguent complètement du reste de l'histoire (puisque souvent filmées à travers des filtres bleus ou roses), et la crudité des scènes est alors un point totalement positif, même si l'attirance du fils pour sa mère est un peu trop mise en avant, et la symbolique un peu grosse. Les vues de l'esprit anti-christique, voire sacrilèges, sont elles un peu légères...mettre une cigarette dans la bouche de la vierge...en 1970 ça semble un peu facile, et les clin d'oeil à Bunuel, omniprésents, envahissants, font presque penser à du plagia, la scène du curé, qui avale ses propres testicules en remerciant dieu qu'elles soient si savoureuses, est, elle, totalement ridicule, de vues de l'esprits on passe à des situations burlesques qui perdent vite leur intérêt passé le cap du rire nerveux. le film dérape vraiment lors d'une des dernières visions psychédéliques de Fando, plus de filtres cette fois, la mère castratrice est montrée dans toute sa splendeur, ou plutôt toute son horreur dans cette insupportable scène qui nous montre un pauvre boeuf égorgé puis castré, avec en fond la voix de la mère qui suggère à l'enfant de "couper les couilles de son père" parallèle encore une fois facile et scène totalement gratuite filmée avec une complaisance malsaine, le passage est inutile et ne passe pas... Pourtant, il ressort malgré cette complaisance morbide, une certaine poésie de l'ensemble, en effet, il est de nombreuses scènes, qui constituent des images parfaites qui feraient de magnifiques tableaux oniriques. Avec Viva la muerte, Arrabal se lache complètement, dans un délirium allégorique, il y a du sang, du sperme, des spaghetti bolognaises (non je ne confond pas avec le liste des courses) et il nous montre que quand d'autres s'arrange pour rendre l'insupportable supportable (dans beaucoup de films, les serial killers deviennent sympathique, les scènes de guerre sont toutes propres, et les orques ne saignent pas...-_-) il est un mouvement (panique) qui nous expose tout, sans additifs, ni édulcorants, rien que pour ça, Viva La Muerte est un film à voir, une grande leçon d'infamie cinématographique qui pousse le regardable dans ses plus lointains retranchements.


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