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COMPTE RENDU DE L AVANT PREMIERE DE MORTUARY AVEC TOBE HOOPER , un dossier de Stéphane Erbisti
 

 

Spécial dédicace à Flora, ex membre de la Fabrique de Films.

 

Lundi 27 mars. Je quitte de mon boulot à 15h. Ma femme m’attend dans la voiture. Le temps de faire le plein d’essence et me voilà en route pour Paris. Appareil photo, poster de "Massacre à la Tronçonneuse", clé Usb MP3, plan de Paris, numéro de téléphone de Flora, mon contact qui a eu la gentillesse de m’inviter avec ma femme pour l’avant première de "Mortuary", le nouveau film de Tobe Hooper. Je pense n’avoir rien oublié. Un peu stressé quand même car j’avais lu la veille qu’il avait annulé sa venue au festival du BIFFF. Et s’il avait également annulé sa venue ce soir ?? Coup de téléphone à Flora. Répondeur. Bon, je n’aurai pas confirmation de la présence de Tobe Hooper. Tant pis, pas le temps d’y penser, il faut enchaîner les kilomètres. 134km pour être exact. C’est peu mais bon, Paris et ses légendaires embouteillages, mieux vaut assurer et partir en avance. Au revoir Reims, Paris nous voilà !

Comme un fait étrange, à l’approche de Paris, c’est dans le sens inverse que les bouchons se profilent. Moi, rien. Même pas un ralentissement. Incroyable. Je ne monte pas souvent sur Paris mais quand j’y vais, y’a toujours à un moment un ralentissement qui dure, qui dure. Pas aujourd’hui. Tant mieux.

17h15. Ben merde alors, je suis déjà arrivé ! A peine 1h30 de route avec ma 106 qui n’avance pas. En plus, la Cinémathèque Française, lieu où va se dérouler la projection, est quasiment à l’entrée de Paris. En deux temps, trois mouvements, je suis garé devant. Petit coup de téléphone à Flora pour la prévenir que nous sommes bien arrivés. Elle me dit qu’elle arrivera vers 19h / 19h30. Rendez-vous est pris. En attendant, petit tour dans le quartier, arrêt chez un traiteur chinois (ma femme adore !) pour manger un peu. L’heure tourne, ça se rapproche…

 

19h15. Allez, faut y aller. Appareil photo dans le sac de ma femme, mon affiche dans la main, on entre dans la Cinémathèque, quelques personnes sont présentes, ça papote tranquillement. Je vois une jeune femme avec un listing à la main, je me demande si c’est Flora mais quelqu’un l’appelle Alexandra. Un prénom qui ne m’est pas inconnu, ça doit être la personne chargée de gérer les interviews que j’ai eu au téléphone il y a quelques jours. Je m’assois et j’attends. Une jeune fille entre, me regarde et me fait un grand sourire. Première rencontre avec Flora, qui n’est pas venue les mains vides ! Elle m’offre un beau tee-shirt "Mortuary" que La Fabrique de Films a réalisé. Elle en a d’autres pour les invités de la soirée. On discute un peu, on établit notre plan d’action pour avoir une dédicace de Tobe Hooper. Elle retourne à ses obligations, ma femme et moi, on se met dans la file des invités. J’avance un peu, je me retourne et je vois un monsieur en blouson de cuir, petites lunettes, cheveux et barbe grisonnantes. Tobe Hooper ! Il est là, à quelques mètres de moi. Je suis comme un gosse qui vient de voir un nouveau jouet. Derrière moi, un garçon sympa a la même réaction. "C’est Tobe Hooper n’est-ce pas ?" me demande t’il. Tu parles que c’est lui ! Le directeur de la Cinémathèque vient à sa rencontre, ils s’échangent quelques mots, Tobe est très détendu. Tout le contraire de moi. Bon, faut se rendre à la projection. On s’installe, la salle sera rapidement pleine. Je vois Flora à l’entrée de la salle qui semble chercher quelqu’un. Je lui fais un coucou, elle vient vers moi et me dit "si tu veux, Tobe Hooper est encore dans le hall, y’a plus que quatre/cinq personnes autours et il signe des autographes." Je choppe mon poster, et me lève à vive allure. Elle m’emmène dans le hall, gère avec le responsable des entrées pour que je puisse entrer à nouveau vu que je retrouve pas mon ticket, et m’amène devant le réalisateur de mon film culte. Il cause avec des personnes, je n’ose pas le déranger. Son ami (un monsieur qui ne cause qu’en anglais) voit mon poster et reconnaît l’affiche. Il appelle Tobe pour lui dire de venir signer le poster. Ma tension cardiaque est à son maximum, je suis à la limite du malaise. Je ne pensais pas que ça me ferait autant d’effet. C’est presque un sentiment de panique. Pas très agréable. Je m’avance vers lui, lui tends la main et bredouille un truc du genre "it’s a great honor for me to meet you". Mon niveau d’anglais n’étant pas au plus haut, pas évident de gérer tout ça. Je pose mon poster devant lui, et je lui dis que pour moi, c’est le plus grand film jamais réalisé. Il sourit, me remercie de ce compliment. Il me demande s’il signe juste "tobe hooper". Je lui dis : "to Stéphane, if possible…". Il se demande comment écrire Stéphane correctement. Les personnes encore présentes autours de nous lui épellent mon prénom. Une ambiance très sympa. Une fois la signature effectuée, je reste un instant immobile, ne réalisant toujours pas que j’ai Tobe Hooper devant moi. Ca fera peut-être rire certains, mais quand c’est un moment que vous attendez depuis des années, je peux vous dire que ça fait un sacré choc. Et d’un coup, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’enlève la manche droite de mon polo et lui dévoile mon tatouage de Leatherface. Il fait un "whouaahhh !!" admiratif et se rue sur son ami pour lui emprunter un caméscope. Il filme mon tatouage, me filme puis fait un plan sur mon affiche et sur sa dédicace. Me voici immortalisé sur une cassette qui ira sûrement rejoindre sa collection personnelle de souvenirs qu’il enregistre lors de ses déplacements dans d’autres pays. Son attaché de presse française trépigne, il faut lancer la projection. Je retourne dans la salle rejoindre ma femme.

 

Je lui explique ce qu’il vient d’arriver, j’en tremble encore. J’ai l’impression d’être dans un sauna ! Le directeur de la Cinémathèque se présente sur scène, fait un petit pitch de présentation de Tobe Hooper, pitch qui me fait bondir quand il cite "l’imagerie gore de Massacre à la Tronçonneuse". Argghhhhhh. Massacre à la tronçonneuse et gore. Deux termes incompatibles. Bref, passons. Tobe entre à son tour, acclamé par la salle. Il nous souhaite une bonne projection, nous dit qu’il espère que le son est bon et en 5.1 (il rit), et qu’il faut aimer les trucs gluants pour apprécier le film.

La salle plonge dans le noir, mortuary commence.

 

21H45 environ. La lumière se rallume. J’ai vraiment adoré le film. Fun, divertissant, mélangeant dans une bonne alchimie rire et frisson. Le parfait tour de train fantôme. J’aurai juste préféré que la dernière image du film n’existe pas, je le trouve inutile. Mais bon, simple détail. J’ai les oreilles en compotes par contre, le son était vraiment trop fort. En tout cas, ça fait plaisir de voir que Tobe Hooper n’est pas "mort" comme beaucoup le disent. Après "Toolbox Muders", il confirme qu’il faudra toujours compter sur lui. Certes, mortuary est loin d’un film comme massacre a la tronconneuse, mais c’est un film qui respire les années 2000, prouvant que le maestro a su enfin s’adapter, chose qu’il n’avait pas réussi à faire durant la décennie 90. En plus, on trouve dans mortuary des références à l’univers de Lovecraft, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Nouvelle acclamation de la salle qui salue l’entrée de Tobe Hooper, accompagné d’un traducteur. En effet, un petit débat va avoir lieu. Je sors mon enregistreur Mp3 pour tenter de vous faire bénéficier de cette rencontre avec le public. Les questions ou les interventions seront précédées de la lettre "Q", les réponses du réalisateur des lettres "TH".

C’est le directeur de la Cinémathèque qui va débuter le débat, en posant plusieurs questions à Tobe Hooper :

 

q : On retrouve dans "Mortuary" votre style, on reconnaît tout de suite votre patte, on sait que c’est un film de Tobe Hooper. Comment parvenez-vous à garder un style reconnaissable, et ce, tout au long de votre carrière ?

TH : Je crois que c’est un peu un phénomène inconscient, c’est un petit peu comme des ondes radios qui me viennent comme ça. C’est comme ça que je fonctionne, et c’est comme ça finalement que je mets à jour ma mémoire. Voilà, c’est comme ça que mon fonctionnement peut se définir.

q : Alors, l’idée de ce film, comment est-elle venue, comment est-ce que ce film est né, pourquoi est-ce que vous avez choisi ce sujet ?

TH : En fait, l’aspect des champignons, des moisissures, tout est parti de là, et c’est quelque chose d’assez compliqué, la manière dont ça s’est ensuite développé dans mon esprit. En fait, c’était un petit peu trop compliqué de partir de cet élément là. Et donc, lorsque j’ai choisi le décor, il y avait cette espèce de montagne un peu verdâtre derrière les Pompes Funèbres. quand j’ai commencé à faire les premiers repérages pour commencer à tourner le film, il y avait cette maison, là, près d’un lac. On a déblayé énormément de boue, de graviers, peut-être 50 ou 100 tonnes de graviers ont été déblayées ensuite. quand j’arrivais, il y avait cette maison qui donnait l’impression de quasiment couler dans l’eau, de se noyer. Il y avait cette notion importante de sable mouvant. Et c’est à partir de ces sables mouvants, de ces champignons, de cette formation de lichens et d’algues que j’ai commencé à développer le scénario, l’idée du film. C’est probablement une métaphore de ce qui est en train de se passer aujourd’hui aux Etats-Unis.

q : Justement, à propos de…, c’est très frappant dans ce film, ou dans "Massacre à la Tronçonneuse" par exemple, il y a une vision de l’Amérique, et notamment de l’Amérique profonde du sud des Etats-Unis, qui est une vision très noire, très sombre, un peu avec l’idée que le chaos en fait règne, même dans l’idée qu’on préserve des valeurs comme la famille ou la loi, et en fait, ici, on est même du côté du mal, à la fois avec la mère, qui représente la famille, ou quand on est du côté du shérif, qui est la loi. Et ça, c’est quelque chose qui est très persistant, présent dans votre œuvre, depuis "Massacre à la Tronçonneuse".

TH : Je vais peut-être vous répondre par une anecdote, l’un de mes premiers souvenirs : "Mes parents étaient gérants d’un hôtel, dans l’ouest du Texas. Il y avait des tempêtes régulièrement qui charriaient de la poussière et le vent venait frapper les vitres, c’était impressionnant. Ma mère plaçait des serviettes sous les fenêtres pour empêcher le vent d’entrer dans la pièce. J’étais au dernier étage de l’hôtel et de l’autre côté du couloir, une bagarre venait de se déclencher à ce moment là. J’étais près de la porte, mon père était là également, et on surveillait la situation au cas où éventuellement des balles venaient à être tirées. Ma mère voulait qu’on s’éloigne de la porte afin de ne pas recevoir une balle perdue. C’est alors que j’ai entendu une toux, quelqu’un qui toussait, et je vous rappelle que j’avais trois ans, c’est l’un de mes tous premiers souvenirs de gamin. Je me suis mis à ramper en reculant et tout d’un coup, j’avais en face de moi les barreaux en cuivre du lit. Il y avait toujours cette toux que j’entendais, cette personne qui toussait un peu lentement. A ce moment là, j’étais comme une sorte de caméra humaine, et j’ai relevai la tête et j’ai vu mon oncle fondre littéralement sur moi, continuant à tousser et expectorant du sang dans son mouchoir. Il y avait donc cette bagarre qui se déroulait à quelques mètres, il y avait des coups de feu qui étaient échangés, il y avait mon oncle qui toussait et expectorait du sang et il y avait le vent qui frappait les fenêtres de l’hôtel. Plus tard, j’ai appris que mon oncle couchait avec le meilleur ami de sa femme (Eclat de rire dans la salle, le traducteur s’excuse et reprend…) avec la meilleure amie de sa femme, et tandis qu’il tentait de s’échapper en rampant par la fenêtre, son amie a commençait à lui tirer dessus. Il avait été blessé par une balle qui a atteint son dos et donc, résultat, il a commencé à cracher du sang, beaucoup, beaucoup de sang. Il a alors sorti un poing américain de sa poche, me l’a tendu et a dit : "tiens mon p’tit, tu en auras besoin un de ces jours." Voilà, je crois que ça en dit long en fait sur moi. (rires et applaudissements de l’assistance.)

 

q : quand on pense à l’époque où "Massacre à la Tronçonneuse" est sorti, moi j’étais trop jeune pour l’avoir vu à ce moment là, mais tout le monde a été très terrifié par le film à ce moment là, et quand on l’a revu plus tard, il y a une dimension d’humour macabre qui est apparu plus évidente. On a l’impression que dans votre cinéma, il y a toujours un équilibre à tenir entre la terreur, l’humour, le rire même, le grotesque et la critique sociale. Alors comment on fait pour faire tenir tout ça en équilibre, y’a t’il une recette… ?

TH : quand "Massacre à la Tronçonneuse" est sorti, le public américain n’a pas compris cette dimension humoristique pendant cinq, voir sept ans, et ce n’est qu’ensuite que les gens ont compris qu’il y avait un aspect comique. Il y a une situation véritablement ironique dans la plupart des situations réelles, comme lorsque le grand frère dit : "regarde ce que ton frère a fait à la porte". Il y a une dimension en permanence de distance ironique par rapport à la situation vécue. La famille est parfaitement authentique, j’ai campé de vrais personnages, ils ont existé dans mon esprit, dans mon imaginaire avant même qu’on ne les voit à l’écran. Il y a une grande ironie dans le film qui est passé totalement inaperçue pendant de longues années. Au-delà de la folie de cette famille, ils avaient leur propre fonctionnement, leur propre moral en quelque sorte et c’était une famille authentique et c’était des personnages qui se tenaient. Y’a un plan dans le film où Leatherface tue sa troisième victime, après que Pam soit sortie du frigo, il heurte la cage contenant le poulet, qui se met à caqueter, et se précipite à la fenêtre pour regarder dehors. Il commence à se poser des questions, se donne des tapes sur les joues. Il y a ensuite un gros plan sur son visage et on voit nettement ses yeux pour la première fois. Il y a en fait un second discours en quelque sorte, au-delà de ce que l’on voit, et il se dit qu’il est vraiment dans de sales draps, qu’il est dans une situation très périlleuse. Il se demande d’où est-ce que ces gamins proviennent…
Ces communautés ont leurs propres fonctionnements, leurs propres valeurs morales, comme tout autre groupe, ou regroupement d’humains.

q : Ce qui est intéressant, c’est qu’il faut de l’humour mais il ne faut pas qu’il y en ai de trop parce qu’on a peur aussi. Dans quelle mesure l’humour peut aller contre la sensation de peur ?

TH : Je vais vous dire exactement jusqu’où on peut aller. Je m’étais bien rendu compte qu’on n’avait pas perçu tout l’humour, toute la distance ironique dans ce premier film. Aussi, quand j’ai fait massacre a la tronconneuse numéro 2, dix ans plus tard, il était dix fois plus sanglant mais beaucoup plus drôle, et il n’était plus effrayant du tout.

Le directeur de la Cinémathèque demande alors si des spectateurs veulent intervenir.

q : J’ai trouvé très intéressant le personnage de la mère, on a l’impression d’être dans une scène de pionniers, c’est à dire, on est dans la caravane pour aller conquérir une situation, et ce que je trouve très beau, c’est la fin, où les héros sont rattrapés par les méchants alors qu’on s’attendait, nous spectateurs, à une belle fin.

TH : J’ai du mal à trouver, à mettre une fin heureuse. Le monde n’est pas vraiment dans une situation très heureuse, le monde va mal, et c’est pour ça qu’il n’y a pas d’happy ending.

q : Moi, il y a quelque chose qui m’a perturbé dans la première partie du film, avant qu’on commence à voir le mal, c’est la façon dont les protagonistes rentrent dans l’antre du dragon, dans chaque pièce on a l’impression que se cache un maléfice, le mal, et ce qui m’a perturbé, c’est la place de la caméra, au moment où le protagoniste rentre, la caméra est semi-subjective, on s’identifie vraiment et au moment où il rentre, la caméra redevient objective, depuis l’intérieure de la pièce et là, on prend une distanciation par rapport aux tensions, à la pression de la scène, et moi, j’ai eu du mal à me positionner et ça a fait retomber la pression qui était montée. Voilà…

TH : C’est très intéressant mais je crois que j’ai sans doute besoin d’y réfléchir un petit peu…[la salle éclate de rire et applaudie…le traducteur rajoute en direction de la personne qui vient d’intervenir : "j’ai traduit fidèlement" (lol)]

q : Les premières victimes sont attaquées alors qu’elles sont en train de faire l’amour. Etes-vous pour la nouvelle moralité ?

TH : Oh non, non, non. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette nouvelle moralité ! (rires)

q : Bonjour, j’ai une question sur Poltergeist : est-ce que Steven Spielberg était très présent sur le plateau ?(Eclats de rire dans le public…)

TH : Il préparait E.T. à l’époque et il passait comme ça en vélo… (rire général de la salle !)

q : J’ai une question sur la signification du repas familial, enfin s’il y a une signification : on voit dans ce film un repas familial un peu rude, et dans massacre a la tronconneuse, il y avait aussi un repas familial inoubliable.

TH : Je crois que les disfonctionnements les plus graves dans les familles ont souvent lieu au cours d’un repas. J’aimerai bien faire tout un film au cours d’un repas.

q : Dans beaucoup de classiques des films d’horreurs, on voit souvent un enfant. Dans "Shining" par exemple, il y a un petit garçon et dans votre film, il y a une petite fille qui prend une place importante puisque c’est le premier personnage que l’on voit dans le film, et qui joue merveilleusement bien et qui donne beaucoup pour la dimension du film. Elle a un regard maléfique… Je me suis toujours demandé comment un réalisateur recrute une enfant en bas âge pour la faire jouer dans un film atroce, même pour certains adultes, et comment faîtes vous pour la diriger, lui indiquer les mouvements qu’elle a à faire ?

TH : quand Stéphanie Patton est venue pour l’audition, je lui ai demandé de jouer une scène, à ce moment là, son regard est venu sur mon visage, a même été au-dessus de mon visage, et elle a commencé à exploser littéralement sur un plan émotionnel, à pleurer, et à ce moment là, il y a des sanglots qui ont inondé son visage, et chacune de ses larmes méritait au moins 100 000 points pour un réalisateur. Je me suis demandé comment elle allait réagir par rapport au sentiment de la peur, je commence alors moi-même à hurler, mais pas de manière agressive, ce n’est pas dirigé contre les acteurs, c’est simplement un exercice, et à ce moment là, elle a commencé elle aussi à hurler, et voilà, c’est par cette espèce d’échange que les choses se font, je me mets moi aussi un peu en retrait et je commence toujours comme ça, à crier, par rapport aux comédiens. Je laisse tourner la caméra, je n’ai pas besoin de dire "coupez" en permanence, je laisse tourner et je peux avoir comme ça un certain nombre de mètres de pellicule qui sont "impressionnés". Ca permet de ne pas couper les comédiens dans leur élan. Ne pas avoir besoin de dire "coupez" perpétuellement permet aux comédiens de rester dans leur univers, ils peuvent comme ça se laisser aller, continuer, continuer, et on atteint à ce moment ce niveau d’hystérie, de furie, dont j’ai besoin chez les comédiens pour exprimer ce sentiment de peur et d’angoisse. C’est pas mal aussi pour les producteurs puisqu’on ne fait qu’une seule prise et d’un point de vue économique, c’est pas mal ! (rires) C’est après qu’on commence à compter pour voir combien de mètres de pellicule j’ai utilisé. Kubrick pensait que les choses commençaient à devenir réellement intéressantes et de qualité après la soixantième prise. J’ai causé avec Shelley Duval, l’actrice de "Shining", et elle a vraiment frôlé la dépression nerveuse sur ce film. L’objectif, c’est vraiment de pousser les comédiens jusque dans leurs retranchements, et en général, ils sont prêts à aller jusqu’au bout.

 

q : Le scénario de "Mortuary" est manifestement très influencé par Lovecraft, on sent que le mal qui imprègne cette maison est d’inspiration lovecraftienne, il y a même un écriteau dans le caveau qui est une citation directe, est-ce que c’est un écrivain qui vous a beaucoup influencé ?

TH : Pour ce scénario, oui, Lovecraft a été d’une influence majeure.

q : Bonsoir, vous avez participé aux Masters of Horror, est-ce une expérience qui vous a plu et est-ce que ça peut être un bon avenir pour le cinéma fantastique ?

TH : Je le crois. Ce qui est très intéressant, c’est qu’il n’y a pas de carcan, le réalisateur a vraiment toute liberté, la liberté également sur le montage final du film, ce qu’on appelle le "final cut", et par ailleurs, on a pas à affronter la commission de classification des films, la MPAA, qui classifie les films et leurs donnent un label, interdit aux moins de 13 ans, adultes ou tout public, etc, etc… Ca donne vraiment une bien plus grande marge de manœuvre et de liberté aux réalisateurs.

q : Bonjour. Je crois avoir lu que vous aviez dit un jour que la première chose qui devait faire peur quand on parlait d’un film d’un réalisateur, en l’occurrence d’un réalisateur de films fantastiques ou d’horreurs, c’était le nom du réalisateur lui-même, on doit déjà avoir peur du nom de la personne, ça devait déjà nous prévenir de quelque chose. Je voulais savoir si ce n’était pas difficile sur toute une carrière cinématographique d’être considéré comme quelqu’un de potentiellement dangereux, par les ligues morales, par la censure, et finalement comme quelqu’un d’assez répréhensible vis à vis de la société, et je me demande si les vrais méchants ne sont pas plutôt ailleurs… Je me disais que ça serait peut-être mieux si Tobe Hooper était au congré américain ou Président des Etats-Unis, car il m’a l’air tout à fait équilibré et réfléchi…

TH : Oh oui ! Ca donne toute une nouvelle signification au nom de "Leatherface", le protagoniste de "Massacre à la Tronçonneuse". C’est pas mal comme solution de déplacer le problème et de le donner au voisin. Après que j’ai réalisé "Massacre à la Tronçonneuse", il y a eu énormément de fausses rumeurs me concernant, beaucoup de mensonges, on a même dit que je pilotais une énorme moto, alors que je n’ai jamais eu de moto… On m’a tout le temps pointé du doigt, on a toujours dit de moi que j’allais finir par assassiner quelqu’un, ça m’a beaucoup préoccupé à une époque, et puis finalement, je me suis dit qu’après tout c’était mon boulot, que c’était le genre de film que je faisais, alors qu’en fait, moi, j’aurai bien aimé faire des comédies par exemple. Ces dernières années, j’ai fini par assumer, voilà, c’est le genre de films que je fais, je l’ai accepté, je vis avec ça très bien, et je me moque bien de ce qu’on peut dire de moi.

q : Comment avez-vous préparé ce film, était-ce pour le cinéma ou la télévision, et quand est-ce que le film sortira aux Etats-Unis ?

TH : le film a été tourné en 35mm, pour le cinéma. Il a bénéficié d’une petite sortie en salle, car aujourd’hui, les éditeurs de dvds donnent deux fois plus d’argent que les exploitants en salles. Les campagnes de publicité sur les films sont principalement axées sur la sortie du dvd, on voit des campagnes à la télévision, qui indique la date de sortie du film en dvd, et c’est là qu’on voit que le film est déjà sorti en salle. Ce film a été tourné pour le cinéma. Même si je travaille pour la télévision, je déteste la télévision.

 

Le directeur de la Cinémathèque remercie Tobe Hooper, la salle applaudie, et fait une "standing ovation". Tobe Hooper, très sympa, accepte de signer des autographes. Je me précipite au devant de lui, lui demande si je peux me prendre en photo à ses cotés, il accepte et ma femme immortalise ce moment. Je le salue une dernière fois, puis me dirige vers la sortie. Flora nous rejoint, me demande si ça s’est bien passé, si j’ai eu ma photo. Elle me dit que pendant la projection, ou Hooper était avec les organisateurs de la soirée, il leur a parlé de mon tatouage et qu’il l’avait adoré ! Un dernier remerciement à Flora et me voilà reparti en direction de Reims. Une bien belle soirée, que je ne risque pas d’oublier de ci tôt !

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