Lionel JACQUET
6/6 - Lionel JACQUET
6/6 - Stéphane ERBISTI
6/6 - Vincent DUMENIL
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40 ans après sa sortie, 2001 : l’odyssée de l’espace reste une expérience sensitive hors du commun. D’une force, d’une beauté et d’une audace que le recul du temps rend encore plus prégnant. Eloge de la lenteur pour une symbiose parfaite entre l’image et la musique.
Car peu de films ont eu autant d’échos et suscité autant de divergences d’approches. Livres, critiques, sites, avis, opinions, tout un flot de mots et de paroles s’entrechoquent pour décrire LA CHOSE.
Pourtant, à y regarder de plus près, la structure narrative et le "message" que présente 2001 est globalement accessible sans avoir à se triturer le cerveau outre mesure. C’est plutôt dans la multiplication ébouriffante des détails et de l’interprétation personnelle que l’on peut en faire, que ce long métrage apparaît comme abstrait.
Structure en quatre parties (le début de l’humanité, mission Lune, mission Jupiter, Au-delà et l’infini), quatre apparitions du monolithe dans chacune des parties, quatre héros (singe, savant, ordinateur, foetus). Le tout étant toujours et constamment relié par les mêmes leitmotivs assurant la continuité et la permanence de l’être humain dans son désir d’évolution sous l’oeil attentif de quelque chose, quelqu’un d’autre et de puissamment supérieur.
Il est porté à la connaissance du lecteur potentiel que les spoilers seront dés lors nombreux.
Une civilisation extraterrestre (proche de l’idée que l’on pourrait se faire de Dieu, omnipotent et omniscient, inaccessible aux capacités cognitives des pauvres terriens) représentée par le monolithe permet à l’homme de démarrer véritablement son évolution en lui donnant la maîtrise de l’objet. Cependant pointent déjà, deux légers problèmes qui vont être une constante chez l’homme, sa dépendance vis-à-vis des objets et sa capacité à la violence et aux meurtres (le primate utilisant rapidement sa nouvelle connaissance pour tuer ses congénères). Le monolithe par simple imposition des mains rend le singe-homme plus intelligent.
On peut supposer (d’après les dialogues même du film) qu’à la même époque les E.T. enterrent un autre monolithe sur la lune. Une vigie, un guetteur, une sentinelle destinée à les prévenir dès lors que l’Homme aura atteint l’âge de l’ère spatiale.
Après une expédition terrienne sur la lune, le monolithe est découvert et jouant son rôle de gardien émet un puissant signal en direction des E.T. (encore une fois cela est parfaitement clair dans le film, lorsque Bowman découvre, après avoir débranché HAL l’ordinateur, un enregistrement dans lequel lui est révélé que le son émis par le monolithe lunaire était un message radio puissant en direction de Jupiter). On peut dès lors raisonnablement penser que la civilisation extraterrestre est donc là-bas.
Durant le voyage vers la cinquième planète en partant du soleil (Jupiter pour ceux qui se seraient déjà endormis), le puissant ordinateur HAL semble développer des sentiments, une conscience de lui-même en tant qu’entité supérieure à l’Homme et de la même manière que ce dernier terrasse les espèces inférieures depuis la nuit des temps dans un but de survie, HAL va vouloir en faire de même avec ces hommes bien trop faibles et futiles par rapport à lui.
L’Homme est dès lors dépassé par ses propres outils, symboles du fourvoiement et de l’impasse dans son évolution.
Néanmoins, il s’en sort par sa ruse et sa malice ancestrale.
Bowman en tant que représentant de l’humanité est alors accueilli par ces êtres dans une sorte de zoo humain, représenté par la chambre blanche (endroit confortable et sécurisant par excellence) où après avoir contemplé les différents stades de sa vie future, on lui permet d’accéder à un nouveau stade de l’évolution. "Fœtus astral" destiné probablement à revenir sur sa planète d’origine, porteur d’un nouvel espoir et d’un nouveau départ, débarrassé de son addiction envers les outils et les machines.
"Ainsi parlait Zarathoustra" résonnant alors, renvoyant au mythe du surhomme Nietzschéen : "Tu es le Premier et le Dernier, O Mazda, Toi, Père de la pensée bonne, Toi, le véritable instructeur de l'Ordre et de la Droiture, le Maître des manifestations de la Vie......
Voici, je vous enseigne le Surhomme. Le Surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : Que le Surhomme soit le sens de la terre".
D’ailleurs, dans une des rares sorties de Kubrick explicitant son film, il déclare : "Un voyage intérieur et interstellaire... Plongé dans l’éternité, il passe de l’âge mûr à la sénescence puis à la mort. Il renaît sous la forme d’un être supérieur, un enfant étoile, un ange, un surhomme si vous préférez, et revient sur terre, prêt pour le prochain bond en avant de la destinée évolutive de l’homme."
Peut-on faire plus clair ? Oui ? Non ? Je passe ? Envoyez vos commentaires et avis sur carte postale à l’adresse du site. Merci d’avance.
Avant d’aller plus loin, il est étonnant de constater que même si l’anticipation effectuée à l’époque marque parfois de fondamentales erreurs, elle reste crédible à l’écran et ne retire en rien le plaisir que l’on peut éprouver à sa vision.
Kubrick voulait réellement faire le film le plus proche possible de ce que serait le futur dans l’espace.
S’étant attaché les services des plus grands connaisseurs et spécialistes de son époque sur le plan de la connaissance scientifique, effectuant des recherches directement à la NASA.
Il livre donc au travers des connaissances les plus pointues de son temps, les attentes et croyances de ce qui aurait pu être et marquer par l’optimisme de la communauté scientifique d’alors.
On peut s’amuser à noter que l’on est aujourd’hui très loin de la maîtrise de l’espace décrite dans 2001 : L'odyssée de l'espace. Pas de voyages interplanétaires, pas de vaisseaux spatiaux à anti-gravitation, pas de base sur la lune, envoyer des astro/spatio/cosmo/sinonautes sur une autre planète relève toujours du rêve et de la science-fiction.
Etonnant aussi de constater combien il était apparemment impossible d’envisager l’incroyable miniaturisation de la taille des ordinateurs, lors de la fameuse scène où Bowman efface la mémoire de HAL, celle-ci se trouve dans une immense salle alors qu’aujourd’hui elle tiendrait probablement sur une pièce de 1 Euro.
Néanmoins, le film tape juste (en plein dans le mille en fait) dans sa vision de l’addiction incroyable avec laquelle l’être humain peut se laisser aller à vivre par procuration au travers de ses multiples écrans. Ne sommes-nous pas devenus en quelques décennies (du moins sur la partie de la planète dite développée) les esclaves de nos machines virtuelles et communicatrices ? Ne passons-nous pas plus de temps à contempler le monde au travers de miroirs aux alouettes que sont la télévision, l’ordinateur et les écrans de téléphone portable, qu’à contempler directement les membres de notre propre espèce ?
Une certaine déliquescence des rapports sociaux semblait déjà être une vision prophétique dans 2001 : L'odyssée de l'espace, elle ne fait semble-t-il que s’accroître.
C’est aussi le film qui fit entrer la science-fiction à l’écran dans le domaine de l’âge adulte. Dorénavant un film de ce genre ne sera donc plus uniquement destiné aux enfants, adolescents et aux adultes présupposés en régression. Une autres SF est donc possible.
Mais tout cela serait vain sans l’émotion et le vertige intellectuel que dégage cette oeuvre à nulle autre pareille.
Kubrick film chaque scène, chaque plan, comme si sa vie (et sa réputation) en dépendait. On sent dans ce film encore plus que dans ses précédents (et ce sera la marque du cinéaste par la suite) combien chaque détail compte et est intrinsèquement lié à l’histoire qu’il raconte. Impossible (et inutile d’ailleurs) de vouloir en faire une liste, d’autres l’ont fait et le feront beaucoup mieux que je ne saurais jamais le faire.
Tentons plutôt d’en dégager modestement (très modestement) les grandes lignes qui en font un chef-d’œuvre cinématographique.
Construite comme une oeuvre lyrique mise en images, découpée comme telle (une introduction, un épilogue ouvert, un entracte même), 2001 : l’odyssée de l’espace est avant tout un long métrage se déclinant sur le mode de l’adéquation totale entre la musique, les sons et ce que l’on voit à l’écran.
Les finalement rares dialogues semblant n’être là que pour ne pas trop perdre le spectateur lambda, d’ailleurs ceux-ci sont fades, sans aspérités, à l’image du phrasé plat de l’ordinateur HAL. Le jeu des acteurs est, de manière volontaire, banal et impersonnel, tout cela pour ne pas prendre le pas sur l’esthétique fondamentale voulue par Kubrick afin de transmettre les émotions voulues au travers d’un cinéma viscéralement elliptique, symbolique, graphique et sonore.
Un pari risqué donc, que le réalisateur assume dès l’ouverture avec ses trois bonnes minutes d’écran noir surmonté par la musique macabre et intense de Gyorgy Ligeti, symbolisant l’aube de l’humanité entre peur et effroi, avant que ne résonne celle pleine d’espérance de Richard Strauss avec l’ouverture de "Ainsi parlait Zarathoustra" et qu’il achève après la dernière ligne du générique de fin par le même écran noir et la totalité du "Beau Danube bleu" de Johann Strauss fils et son espoir fou d’une humanité meilleure. Le reste du métrage étant traversé de fulgurance où l’histoire de l’Homme est "symphonisée" par le talent d’un réalisateur hors du commun.
Profondément humain, tout en étant ironique, à mi-chemin entre le documentaire "anticipateur" et l’opéra filmique.
Symbolique et grandiose, créant l’un des personnages les plus emblématiques d’une science-fiction adulte au travers de HAL.
Relevant encore plus de sa substance à chaque vision, 2001 : l’odyssée de l’espace ne peut décemment pas être considéré comme une œuvre autre que celle à laquelle on peut accoler le titre de chef-d’œuvre.
6/6 - Lionel JACQUET
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Avis de : Ø
Chef d'Oeuvre ultime.
Avis de : Shingo
Deuxième critique sur le site, je poste rarement, mais là je ne pouvais pas faire autrement.
2001 reste pour moi non seulement le plus grand film de science-fiction jamais réalisé, mais aussi le plus grand film de l'histoire du cinéma.
Tout y est maitrisé jusqu'au plus infime détail et son discours (ses multiples discours même) n'ont pas vieilli d'une ride et ne sont pas pas prêt de vieillir quand on voit l'infime différence entre l'homme et la machine et ce, alors que le film a quarante ans.
A voir absolument pour tout cinéphile. Il y a un avant et un après 2001, même si l'on aime pas.
Kubrick et Dick ont inventé le cyberpunk et l'opéra cosmique et depuis personne n'a fait mieux.
Sinon je tiens à féliciter Lionel pour une critique très bien écrite malgré la difficulté que peut représenter l'exercice.
6 sur 6 sans aucun doute, comment noter autrement un chef d'oeuvre?
Avis de : nekro
Là on atteins vraiment les cimes de la science -fiction intelligente qui fait réfléchir. C'est proche de la métaphisique et si on veut de l'action autant ne pas le regarder , mais si on est sensible à l'introspection, aux questions de l'au-delà, du voyage astral c'est le nirvana . La dernière partie nous clou à notre fauteuil. la vitesse de la lumière se mélange au voyage dans le temps, aux multiples dimensions ...
Bon je n'arrive pas trop à m'exprimer et à expliquer ce que j'ai compris ( ou pas ?) mais ceux qui ont appréciés le film me comprendront.
C'est sublime et pour moi c'est le meilleurs kubrick ex-eco avec shinning.( Après y'a oranges mécaniques et full métal jacket qui sont pour moi un poil en dessous mais ce sont des chef d'oeuvres eux aussi ).
Mais 2001 et shinning nous procurent des émotions proches du rêve .
Avis de : novalevski
tout simplement parfait
Avis de : pseudo
Moi qui suis un grand amateur du cinéma de Stanley Kubrick, je ne mettrais pas 6/6... D'ailleurs, quand un film est-il parfait ?
2001 est un grand film mais je suis toujours un peu déçu en le revoyant. Personnellement, je trouve que Kubrick a moins bien maitrisé ce film si on le compare à Orange Mécanique, Lolita ou Shining...
Pourquoi ? Parce que là où les autres vous mènent où le réalisateur veut exactement vous mener, 2001 vous laisse vagabonder vers l'imagination.
Mince critique, évidemment, le film n'est autre qu'un chef-d'œuvre de la science fiction. Un film difficile et sans compromis - à l'image de l'œuvre de ce grand homme du septième art, que je considère être celui qui a le mieux compris le cinéma..
Avis de : pat
un des plus ennuyeux film du cinéma, totalement surestimé
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