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Vous êtes un inconditionnel de Lovecraft ? Pour vous, toutes les adaptations du maître sont des concentrés d'imbécilité ? Alors, ce métrage est fait pour vous ! En effet Blood and sex Nightmare N'EST PAS une adaptation d'un roman, ni d'une nouvelle de Lovecraft.
L'histoire de Blood and sex Nightmare est celle d'un jeune couple en pleine crise. La jeune Amy, de retour des funérailles de son père, trouve son petit ami bien à cran. Elle le suspecte même d'avoir recommencé à fumer. Et pour cause : sa dulcinée se refuse à lui. Parlons peu, parlons vrai : la jeune asiatique exhibe ses charmes enivrant sous les naseaux humides et excités de son homme, sans pour autant le laisser accéder au coït tant espéré. Bref, la tension est palpable, mais pas palpée. [NdR : l'auteur s'excuse pour ce trait d'esprit navrant, mais "c'est sorti tout seul"].
Histoire de faire redescendre la tension (sic), le jeune homme propose à sa compagne de passer quelques jours dans une retraite pour adulte. Le principe est simple, il s'agit de quelques bungalows isolés au milieu de la forêt où aucun tabou sexuel n'a cours. Le jeune homme voit là une opportunité pour enfin mettre popol au chaud. Finalement, c'est une toute autre surprise qui l'attend là bas.
Pas de doute, c'est ce qu'on appelle un traitement, tout en nuance.
C'est avec le sourire que j'ai ouvert l'enveloppe portant le logo de Bloody Earth. J'ai tout de suite pensé à une nouvelle série Z délectable et bien juteuse. J’extrais le DVD de l'emballage cartonné. Et là... Waw. Ca va être bien. Ca ne peut qu'être bien. Cette jaquette peinte représentant une jeune femme aux gros poumons débordants à moitié de sa robe déchirée ; la belle est attachée à un arbre et en arrière plan un visage menaçant se dessine dans les nuages. La peinture combinée au titre annonce la couleur : rouge sang ! Le graphisme n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui des posters de "Entrails of a Virgin" et autres "Guts of a Virgin".
A bien y penser, vous vous demandez ce que vient faire cette foutue tronche de macchabée dans les nuages. Qu'est-ce qu'un esprit peut bien avoir à secouer d'un camp pour adultes franchement libérés et notoirement partousards ? C'est là que l'intrigue se corse, le psychopathe, décédé quelques décennies plus tôt, constitue une pièce du puzzle. Une légende locale raconte que 40 ans plus tôt, là où le camp se dresse maintenant, un tueur aurait mis fin à ses jours.
Snif. Snif. Vous ne trouvez pas que ça sent le cochon grillé ?
Blood and sex Nightmare a au moins le mérite de tenir ses promesses. Comme son titre l'indique, le métrage vous offrira un cauchemar avec du sang et du sexe. Le traitement de l'aspect sex est d'ailleurs plutôt surprenant. Si le film se déroule dans un camp de plaisir pour adultes, à première vue, on pourrait penser qu'il s'agit là d'un lieu anodin pour un slasher qui l'est tout autant. Et bien non, Blood and sex Nightmare ne se contente pas de débiter des libertins, il les montre aussi en pleine action. Ce parti pris de mise en scène donne lieu à quelques scènes bien gratinées, au rang desquelles une superbe scène de domination avec Tina Krause. L'actrice culte remplace au pied levé un mannequin s'étant désisté la veille du tournage.
Ce n'est pas tout. Le premier rôle féminin, une japonaise – doublure cascade de Lucy Liu sur "Charlie et ses drôles de dames se déchaînent" –, est habitée par des visions d'apocalypse qu'un maniaque lui souffle dans sa langue d'origine. Parmi ces bribes cauchemardesques, revient plusieurs fois celle d'un vagin, couvert de sang. Ces visions d'horreur frappent le personnage d'Amy non seulement pendant son sommeil, mais aussi – et surtout ! - pendant que son compagnon tente de l'apprêter à des ébats sexuels. Pour combattre ses démons, la jeune femme aura recours au Shinto, une foi pratiquée seulement par les nippons.
Blood and sex Nightmare présente donc des pratiques sexuelles et religieuses très exotiques.
Pour vraiment comprendre Blood and sex Nightmare, il faut jeter un œil à ses origines. En effet, Joseph R. Kolbek le réalisateur, est sorti de la New York Film Academy à 21 ans. Après quelques mois à essuyer des refus pour nombre d'emplois, il décide de mettre un coup de collier et de se former lui-même. Il appelle donc l'un de ses anciens camarades et lui demande s'il souhaite produire un long métrage pour 3.000 $. L'offre acceptée, Joseph écrit Blood and sex Nightmare en une nuit. Le premier jet du scénario sera le dernier.
Puis tout se passe "bien" – si tant est que ce soit possible pour un film indépendant disposant d'un si petit budget – donc tout se passe, jusqu'à la veille du tournage où deux mannequins censés jouer dans le film, se désistent. Les deux tires au flanc sont donc remplacées au pied levé par Nikki Notarile et Tina Krause. Autant dire que la barre est placée très haute. Pour des actrices auditionnées la veille de la prise de vue, le résultat est admirable.
Le tournage a duré quelques cinq jours. Une bagatelle donc. Mais les conditions étaient loin d'être idéales : boue, froid... Le lot commun de toute production à micro budget (même si l'on notera que Troma réussit à faire bien pire en matière de poisse sur les lieux de tournage, avec des budgets pourtant plus élevés).
Si l'accouchement de Blood and sex Nightmare s'est fait dans la douleur, le résultat n'en est pas moins honorable. En fait, il est même très recommandable puisque le Joseph R. Kolbek a su utiliser à bon escient ses 3.000$. Le film est plus que fauché, et pourtant il est agréable à la vision.
Malgré cela, le réalisateur a tourné la page. Le cinéma d'exploitation n'est plus sa tasse de thé. Déjà à l'époque, ses principales influences se situaient plutôt du côté des jeux vidéo et de la bande dessinée (les mangas plus précisément) que dans le cinéma de genre.
Le travail apporté à l'image le laisse entendre, puisque la réalisation opte souvent pour des cadrages dignes de bande dessinée.
Aujourd'hui, à la vision de Blood and sex Nightmare tous ces défauts sautent aux yeux de Joseph R. Kolbek. Il n'est donc pas prêt de réitérer l'expérience du film de genre. Tant pis ; sans être révolutionnaire, son premier long métrage s'avère être un divertissement idéal pour une soirée entre potes. Il vous plaira d'autant plus si vous êtes un adepte du libertinage et de la course nudiste au fond des bois alors que la brise estivale caresse votre corps humide de transpiration, et que les feuilles bruissent à vos oreilles.
Si t'aimes la bière et les chips, ça marche aussi !
4,5/6 - Colin VETTIER
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