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Le professeur Montserrat est un grand spécialiste de l’hypnose médicale, déchu à cause d’un article paru dans la presse il y a trente ans. Avec son épouse Estelle, il vient de mettre au point une nouvelle technique révolutionnaire, à base de sons et de couleurs. Pour tester son invention, le professeur choisit un jeune homme dans la rue, Mike Roscoe. Ce dernier s’ennuie, malgré ses fréquentations et la compagnie de sa petite amie Nicole et de son camarade Alan. Intrigué par les promesses du professeur de vivre une expérience hors norme, Mike accepte de servir de cobaye. Le test réussit et sans le savoir, ni s’en rendre compte, Mike est désormais sous l’influence de l’esprit du professeur et d’Estelle qui peuvent, à distance, contrôler son esprit. Le professeur pense au bienfait de sa technologie pour les personnes âgées. Mais pour Estelle, c’est dans un tout autre but qu’elle désire s’approprier l’esprit et le contrôle de Mike…
Michael Reeves a eu peu de temps pour nous dévoiler ses talents de réalisateur puisqu’une overdose accidentelle de barbituriques le fit s’envoler vers les cieux à l’âge de 26 ans. De lui, il ne reste que trois films officiels : "La Sorella di Satana" de 66, "La Créature Invisible" de 67 et son chef d’œuvre, "Le Grand Inquisiteur" de 68. Certaines sources l’inscrivent également en tant que réalisateur non crédité du film "Le Château des Morts Vivants" de Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini. On peut également trouver son nom en tant qu’assistant réalisateur non crédité du film "Les Drakkars" de Jack Cardiff.
Si on se concentre sur ses trois films officiels, on s’aperçoit que Michael Reeves ne se borgne pas à un seul style ou à un seul genre d’histoire. Ses trois films sont vraiment tous différents les uns des autres et comme le dit Alain Schlockoff de "L’écran fantastique" dans sa présentation du réalisateur sur le dvd édité par Néo Publishing, son style et sa technique gagne en efficacité à chaque fois et il n’hésite pas à tenter des choses inédites au niveau des mouvements de caméra. Nul doute que si la mort ne l’avait pas emporté si tôt, Michael Reeves serait devenu un très grand réalisateur.
Pour son second film et après avoir profité du talent de Barbara Steele, il choisit cette fois de faire tourner une autre figure légendaire du cinéma fantastique, à savoir Boris Karloff ! Quand on sait que Reeves fera jouer son idole Vincent Price dans son troisième et dernier film, on se dit que pour un petit jeune d’une vingtaine d’années, il a déjà bien de la chance d’avoir pu s’entourer de trois acteurs de légendes ! Christopher Lee aurait-il été son quatrième acteur ? Nul ne peut le dire…
Dans "La Créature Invisible", Karloff est âgé de 80 ans déjà mais son aura, son regard, sa prestance sont toujours intacts et il incarne à merveille ce rôle de savant ayant découvert un procédé révolutionnaire d’hypnose.
"La Créature Invisible", plus connu sous son titre original de "The Sorcerers", est à classer dans le genre "savants fous" et dieu sait qu’ils sont nombreux ces savants fous au cinéma. Pourtant, dans la plupart des cas, leurs actes et leurs buts ne sont pas destinés à faire le mal. Dans "The Sorcerers", Karloff, en voyant que sa machine fonctionne, se met à penser aux personnes âgées, vivant cloîtrées dans les maisons de retraites, et qui, grâce à son invention, pourraient, sans bouger, vivre et ressentir les émotions que la personne hypnotisée ressentirait. En effet, en contrôlant l’esprit de l’hypnotisé, le professeur Montserrat et sa femme découvrent que ce que l’hypnotisé ressent, eux aussi le ressentent. Des choses simples, comme le contact froid de l’eau par exemple, mais aussi des vrais sentiments, comme le désir ou la peur. Animé de bonnes intentions, Karloff découvrira vite que sa femme n’a pas les mêmes intentions que lui. C’est elle qui fera devenir cette technique d’hypnose dangereuse et maléfique.
Pourquoi ? Pour pouvoir vivre ce qu’elle n’a jamais pu vivre ! Vivant dans la misère depuis la parution d’un article faisant passer son mari pour un charlatan, Estelle se voit privée de tout durant trente années. Quant elle découvre qu’elle peut "vivre" des choses par l’intermédiaire de l’hypnotisé, c’est pour elle comme une source de jouvence. Car c’est bien de ça dont le film nous parle. Retrouver sa jeunesse perdue, pouvoir faire des choses que la condition de personnes âgées interdit. Sans argent, Estelle n’a pu s’offrir de belles fourrures, de beaux habits. Pourquoi ne pas utiliser l’hypnotisé pour aller voler ces choses dont elle a tant manqué, sans risquer de se faire prendre ? Cette soif de rattraper le temps perdu, de vivre des choses inédites, sera fatale à la santé mentale d’Estelle. Elle ne parvient plus à se contrôler, son désir est d’ailleurs si fort, que sa capacité à faire obéir Mike est bien plus forte que celle de son mari, qui reste impuissant face à la folie d’Estelle. Folie, tel est le mot le plus approprié pour décrire ce qui l’anime, car elle ira jusqu’à faire commettre des meurtres à Mike pour ressentir l’excitation que cela peut procurer. Une étape insoutenable pour son mari, qui va devoir rapidement trouver une solution pour faire disparaître l’emprise d’Estelle sur Mike.
Comme on le voit, le thème de la jeunesse retrouvée est réellement traité de manière fort originale dans ce film. De plus, le jeu des différents acteurs en fait un bon spectacle, qui saura captiver les spectateurs. "The Sorcerers" a d’ailleurs reçu le Grand Prix au festival de Science-Fiction de Trieste en 67. Le film de Michael Reeves m’a beaucoup fait penser à l’ambiance des épisodes de "The Avengers", époque Diana Rigg. De part le look vestimentaire des acteurs, notamment dans la boîte de nuit, mais aussi par le sujet même de l’histoire et son traitement. Bien sûr, on sent que le film n’a pas eu un gros budget (la salle contenant l’appareil d’hypnose aurait très bien pu apparaître dans un film de Ed Wood par sa sobriété !) mais la réalisation de Reeves et la progression des événements, la descente aux enfers d’Estelle, les actes de plus en plus pervers qu’elle fait commettre à Mike, parviennent à maintenir notre intérêt de façon croissant.
Le pauvre Mike, qui ne comprend pas trop ce qui lui arrive, qui se retrouve accusé de meurtres par ses amis alors qu’il n’a aucun souvenir de ses actes, est brillamment interprété par l’acteur Ian Ogilvy. Ian est un habitué des tournages de Michael Reeves, puisqu’on le retrouve dans les trois films de ce dernier.
Au final, "The Sorcerers" s’avère une bonne surprise, qui comblera les amateurs de récits façon "Quatrième Dimension". Un petit budget fort bien réalisé, qui possède un rythme lent mais jamais ennuyeux et qui tire partie de ses acteurs et des situations qu’il met en place. Michael Reeves fait preuve d’un réel savoir-faire, qu’il confirmera de façon magistrale l’année suivante avec "Le Grand Inquisiteur" ! Je vous recommande vivement la découverte de cette variation du thème de Faust et de la recherche de l'éternelle jeunesse, maintes fois vu au cinéma ("Le portrait de Dorian Gray", "La Beauté du Diable"...) mais présentée ici de manière plus qu'innovante !
4/6 - Stéphane ERBISTI
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