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CANNIBAL
( CANNIBAL )
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L’un de nos confrères américains a dit du film : "A côté de Cannibal, Salo fait figure de guimauve." En voilà plus qu’assez pour éveiller ma curiosité. Mais qu’en est-il vraiment ?
Tiré d’un fait divers connu de tous, Cannibal narre l’histoire d’un jeune homme à la recherche de chair humaine pour sa propre consommation. Par l’entremise d’Internet, il va chercher une victime consentante pour sa première expérience d’anthropophagie.
Après quelques entrevues foireuses, il va finir par rencontrer celui qui sera sa pitance. Mais avant de dire adieu à la vie, la "victime" entraîne le cannibale dans une joute sexuelle, prémices de l’intégration de son corps dans le sien.
Si "la Chair" se montre plus que volontaire à achever sa destinée dans le cannibale, ce dernier souffrira de quelques hésitations avant de passer à l’acte. Rien d’insurmontable, puisqu’il finira par dépecer la chair après qu’ils aient tous deux mangé son pénis.
Entendons-nous tout de suite, Cannibal est un drame qui ne fait jamais dans la demie mesure. Il n’est pas question ici de s’encombrer de tabous pour dépeindre ce fait divers macabre. Bien au contraire, il apparaît clair que la volonté du cinéaste est d’aller le plus loin possible dans l’insupportable, de disséquer cette affaire sujette à la curiosité morbide des masses. Cette démarche pourra être critiquée et elle le sera sûrement, comme tout produit culturel sans concession. D’ailleurs, le gouvernement allemand a réagi de la manière la plus discutable possible en interdisant le métrage. De son côté, le MPAA (comité de censure américain pour ceux qui ne suivraient pas) a cru bon d’en enlever 18 minutes, de l’interdire aux moins de 18 ans avec pour seul commentaire "un peu violent". Voilà donc un métrage qui se traîne déjà une réputation sulfureuse. Comment aurait-il pu en être autrement au regard du sujet traité ?
La question que vous devez tous vous poser est : le métrage est-il à la hauteur du sujet traité ? La réponse est un oui franc et massif. Le travail de Marian Dora – dont c’est la seule réalisation au jour d’aujourd’hui – est malsain à souhait.
Si l’on pouvait penser trouver là une grosse zèderie n’hésitant pas à aller dans le grand guignol en mettant les deux pieds dans le plat, on se retrouve en fait en face d’un drame d’une intensité et d’une cruauté qui en rétameront plus d’un(e).
Dès l’introduction du métrage, la couleur est annoncée : un extrait d’Hansel et Gretel est lu à voix haute alors qu’un long panoramique survole les pages du livre, entrecoupé d’un visage d’enfant à demi dissimulé dans l’ombre. Puis la voix se tait et le plan se prolonge sur des revues et ouvrages traitant de cannibalisme, meurtre, Hitler et autres… Une fois la scène d’introduction passée, le métrage enchaîne sur la quête du cannibale. Nombreux sont les très gros plans de sa bouche, sa langue humectant ses lèvres. Comme si ces cadrages ne suffisaient pas, ils sont rehaussés d’une bande son saturée par le souffle de notre cannibale. Rien à voir avec la respiration encombrée mais discrète de "Maniac", ici c’est d’une respiration haletante, saccadée, proche de la perversion, qu’il s’agit. Et celle-ci est sur-mixée par rapport aux autres éléments sonores, devenant passablement gênante pour le spectateur. Respirations, halètements, déglutitions et hoquets vous combleront les conduits acoustiques tout au long des 90 minutes que dure Cannibal.
Bien sûr, le souffle est de temps à autre relayé par des compositions (au piano surtout), toujours en phase avec le métrage, même si parfois légèrement anecdotique. Les bruitages dominent, plaçant le spectateur bon gré mal gré au beau milieu des séquences qui se déroulent sous ses yeux. Mais le spectateur veut-il vraiment voir ce qui lui est proposé ? La société voyeuriste qui se complait à fouiller les excréments de ses prochains en public, pousserait-elle à de tels extrêmes ?
Probablement pas. Pour la moyenne des spectateurs, le film est bien trop violent pour être supporté. Mais puisque nous sommes là pour ça, alors allons-y gaiement.
Tout aussi surprenant est le traitement apporté à l’image. En effet, celle-ci oscille entre des tons légèrement sépia et résolument verdâtres. Elle semble aussi parfois couverte d’un voile parasite, mais rien de bien gênant. Cela donne un aspect réaliste, crade qui sera, selon les goûts, apprécié ou conspué.
Le travail fait sur les couleurs fera, lui, l’unanimité. Il est tout simplement grandiose. Les teintes qui se dégagent de l’image sont suffocantes et puent littéralement le renfermé. La folie du personnage principal s’en dégage suffisamment pour mettre mal à l’aise. Pour être totalement sûr de maintenir le spectateur dans ses filets, le réalisateur filme les scènes violentes (95% du métrage donc) exclusivement dans des espaces réduits. Le champ de vision du spectateur est comme bridé par des œillères, créant une impression de claustrophobie malsaine particulièrement efficace. L’aspect "prisonnier de l’image, prisonnier de la folie du cannibale" fonctionne à merveille.
De ce fait, l’action concentre toute l’attention. Impossible de manquer quoi que ce soit.
A cela s’ajoutent de longs panoramiques bien lourds, effectués de main de maître à la grue. Ces mouvements pesants, forment la cerise sur le gâteau cinématographique qu’est Cannibal. Ils traduisent une volonté de faire plonger à tout prix le spectateur dans le délire des protagonistes, tout en y mettant les formes. Et quelles formes ! Comme ne pourrait pas le dire un adolescent post-pubère devant l’insipide platitude de Paris Hilton.
"Bon, alors, c’est très bien tout ça, mais concrètement qu’est-ce qu’on voit ?" Absolument tout, rien ne vous sera épargné. L’entrevue entre le cannibale et sa Chair constitue l’élément le plus fort : une longue séquence d’amour homosexuel. Puis commencent les hostilités, pénis coupé en gros plan. Il est cuit et mangé par les deux individus, comme le veut le fait divers.
La souffrance et la folie sont donc présentes en rations plus que satisfaisantes. Ici, pas question de rigoler, le but affiché est de coller à la réalité. Qu’importe si elle n’est pas belle à voir la réalité, elle a le mérite d’être tangible.
Marian Dora a tenté de faire dans l’exhaustif. C’est réussi, mais à quel prix ? Etait-il nécessaire d’amasser autant de plans violents, glauques et subversifs ? Cannibal trouvera-t-il un public ? Sans aucun doute, mais cela prendra un certain temps. Celui qu’il faut pour digérer un métrage aussi sale et répugnant que Cannibal.
Très carré techniquement, jusque dans les effets spéciaux, parfois à vomir, Cannibal est irréprochable sur ce plan. Le seul bémol sera peut-être les deux acteurs qui jouent en anglais avec un accent germanique très prononcé.
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