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Une voix de lutin diabolique nous déclare que ses parents n'auraient jamais dû le mettre au monde. Sa genèse, c'est l'histoire d'une femme d'autant plus obsédée par l'envie d'avoir un enfant qu'elle ne parvient pas à en avoir, ou à garder en vie ceux qu'elle met au monde. Elle sera bientôt surnommée "l'ogresse des Bouches-du-Rhône". Dans le fin fond de sa petite exploitation agricole, elle doit supporter un mari fainéant, ivrogne et amateur de porno, jusqu'au jour où il s'avise de la priver de son substitut d'enfant pour lui proposer de lui en faire encore un, un vrai. Basculant dans la folie meurtrière, elle commence alors une véritable éducation sentimentale, jalonnée d'horreurs et d'émotions.



C'est à une étrange rencontre que nous invite Rémi Lange : à la fois un réalisme sans apprêt, tel qu'on peut le trouver dans un documentaire sur le vif (on pense notamment aux séries "Strip-Tease" diffusée sur le petit écran), et un fantastique révulsant, insolite ou tout simplement horrible. Le jeu d'acteur plus vrai que nature, avec ce que cela impose de silences et de dialogues naturalistes, vous enfonce d'abord dans un quotidien poisseux, pesant, étouffant : une véritable gangue où l'horreur est d'abord celle de vivre dans un couple complètement mort, une vie complètement foutue.

Puis soudain c'est la découverte capitale, perturbante, et toute la donne est changée. Cette épaisse tranche de vie s'avère pourrie jusqu'au cœur, et baigne dans une folie aussi douloureuse que sidérante (parmi les références revendiquées, on trouve David Lynch - celui d' "Eraserhead" - mais on pense aussi à Bunuel et aux productions Troma : en somme, le décalage est au rendez-vous). On est alors reconnaissant à "l'ogresse des Bouches-du-Rhône" et à son agaçante aide-ménagère de nous débarrasser de ce poids énorme, nous écrasant sous les non-dits durant toute la première partie. Et on comprend avec bonheur que Rémi Lange possède plus d'une corde à son arc.



Malgré les apparences, ce ne sont pas les viscères que le réalisateur vise de ses flèches. Ou s'il les vise - dans des visions aussi étranges et percutantes que celles d'un cauchemar -, c'est pour trancher leur fatalité et libérer le cœur. Le personnage incarné par Annie Alba va tout faire pour échapper à ce qui apparaissait d'abord comme un destin inévitable : une situation sociale sans relief, un mariage aussi régulier que sordide, une matrice douloureusement incapable de donner une vie durable. Le film est cet itinéraire, tourné vers une idée obsédante et meurtrière, et littéralement hanté par les fantômes de l'échec. Horreur psychologique, donc, en même temps que charnelle.

Si la chair pourrit et trahit, si le sang coule, l'espoir est aussi permis… mais d'une façon très ambiguë. Car c'est là que le film, en définitive, peut secouer le plus violemment, remettant en cause l'innocence et les bienfaits supposés de la volonté d'enfanter. Le sujet, si on y regarde bien, est particulièrement épineux et ne manquera sans doute pas de faire des vagues, car il correspond à un tabou collectif aussi lourd qu'une chape de plomb. Toutefois, si Rémi Lange refuse le politiquement correct, force est de constater qu'il le fait avec autant de cruauté que de tact, car il aurait pu aller beaucoup plus loin. Il n'y a aucune volonté de blesser dans "Mes Parents", et on y trouve même une profonde humanité.



C'est du côté des sentiments que l'issue, peu à peu, va donc se révéler, pour aboutir à une fantaisie libérée de toute culpabilité et de toute lourdeur mortifère. Impossible de ne pas être ému, d'abord, par l'histoire d'amour que noue "l'ogresse" avec celui qui ne devait au départ être qu'un géniteur grassement rémunéré. Entre deux séquences noires et désespérées, ce sont à de véritables interludes de bonheur que l'on assiste, parés d'images magnifiques. Puis la seconde histoire d'amour, qui épouse un mouvement d'émancipation vers la capitale, s'entoure d'un humour satirique, finissant sur une note triomphante de désinvolture.

Il est rare qu'un film aille aussi loin dans le réalisme le plus inconfortable pour finalement s'en extirper, qu'il soit aussi noir pour aboutir à une légèreté salutaire. Tout en restant grave, le propos se conclue avec l'élégance du rire. "Mes Parents" est donc un véritable ovni dans la production française, et en matière de cinéma, Rémi Lange est un accoucheur très spécial, avec lequel il va falloir compter. Son film a reçu le prix "Comtesses des Flandres" au festival Question de Genre 11, à Lille, en novembre 2002.

Les crédits photos ont été obtenus grâce à l'aimable collaboration de Rémi Lange.






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