Paul Solet frappe à nouveau, en solo cette fois. Et ça fait TRES mal.
Un jeune couple dans une voiture. Elle est enceinte. La discussion entre les deux personnages est animée, elle refuse l’IRM, lui argue que plus personne ne voudrait accoucher comme au temps de la préhistoire. Le mari s’énerve et alors qu’il tente de doubler le véhicule devant lui, provoque un accident. La voiture se retourne et le sang coule.
A l’hôpital, la jeune femme apprend que le fœtus est mort des suites de l’accident. Elle va tout de même décider de mener la grossesse à terme. Son obsession pour l’enfant doublée d’un instinct maternel aveuglant, vont fausser sa vision de la réalité.
Comme le laissait entendre "Means to an End", le réalisateur est un fan du genre, talentueux qui plus est. Il délaisse ici l’aspect ludique et jouissif résolument punk qu’il avait précédemment abordé dans "Means to an End". Il chasse donc l’esprit Troma qui l’a habité le temps d’un court à grand coup de balai pour faire place à une conception bien plus sérieuse. En effet, Paul Solet aborde avec "Grace" un sujet infiniment plus délicat. Celui de l’enfantement douloureux, dans la détresse physique et mentale. Que se passe-t-il lorsque le nouveau-né, éminemment désiré et dernier lien qu’a la mère avec la réalité, se révèle être "anormal". Pourtant l’amour que la maman a nourri pour son petit pendant la grossesse reste intact. Une histoire où l’amour serait plus fort que la mort ? Comment ne pas penser alors au "Zombie Honeymoon" de Dave Gebroe.
Voilà donc un thème qui ne prête pas à rire. Le cinéaste en a pleinement conscience et adapte donc son style en conséquence.
La mise en scène a donc ici gagné en maturité et en élégance – studio oblige. Chaque plan a reçu toute l’attention du cinéaste pour arriver à un résultat viscéral et graphique. Pendant 6 minutes, les visions s’enchaînent, comme autant de coups de marteau sur le crâne du spectateur. Le montage semble céder parfois à une esthétique "clip". Loin s’en faut, l’usage de plans très courts à ici une utilité toute autre que purement futile – "on ne savait pas filmer alors on a tout coupé comme des sagouins, comme ça les clients n’y verront que du feu". Le réalisateur joue ici avec son spectateur, notamment lors d’une superbe scène où de très brèves images sont entrecoupées de longs noirs, infligeant encore plus de dégâts au public. Forcément, le résultat est un Knock Out ; l’arbitre peut lever le poing de Paul Solet qui aura combattu courageusement jusqu’à la victoire.
Pourtant, quelque chose cloche, le combat ne semble pas vraiment fini. En effet, Grace coupe court au moment où il semble commencer : lorsque le générique de fin remplace la dernière image du court métrage, un goût amer d’inachevé s’invite à la fête.
Cette impression qu’il manque quelque chose à Grace est parfaitement légitime tant la fin est – volontairement – abrupte. Le court métrage "Grace" n’est en fait ni plus ni moins qu’une note d’intention de Paul Solet, une démonstration de ses talents dans le but de vendre son projet.
Grace n’est donc pas un court métrage en soi, mais plutôt la présentation d’un futur long, une bande annonce extensive, réalisée pour attirer les investisseur. Cela explique tant le final qui intervient à un moment où le spectateur en attend plus de la part du cinéaste que le découpage nerveux qui rythme la réalisation. Paul Solet a le mérite de prouver, en 6 petites minutes, qu’il est capable d’accoucher d’un métrage halluciné, bardé de superbes visions cauchemardesques – à ce titre chapeau bas à la scène de l’accouchement qui bat des records d’efficacité et de pugnacité. Il n’en faut pas beaucoup plus pour rallier le public à sa cause. Le défi sera plutôt de convaincre un (des) producteur(s) de l’aider à concrétiser un projet de long métrage aussi excitant que risqué.
D’autres ont cru suffisamment en ce jeune réalisateur pour s’investir pleinement dans ce début de projet. C’est le cas de la superbe Lisa Weil qui incarne ici le personnage de la jeune mère. Bien qu’il soit incertain de tirer des conclusions d’une performance aussi courte, le rôle semble convenir à merveille à la belle Lisa. A la fois émouvante et angoissante, sa courte prestation laisse augurer le meilleur pour la suite.
Pour clore cette petite critique sur une note positive supplémentaire, une mention spéciale à la musique. Grinçante et stridente, elle se retient de céder aux trop faciles couinements violoneux qui semblent être devenus un passage obligatoire pour tout compositeur de bande originale de film d’horreur.
Ne reste donc plus qu’à attendre le développement du projet. Une attente qui risque de provoquer de l’urticaire chez les spectateurs les plus impatients.
Musique ?
5/6 - Colin VETTIER
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Avis de : orion
Y'a pas moyen, faut que je vois ça!!!!!
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